Surveillance du VIH en Europe :

Déclaration des cas de sida et de l’infection à VIH, données au 30 juin 2000


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Sont présentées dans ce texte des données concernant les cas de sida et d’infection à VIH (infections nouvellement diagnostiquées, y compris celles ayant atteint le stade sida) déclarés au 30 juin 2000 dans les 51 pays de la Région Europe de l’OMS. Pour prendre en compte la diversité de la situation épidémiologique du VIH/sida dans la Région Europe de l’OMS, les données sont présentées et discutées à l’intérieur de trois zones géographiques : l’Ouest, le Centre et l’Est.

Les données sur les nouveaux diagnostics d’infection à VIH fournissent une image plus à jour de la situation du VIH que les données du sida car dans les pays où des puissantes associations d’antirétroviraux sont disponibles, ce dernier ne constitue plus un indicateur fiable de la transmission du VIH. Dans les régions où l’épidémie a débuté plus tardivement, les nouveaux diagnostics d’infection à VIH reflètent mieux la dynamique de l’épidémie. Cependant les données d’infection à VIH doivent être interprétées avec prudence parce qu’elles ne représentent pas l’incidence du VIH, qu’elles dépendent fortement des modalités du dépistage et de déclaration et qu’elles sont encore très incomplètes dans les pays d’Europe occidentale les plus touchés. Les données présentées pour l’année 2000 concernent uniquement le premier semestre aussi leurs interprétations sont difficiles compte tenu de la possibilité de variations saisonnières.


L’Ouest (15 pays de l’Union Européenne, Norvège, Suisse, Israël : 395 millions d’habitants)

Le taux d’incidence global du sida de la région Ouest est de 25 cas par million en 1999, à peu près 8 fois plus élevé que celui du Centre et de l’Est. La diminution de l’incidence du sida, débutée en 1996, se poursuit en 1999 avec cependant, une diminution du rythme de décroissance (-32% en 1997 comparé à l’année précédente, -23% en 1998, -12% en 1999) qui semble se confirmer au premier semestre 2000. Les tendances des décès parmi les cas de sida ont suivi celles de l’incidence du sida (-35% en 1997, -35% en 1998 et -17% en 1999). Les nouvelles associations d’antirétroviraux, introduites en 1996, expliquent les taux de décroissance maximums observés entre 1996 et 1997 et la diminution progressive observée depuis cette date. L’incidence du sida a diminué dans tous les pays de la région sauf au Portugal où on observe actuellement l’incidence du sida la plus élevée avec un taux de 100 par million en 1999.

Entre 1996 et 1999, l’incidence des cas de sida a diminué dans la région Ouest chez les homo/bisexuels masculins (HBM) selon un taux moyen de décroissance annuelle de 28%, à un rythme similaire (-26%) chez les utilisateurs de drogues injectables (UDI), et de façon moins marquée (-13%) chez les personnes infectées lors d’un rapport hétérosexuel. Par conséquent la proportion du groupe hétérosexuel par rapport aux autres groupes de transmission a augmenté de 21,7% en 1996 à 30,6% en 1999. Cette augmentation tend à se confirmer pour les données du premier semestre 2000.

Globalement, le taux des nouveaux diagnostics d’infection à VIH a diminué de 52 cas par million d’habitants en 1993 à 44 par million on 1996, puis est resté relativement stable (42 par million en 1999). Il est encore difficile d’analyser l’évolution au cours du temps de ces nouveaux diagnostics d’infection à VIH et de comparer ces données à celles du sida pour l’ensemble de la région Ouest. En effet, dans les pays les plus touchés, les données sur les nouveaux diagnostics VIH sont limitées à certaines régions (Espagne, Italie), ne sont pas disponibles (France) où ne sont disponibles que pour certaines années seulement (Espagne en 1998, Portugal depuis l’année 2000). En Grèce, le système de déclaration récemment mis en place inclut l’ensemble des diagnostics prévalents d’infection à VIH et pas uniquement les nouveaux diagnostics ce qui rend l’interprétation des données difficile.

La région Ouest regroupe 93% des nouveaux diagnostics d’infection à VIH par voie homosexuelle déclarés dans l’ensemble de la région Europe de l’OMS. Dans les huit pays qui recueillent une information détaillée sur les cas hétérosexuels, plus de la moitié (58%) des cas infectés par voie hétérosexuelle (plus des deux tiers au Royaume-Uni) sont originaires d’un pays où l’épidémie est généralisée. Le nombre des nouveaux diagnostics d’infection à VIH chez les UDI semble diminuer entre 1996 et 1999. Cette tendance est très difficile à analyser au cours du temps car les données sont soit incomplètes (Espagne, Italie) soit non disponibles (France, Portugal) pour les pays les plus touchés. Au Portugal, les données par année de déclaration ne sont disponibles que depuis le début 2000 et devraient fournir un tableau plus à jour de la transmission chez les UDI compte tenu de l’ampleur de l’épidémie à VIH chez les UDI dans ce pays. La forte diminution des cas de sida et d’infection à VIH par transmission verticale reflète le succès des mesures de prévention mises en place par la plupart des pays à l’Ouest. Au Royaume- Uni où les mesures n’ont été renforcées qu’en 1999, cette diminution a été plus tardive [1].


Le Centre (pays de l’ancien bloc de l’Est hormis ceux de l’ex Union soviétique, et Turquie : 185 millions d’habitants)

Le Centre a été relativement épargné par l’épidémie de VIH/sida. En 1999, globalement, et l’incidence du sida (3,5 cas par million d’habitants) et le taux de nouveaux diagnostics de VIH (7,3 cas par million d’habitants) restent faibles.

Les cas pédiatriques (âgés de moins de 13 ans) représentent 29% des cas de VIH déclarés entre 1997 et la mi-2000 dans la région Centre. Ils sont principalement diagnostiqués en Roumanie chez des enfants infectés autour de l’année 1990 lors de transfusions sanguines ou d’injections multiples avec du matériel mal stérilisé. Le nombre de nouveaux diagnostics d’infection à VIH chez les UDI est stable et ces cas sont quasi exclusivement diagnostiqués en Pologne.


L’Est (pays de l’ex Union soviétique : 290 millions d’habitants)

Le taux des nouveaux diagnostics d’infection à VIH en 1999 (104 cas par million d’habitants) déclarés à l’Est est plus de deux fois supérieur à celui de l’Ouest et près de 14 fois supérieur à celui de la région Centre. De plus, depuis 1995, le taux annuel des nouveaux diagnostics a fortement progressé à l’Est alors qu’il est resté relativement stable dans les autres régions. Entre 1998 et 1999, le taux global a doublé et les pays, pour lesquels l’augmentation est la plus marquée, sont la Fédération de Russie (+410%) et la Lettonie (+52%). La brusque augmentation du nombre de cas déclarés en 1998 et en 1999 dans la Fédération de Russie reflète l’extension de l’épidémie à des nouvelles régions y compris celle de Moscou. Contrairement au nombre élevé de cas de VIH déclarés, la région Est présente un plus faible taux d’incidence du sida (2,4 cas par million d’habitants en 1999) qu’à l’Ouest ce qui s’explique par la longue période d’incubation du sida et peut-être également par un sous-diagnostic et une sous-déclaration dans certains pays.

Les UDI représentent 62 % des nouveaux diagnostics d’infection à VIH. Le nombre de cas déclaré dans ce groupe a augmenté de 60 % entre 1998 et 1999 et le nombre de cas déclarés pour le premier semestre 2000 est presque égale à celui correspondant à l’année 1999 entière. De même, si le mode de contamination par voie hétérosexuelle reste secondaire en comparaison de la contamination par usage de drogue, le nombre des nouveaux diagnostics dans ce groupe a fortement progressé (+ 145 % entre 1996 et 1999).


Conclusion

L’épidémie de VIH en Europe est le résultat d’une multitude d’épidémies qui différent de par leur date de début, leur amplitude et les groupes de populations touchées.

L’Ouest, où le VIH a diffusé rapidement chez les HBM et les IDU dans les années 80, connaît actuellement une situation endémique. La diminution actuelle de l’incidence du sida s’explique largement par l’effet des traitements antirétroviraux. Cependant, cette diminution tend à s’estomper graduellement et ne va sans doute pas perdurer. En outre, comme le montre l’augmentation des cas de gonococcie enregistrés en France et au Royaume-Uni [2, 3], un relâchement des pratiques sexuelles à moindre risque est à craindre. Ce relâchement pourrait être imputé, du moins partiellement, à la disponibilité depuis 1996 de traitements antirétroviraux puissants. L’infection mère-enfant a régressé de manière spectaculaire grâce aux interventions de prévention. Les quelques cas de sida pédiatrique déclarés au cours des années récentes se retrouvent principalement chez des enfants de mères originaires de pays à haute endémicité. En Europe de l’Ouest, une proportion importante des nouveaux diagnostics d’infection à VIH résulte d’une transmission hétérosexuelle, en particulier chez des personnes venant de pays où l’épidémie est généralisée. Il est essentiel de disposer de données épidémiologiques qui permettent d’améliorer les actions de prévention et de contrôle dans les populations migrantes tout en évitant la stigmatisation et la discrimination à l’égard de ces populations.

Les données épidémiologiques indiquent que la plupart des pays du Centre ont jusqu’à présent su se préserver d’une diffusion du VIH à large échelle. Il faut néanmoins rester vigilant et poursuivre voir renforcer si nécessaire les actions de prévention dans cette région.

L’Est représente une vaste zone géographique au sein de laquelle la situation reste très hétérogène. Si la Lettonie, la Fédération de Russie ou l’Ukraine connaissent des situations épidémiques explosives, d’autres pays comme le Kirghizistan ou l’Ouzbékistan n’ont enregistré que très peu de cas d’infection à VIH à ce jour. La diffusion du VIH à l’Est est intimement liée à une vague épidémique de consommation de drogues par injection, problème qui affecte tout particulièrement les adolescents et les jeunes adultes. Une épidémie concomitante de syphilis laisse craindre que l’épidémie de VIH liée à l’injection de drogues pourrait être rapidement suivie par une diffusion du virus par voie sexuelle. Une intensification des mesures de prévention dans cette région s’impose de toute urgence.


References

1. Nicoll A, Peckhman C. Reducing vertical transmission of HIV in the UK. BMJ 1999; 319: 1211-1212.
2. Goulet V, Sednaoui P, Billy Ch, Desenclos JC. Augmentation du nombre de gonococcies identifiées par le réseau RENAGO. Bul Epidemiol Heblomadaire 1999 ; 26 :1-7.
3. PHLS Communicable Disease Surveillance Centre. Gonorrhoea incidence in England rises again. CDR Weekly 2000 ; 10 : 107.

 

 

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Mise en ligne le 21 novembre 2000
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