Guides d'investigation épidémiologiquee
Tularémie
1. Mémento
2. Définitions
3. Quand et comment signaler ?
4. Investigation épidémiologique
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Sommaire des guides d'investigation épidémiologiques
1. Mémento
1.1 Généralités
La tularémie est une zoonose due à l’infection à Francisella
tularensis, coccobacille gram négatif, aérobie non
sporulé et à tropisme intra cellulaire. Deux sérotypes
prédominent : le type A (biovar tularensis, en Amérique
du Nord) très virulent et le type B (biovar palaeartica, en
Europe) moins virulent. La bactérie survit pendant des semaines
dans le milieu extérieur (eau, sol, cadavres) surtout à basse
température, voire des années dans certaines conditions
de conservation ( viande contaminée congelée). Le réservoir
est principalement les rongeurs sauvages (campagnols, mulots, écureuils,
ragondins, lièvres) et les tiques. Les animaux domestiques comme
les moutons, les chats et les chiens, sont des hôtes accidentels
mais peuvent être source d’infection humaine.
1.2 Modes de transmission :
par contact direct de la peau (pénétration du germe à travers
la peau saine possible mais favorisée par égratignures,
coupures) avec des animaux infectés, le sol, le matériel
contaminé (clous, lame. etc) ou par des éclaboussures
projetées dans l’œil (porte d’entrée conjonctivale) ;
par morsures d’arthropodes (tiques), ou piqûre d’insectes (moustiques,
mouches) ;
par ingestion d’aliments ou d’eau contaminés ;
par inhalation d’aérosols contaminés dans les laboratoires, inhalation
de poussières (fourrages, litières) ou de laines contaminées
par des animaux infectés.
Il n’y a pas de transmission inter – humaine documentée.
1.3 Manifestations cliniques
Après une durée d’incubation de 3-5 jours (extrêmes
1 à 25 jours), la maladie débute de manière soudaine,
quelque soit la porte d’entrée, avec une fièvre ondulante,
des frissons, une asthénie, des douleurs articulaires et musculaires,
des maux de gorge, des céphalées et parfois des nausées
et vomissements. Les formes cliniques dépendent essentiellement
de la porte d’entrée :
- forme ulcéro–ganglionnaire (après contact cutané direct) :
lésion locale au point de pénétration de la bactérie,
se transformant en ulcération nécrotique associée à une
adénopathie
régionale qui peut suppurer, nécroser et scléroser ;
- forme ganglionnaire : adénopathies régionales sans ulcère ;
- forme oculo-ganglionnaire (après contact oculaire ou projection) :
conjonctivite avec des adénopathies
régionales ;
- forme oropharyngée (après ingestion d’aliment ou d’eau contaminés,
ou après inhalation d’aérosols) : stomatite, pharyngite,
angine, adénopathies
cervicales et rétropharyngées ;
- forme pleuro-pulmonaire (primaire après inhalation d’un aérosol
contaminé ou secondaire après dissémination) : toux
sèche, bronchiolite,
pleuro-pneumonie, adénopathies hilaires, détresse respiratoire ;
- forme typhoïdique ou forme septicémique : fièvre, céphalées,
malaise, vomissements, diarrhées, douleurs abdominales, choc septique
(coma).
La létalité de l’infection à biovar tularensis
(type A peut atteindre 30% en l’absence de traitement, est de 7% en
cas de traitement tardif et est faible (< 1%) en cas de traitement
précoce. La létalité de l’infection au biovar
palaeartica (type B) est inférieure à 1 %.
1.4 Diagnostic de laboratoire
Le diagnostic de la tularémie est essentiellement clinique
mais peut être confirmé par les examens suivants :
Sérologie :
agglutination sur lame pour le dépistage, agglutination en tube de bactéries
tuées pour titrage (Institut Pasteur, Paris)
les agglutinines apparaissent vers le 8-10ème jour, mais l’apparition
peut être plus tardive (jusqu’à 4-5 semaines) et elles peuvent
persister plusieurs années
un titre supérieur ou égal à 20 mais inférieur à 50
est considéré comme évocateur si le tableau clinique est
compatible
réactions croisées (mais titres restant faibles) avec Brucella
Isolement de F. tularensis
à partir des lésions cutanées, ponctions diverses
(ganglionnaires), liquides de rinçage pharyngé ou conjonctival,
sécrétions bronchiques, produits d’aspiration gastrique et
sang
possible seulement au début de la maladie
nécessite de réaliser de multiples essais de culture :
culture sur milieux spéciaux : milieu de Francis (glucose,
sang, cysteïne ou cystine) ; milieu de MacCoy et Chapin (jaune
d’œuf) ; hémoculture (sur par exemple ‘ Hémoline
bioMérieux’, ‘Bactec’, ou milieu gélose chocolat Polyvitex de
bioMérieux)
identification par PCR et par Western Blot (Institut Pasteur, Paris)
L’intradermoréaction à la tularine permettrait de réaliser
un diagnostic précoce (positive dès le 5ème jour
après le début des signes). La tularine a été préparée à l’Institut
Pasteur Paris, mais elle n’est plus commercialisée.
1.5 Epidémiologie
En France, le biovar tularensis (type A) n’a jamais été identifié.
Seul le biovar palaeartica est retrouvé et survient essentiellement
en zone rurale, le plus souvent de façon groupée dans
les foyers d’endémie qui sont l’Alsace, le Poitou, l’Aquitaine
et l’Auvergne, mais des cas sporadiques ont néanmoins été signalés
sur pratiquement tout le territoire exceptées la Bretagne, les
Landes, les Pyrénées, le Bassin méditerranéen,
les Alpes et la Corse. Le nombre de cas annuel rapporté en France
est faible : entre 18 et 72 cas entre 1987-1991. Il s’agit principalement
de formes ulcéro-ganglionnaires par contact avec des rongeurs,
le plus souvent des lièvres.
Les deux sexes et tous les âges sont également susceptibles
mais l’infection touche surtout des hommes dans le cadre de leur exposition
(chasseurs, éleveurs etc).
1.6 Malveillance ou bio-terrorisme :
F. tularensis, notamment le biovar tularensis (type
A) pourrait être utilisé comme arme biologique
de plusieurs manières. La dissémination par aérosol
est le scénario le plus probable car elle permet d’obtenir un
nombre maximum de victimes. Un rapport de l’OMS (1969) estime que 50
kg de F tularensis épandu sur une zone urbaine de 5 millions
d’habitants pourraient entraîner 250 000 cas de maladie, avec
présence de formes pleuro-pulmonaire et septiques, et 19 000
décès.
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2. Définitions de cas
Cas certain :
Tableau clinique évocateur ET
sérologie positive avec un titre supérieur ou égal à 50, OU
isolement de F. tularensis à partir de prélèvements
cliniques.
Cas probable :
Tableau clinique évocateur ET
sérologie avec un titre compris entre 20 et 50, OU
avec un lien épidémiologique avec un cas confirmé
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3. Quand et Comment signaler ?
La survenue d’un cas avéré ou suspecté de
tularémie doit donner lieu à un signalement immédiat à l’autorité sanitaire
par téléphone ou télécopie à la
Direction Départementale des Affaires Sanitaires et Sociales
(DDASS).
La survenue d’un grand nombre de cas de syndromes
grippaux ou fébriles regroupés dans le temps et dans
une zone géographique limitée doit donner lieu à un
signalement immédiat à l’autorité sanitaire
par téléphone ou télécopie à la
DDASS.
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4. Investigations épidémiologiques
4.1. Devant un signalement de cas confirmé(s)
ou probable(s) :
Une investigation doit être mise en œuvre par
la DDASS en collaboration avec le clinicien. Si nécessaire,
l’assistance de la cellule interrégionale d’épidémiologie
d’intervention (CIRE), de l’InVS, du Centre Nationale de Référence
(CNR - à désigner en février 2002) et des laboratoires
de référence peut être requise. L’investigation
a pour but de confirmer le diagnostic, d’identifier d’autres cas liés
au cas signalé, d’identifier les expositions pouvant être à l’origine
de l’infection et des éléments évoquant une malveillance.
Elle consiste à :
- Vérifier si les critères de définition de cas sont remplis.
Envoi de sérums et de prélèvements au laboratoire de référence
pour confirmation.
- Rechercher les expositions pouvant être à l’origine
de l’infection par l’interrogatoire du patient ou de sa famille
portant sur les 2 semaines précédant
le début des signes (voir questionnaire) :
>contact avec des rongeurs, ou un environnement contaminé par des rongeurs ;
>morsures de tiques ;
>ingestion d’aliments ou d’eau potentiellement contaminés ;
>inhalation d’ aérosols contaminés (laboratoires, exploitations
agricoles).
- Rechercher les cas dans l’entourage du patient.
- Si le cas est isolé avec un facteur de risque
‘habituel’ identifié, des investigations complémentaires
ne sont pas nécessaires.
- Des investigations complémentaires sont nécessaires
si :
>
facteurs de risque ‘habituels’ non retrouvés ;
>
survenue de plusieurs cas regroupés dans le temps et/ou dans une zone
géographique limitée ;
>
identification d’une souche biovar tularensis (type A) ;
>
survenue d’un décès chez un cas, suggérant une infection à biovar
tularensis.
-> Recherche active de cas. Cette recherche sera
guidée par les premiers éléments obtenus lors
de l’enquête autour du cas : elle sera conduite auprès
des cliniciens hospitaliers (services d’urgence, de médecine
interne, maladies infectieuses) et des laboratoires hospitaliers de
la zone concernée, du CNR et des laboratoires de référence.
-> Si plusieurs cas (confirmés ou probables)
sont identifiés : des investigations complémentaires
seront menées (épidémiologie descriptive suivie,
en fonction des résultats, d’une étude analytique de
type cas-témoins ou cohorte rétrospective).
Arbre décisionnel des investigations à mener
devant un cas de tularémie :

4.2. Devant le signalement d’un grand nombre de
cas de syndromes grippaux ou fébriles regroupés dans
le temps et dans une zone géographique limitée Þ suivre
une approche par syndrome respiratoire/septique
Considérer l’éventualité d’une tularémie
dans le diagnostique différentiel
Envoyer les sérums et prélèvements au laboratoire de référence
pour recherche de F. tularensis.
Scénario pouvant faire évoquer
une malveillance ou attaque bioterroriste par F.tularensis en
France
- Survenue brutale d’un syndrome ‘grippal’ chez un grand
nombre de personnes, progressant vers un pleuropneumonie
ou septicémie chez une proportion importante de malades ;
- cas de tularémie regroupés sur une zone géographiquement
limitée, hors du contexte épidémiologique
habituel (zone urbaine au lieu de zone rurale) ;
- cas de tularémie touchant des personnes de tous âges
et des 2 sexes et personnes auparavant en bonne santé (le
risque dépendant du degré d’exposition à l’agent);
- cas de tularémie sans exposition zoonotique ou rurale à risque
rapportée (contact avec lièvres ou autres rongeurs,
ingestion d’eau potentiellement contaminée) ;
- Suspicion (devant la survenue d’un décès
chez un cas) ou confirmation d’infection à F. tularensis biovar
tularensis (type A), jamais diagnostiquée en France
jusqu’à présent
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Sites web utiles
Ministère de la Santé : http://www.sante.gouv.fr
Agence Française de Sécurité Sanitaire des
Produits de Santé : http://www.afssaps.sante.fr
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