Guides d'investigation épidémiologiquee
Enterotoxine B Staphylococcique
1. Mémento
2. Définitions
3. Quand et comment signaler ?
4. Investigation épidémiologique
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Sommaire des guides d'investigation épidémiomogiques
1. Mémento
1.1 Généralités
L’entérotoxine B staphylococcique (SEB) est l’une des entérotoxines
produites par Staphylococcus aureus. SEB est la mieux connue
de ces entérotoxines staphylococciques (SE) et est considérée
comme l’entérotoxine " type ". Les SE sont
une cause fréquente d’intoxication alimentaire chez l’homme.
Le réservoir des S. aureus producteurs d’entérotoxines
est habituellement humain et le plus souvent la contamination des aliments
se fait lors de leur préparation par un porteur sain (rhino-pharyngé)
ou présentant une plaie infectée. Si l’aliment est laissé à température
ambiante pendant plusieurs heures, S. aureus se multiplie et
produit l’entérotoxine thermostable au sein de l’aliment. Les
aliments le plus souvent en cause sont des aliments manipulés
et consommés peu ou non cuits après une réfrigération
insuffisante (sandwichs, salades, pâtisseries, viandes tranchées,
etc).
L’entérotoxine peut aussi être d’origine bovine et responsable
d’intoxication alimentaire après consommation de produits laitiers
crus (fromages, lait).
L’intoxication causée par SEB n’est en général
pas létale, mais peut induire une morbidité aiguë passagère
très intense et invalidante.
Dans le cadre d’actions de malveillance, SEB pourrait être utilisée
par aérosolisation avec pénétration de la
toxine par inhalation mais également par contamination d’aliments
ou de réservoirs d’eau de distribution, de faible volume. SEB
est considérée comme une arme biologique potentielle
du fait de son potentiel à " incapaciter " un
très grand nombre de personnes simultanément. Elle a été largement étudiée
comme " incapacitant " aux Etats-Unis dans les
année 1960. La dose " incapacitante ", par
inhalation, pour 50% de la population exposée (ED50)
a été estimée par modélisation à 0,0004 m g/kg
et la dose létale pour 50 % de la population exposée
(LD50) à 0,02 m g/kg.
1.2 Clinique
Les symptômes de l’intoxication par SEB sont différents
selon que la toxine a été ingérée ou inhalée.
L’intoxication par voie alimentaire, se manifeste après
une durée d’incubation généralement courte de
2 à 4 heures (minimum ½ heure, maximum 8 heures) par l’apparition
brutale de symptômes digestifs hauts prédominants (nausées,
vomissements importants et douleurs abdominales), souvent accompagnés
de diarrhée et plus rarement d’hypotension. La température
est habituellement normale ou peu élevée, sauf en cas
d’intoxication massive. Les décès sont rares ; la
durée de la maladie est courte, rarement plus d’un jour ou deux
mais l’intensité des symptômes peut entraîner une
hospitalisation.
Le diagnostic de l’intoxication d’origine alimentaire ou hydrique est essentiellement
clinique et épidémiologique. La suspicion clinique est confortée épidémiologiquement
par la survenue d’au moins 2 cas, de 30 minutes à 8 heures après
un repas commun. Le diagnostic peut être confirmé par des examens
biologiques.
Les effets de l’intoxication par inhalation ont été étudiés
expérimentalement chez le singe et à l’occasion d’une épidémie
chez 9 employés d’un laboratoire à la suite d’une inhalation
accidentelle. L’intoxication se manifeste après une incubation
de 3 à 12 heures par l’apparition brutale d’un syndrome pseudo-grippal
(fièvre, frissons, céphalées et myalgies) et de
toux sèche. Des symptômes respiratoires (douleurs thoraciques
rétro-sternales et dyspnée) sont observés dans
les formes plus sévères. Des formes respiratoires graves
sont possibles avec œdème aigu du poumon (OAP) et décompensation
respiratoire. Des symptômes digestifs hauts, nausées ou
vomissements, sont observés fréquemment. La fièvre
peut persister jusqu’à 5 jours et la toux pendant 4 semaines,
les malades étant incapables de reprendre leur activité avant
2 semaines.
L’examen clinique des patients ayant une intoxication par une entérotoxine
est souvent peu évocateur. Une conjonctive hyperhémique peut être
présente ainsi qu’une hypotension orthostatique. L’examen pulmonaire
et la radiographie pulmonaire sont généralement normaux sauf
dans le cas exceptionnel d’un OAP.
Le diagnostic de l’intoxication par inhalation de SEB est essentiellement clinique
et épidémiologique. Les symptômes cliniques d’intoxication
par inhalation de SEB sont similaires à ceux induits par de nombreux
pathogènes à tropisme respiratoire (adénovirus, Influenza
virus, mycoplasma, etc). Une intoxication par SEB doit être évoquée
devant la survenue brutale et très rapprochée dans le temps (24
heures) d’un syndrome fébrile respiratoire (grippal) avec une radiographie
pulmonaire le plus souvent normale, chez un grand nombre de personnes avec
une exposition géographique commune et une évolution favorable
dans la grande majorité des cas. Les examens de laboratoires contribuent
peu au diagnostic.
1.3 Diagnostic de laboratoire
Intoxication alimentaire ou hydrique
Détection d’entérotoxine
- dans le(s) aliment(s) épidémiologiquement incriminé(s)
- dans les vomissements des patients
Des kits immunoenzymatiques (ELISA) commercialisés, spécifiques
de la toxine, permettent la détection rapide des toxines dans
les vomissements et les aliments incriminés. En France, la détection
de toxine dans les vomissements par ces kits peut être réalisée
au Centre National de Référence (CNR) des Toxémies à Staphylocoques
(Pr. Etienne et Pr. Vandenesch), Hôpital Edouard Herriot, Lyon.
Certains laboratoires d’hygiène alimentaire non spécialisés
(Laboratoires vétérinaires départementaux, laboratoires
interrégionaux des fraudes, etc.) disposent également
de ces Kits pour recherche dans les aliments. L’unité toxines
microbiennes du laboratoire d’études et de recherche sur l’hygiène
et la qualité des aliments (LERQUA) de l’Agence Française
de Sécurité Sanitaire des Aliments (AFSSA Alfort) réalise
un test ELISA quantitatif avec détermination de la toxine.
Isolement de S. aureus
mise en évidence d’une contamination importante de l’aliment épidémiologiquement
incriminé par S. aureus (> 105 /gram) (réalisable
par les laboratoires d’hygiène alimentaire)
Intoxication par inhalation
Le diagnostic peut être confirmé par la recherche
de la toxine dans le sang ou l’urine. Cependant, la présence
de la toxine est transitoire dans le sérum et elle est très
difficile à détecter au moment de la survenue des symptômes.
Elle s’accumule dans les urines où elle peut être détectée
plusieurs heures après l’exposition. Les échantillons
de sérum et d’urine doivent être prélevés
le plus précocement possible. Par ailleurs, la toxine devrait
pouvoir être identifiée sur des écouvillonnages
nasaux prélevés chez des personnes exposées à des
aérosols et ce pendant au moins 24 heures après l’exposition.
Cette recherche pourrait être la meilleure pour un diagnostic
précoce chez des personnes exposées.
La recherche des anticorps antitoxine dans 2 sérums prélevés
en phase aiguë et de convalescence peut permettre un diagnostic, mais
uniquement rétrospectif. De plus, seulement 50% des patients séroconvertissent
et parfois seulement longtemps après l’épisode (jusqu’à 9
mois).
Ces méthodes ne sont actuellement pas disponibles en France. Cependant,
le CNR des Toxémies à Staphylocoques est actuellement à la
recherche d’une méthode alternative à la recherche directe de
la toxine par la recherche des stigmates d’activation lymphocytaire en réponse à un
superantigène.
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2. Définitions
2.1 Définitions de cas
2.1.1 Toxi-infections alimentaires (TIAC) à l’entérotoxine
staphylococcique
probable : survenue de symptômes évocateurs
d’une intoxication alimentaire à entérotoxine staphylococcique
(apparition brutale de symptômes digestifs hauts prédominants,
sans fièvre) chez au moins 2 personnes, débutant de 30
minutes à 8 heures après consommation d’un même
repas ou aliment.
certaine : survenue de symptômes évocateurs d’une
intoxication alimentaire à SE chez au moins 2 personnes, débutant
de 30 minutes à 8 heures après consommation d’un même
repas ou aliment, ET confirmation par une des méthodes
suivantes :
détection d’entérotoxine dans l’aliment épidémiologiquement
incriminé, OU
mise en évidence d’une contamination importante de l’aliment épidémiologiquement
incriminé par Staphylococcus aureus toxinogène (> 105 /gram), OU
détection d’entérotoxine dans les vomissements d’au
moins un cas.
2.2.2 Intoxication à l’entérotoxine staphylococcique
B par inhalation
possible : survenue d’un syndrome fébrile respiratoire
aigu (grippal) avec une radiographie pulmonaire le plus souvent normale,
chez un grand nombre de personnes ayant une exposition géographique
circonscrite commune et évolution favorable dans la grande majorité des
cas.
certaine :
survenue d’un syndrome fébrile respiratoire aigu (grippal)
avec une radiographie pulmonaire le plus souvent normale, chez un grand
nombre de personnes ayant une exposition géographique commune
et évolution favorable dans la grande majorité des cas
ET mise en évidence de la toxine dans le sang ou les urines d’au
moins un cas. Les méthodes permettant de faire cette recherche ne sont
actuellement pas disponibles en France.
2.2 Définition d’une exposition dans le cadre d’une action
de malveillance ou de bioterrorisme
exposition potentielle :
toute annonce ou découverte de la contamination d’une source
par SEB (contamination de l’air par un aérosol, d’un aliment
ou d’un réservoir d’eau) EN L’ABSENCE de confirmation
biologique de la contamination de la source ou de cas d’intoxication
parmi la population exposée
exposition avérée :
toute annonce ou découverte de la contamination d’une source
par SEB (contamination de l’air par un aérosol, d’un aliment
ou d’un réservoir d’eau) AVEC confirmation biologique
de la contamination de la source ou au moins un cas d’intoxication
parmi la population exposée.
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3. Quand et comment signaler ?
Les TIAC font partie de la liste des maladies à déclaration
obligatoire (DO). Le diagnostic d’une TIAC doit donner lieu à un signalement
immédiat par téléphone ou télécopie à la
Direction Départementale des Affaires Sanitaires et Sociales
(DDASS)- (Cf. "Procédure DGS relative au signalement à l'autorité sanitaire
de certaines maladies").
En parallèle, une fiche de notification doit être transmise à la
DDASS.
La DDASS appliquera la procédure d’alerte DGS/Services
déconcentrés/InVS/CIRE n°3 du 31/10/2001.
La survenue d’un grand nombre de cas de syndromes
fébriles respiratoires regroupés dans le temps et dans
une zone géographique limitée doit donner lieu à un signalement
immédiat par téléphone ou télécopie à la
DDASS.
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4. Investigations épidémiologiques
4.1 Face au signalement d’une TIAC
Une investigation doit être mise en œuvre immédiatement
par la DDASS en collaboration avec les services vétérinaires
(DSV), suivant le guide des investigations des TIAC . L’investigation
a pour but d’identifier l’agent en cause, le(s) aliment(s) responsables,
et les facteurs ayant contribué à l’incident (erreurs
dans le processus de préparation, non respect des chaînes
de chaud et de froid, contamination par un préparateur, etc).
En cas de suspicion de TIAC à S. aureus :
rechercher la source de contamination des aliments (origine humaine) ;
rechercher les cas non connus dans la population exposée ;
confirmer le diagnostic :
- envoi d’échantillons de vomissements pour recherche d’entérotoxine
au CNR ;
- envoi des aliments suspectés au laboratoire vétérinaire
départemental pour recherche et quantification de S. aureus et
si possible (i.e si le laboratoire dispose de la technique) recherche
de l’entérotoxine. Si le laboratoire ne dispose pas de la technique
et si cela est jugé nécessaire (par exemple en présence
d’une contamination importante de l’aliment par S. aureus), les aliments
peuvent être adressés pour recherche de l’entérotoxine
au LERQUA Unité des toxines bactériennes (AFSSA).
Les autorités sanitaires nationales (InVS, DGS et DGAl) doivent être
alertées
- si l’aliment suspecté est largement distribué ;
- en cas de suspicion d’intoxication à SE, devant l’absence de source
plausible de contamination des aliments (aliments non manipulés et non
habituellement incriminés :fromages au lait cru, etc).
Les DDASS doivent transmettre par fax à l’InVS les fiches de
déclaration obligatoire dès réception (sans attendre
les résultats de l’investigation) et recueillir les déclarations
faites uniquement aux DSV et les transmettre à l’InVS.
4.2 Devant le signalement d’un grand nombre de cas de syndromes
fébriles respiratoires regroupés dans le temps et
dans une zone géographique limitée
=> suivre une approche par syndrome respiratoire/septique
Considérer l’éventualité d’une intoxication à SE
dans le diagnostic différentiel en cas de :
survenue des cas très rapprochée dans le temps (24 heures) ;
é
volution favorable dans la grande majorité des cas ;
radiographie pulmonaire normale sauf dans le cas exceptionnel d’un OAP.
Confirmer le/les cas : prendre contact avec le CNR afin de voir
avec eux la possibilité et les modalités pour la recherche
des stigmates d’activation lymphocytaire en réponse à un
superantigène.
|
Scénario pouvant faire évoquer
une malveillance ou une attaque bioterroriste à l’entérotoxine
staphylococcique B
Par dissémination par aérosol
- Survenue brutale et très rapprochée dans le
temps ( 24 heures) d’un syndrome fébrile respiratoire
(grippal) chez un grand nombre de personnes ayant des caractéristiques
communes d’exposition géographique (ex : aéroport,
lieu de travail, lieu d’habitation).
- Evolution favorable dans la grande majorité des cas
Par contamination d’aliment(s)
- Survenue de plusieurs TIAC certaines ou probables à SE
regroupées dans le temps, avec incrimination d’un aliment
commun (mais plusieurs aliments différents possibles)
et absence de source plausible " habituelle " de
contamination par Staphylococcus de ce(s) aliment(s)
(aliments non manipulés et non habituellement incriminés)
Par contamination d’un réservoir d’eau
- Survenue de plusieurs cas avec un tableau clinique évocateur
d’intoxication digestive à SE, regroupés géographiquement
(zone de survenue correspondant à une zone de distribution
d’eau) et rapprochés dans le temps, sans incrimination
d’un aliment.
|
4.3 En cas d’exposition potentielle ou avérée
Définir la population exposée
Source alimentaire : identifier les produits et les lots potentiellement
contaminés. Analyser les réseaux de commercialisation
ou de distribution (en collaboration avec la Direction Générale
de l’Alimentation (DGAl) et Direction Générale de la
Consommation, de la Concurrence et de la répression de fraudes
(DGCCRF) et leurs services déconcentrés.
En cas de retrait d’un produit, il est essentiel que les consommateurs et les
distributeurs ramènent les produits afin d’effectuer un inventaire permettant
d’estimer la quantité de produits potentiellement consommés.
Eau : identifier la zone de distribution du réservoir contaminé (potentiellement
ou de manière avérée).
Aérosolisation : définir les zones d’exposition les plus
probables en fonction des conditions de diffusion de l’aérosol. Ces
zones doivent être précisées a posteriori par le
regroupement spatial des cas et l'enquête environnementale ou de police.
La population exposée peut être réévaluée
en fonction d’informations acquises secondairement.
Interventions
L’investigation est à mener de toute urgence compte tenu
du caractère indétectable par le consommateur d’une contamination
par la SEB et doit aboutir à une information très rapide
de la population visant à la soustraire de l’exposition (média,
voiture haut-parleur….).
Recherche active de cas dans la zone identifiée en contactant les hôpitaux
et les professionnels de santé et en incitant la population exposée à consulter
un professionnel de santé dès l’apparition de premiers symptômes.
Suivi des personnes exposées : dans la mesure du possible, des informations
initiales sont à recueillir auprès de toute personne potentiellement
exposée comprenant l’identification complète (nom, prénom,
adresse, téléphone…), la notion de grossesse en cours (peut orienter
le choix du traitement prophylactique), les circonstances précises de
l’exposition (type, lieu, durée), le(s) type(s) de prélèvements
réalisés, et le type de prise en charge.
L’investigation dans le cas d’une exposition due à une malveillance
ou un acte de terrorisme a pour but d’identifier les groupes de population
exposés à un risque avéré afin de mettre en place
les mesures de prévention adéquates et d’assurer un suivi de
la population exposée.
Sites web utiles
Ministère de la Santé : http://www.sante.gouv.fr
Agence Française de Sécurité Sanitaire des
Produits de Santé : http://www.afssaps.sante.fr
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