Guides d'investigation épidémiologiquee
Saxitoxine
1. Mémento
2. Définitions
3. Quand et comment signaler ?
4. Investigation épidémiologique
Bibliographie
Sites web utiles
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Sommaire des guides d'investigation épidémiologiques
1. Mémento
1.1. Généralités
La saxitoxine fait partie d’un groupe de 18 toxines produites par
des dinoflagellés marins (microalgues) rencontrés
dans toutes les eaux chaudes ou froides du globe et appartenant principalement à l’espèce
Gonyaulax : G. tamarensis, G. catenella, G. acatenella, G. polyedra.
Dans certaines conditions climatiques, ces microorganismes se développent
massivement et forment ce qu’on appelle les " marées
rouges ", qui donnent une luminescence rouge à la
surface de la mer.
Ces dinoflagellés sont la principale source de nourriture de
certains mollusques marins comestibles, dont la chair se concentre
en toxines lors de " marées rouges ". Les
fruits de mer les plus fréquemment en cause sont les coquillages
bivalves : moules, clams, coquilles St Jacques, certains gastéropodes
(bulots), et les crustacés (crabes et homards) dont seul le
tube digestif est contaminé et non la chair.
Ces 18 toxines, dérivées de la tétrahydropurine
se répartissent selon leur structure chimique en 3 sous-groupes :
carbamate, N-sulfocarbamoyl et décarbamoyl dont les propriétés
toxiques sont identiques.
La saxitoxine agit par blocage des canaux sodiques à la surface
des membranes excitables, inhibant la transmission des potentiels d’action
neuromusculaires.
La saxitoxine est toxique chez l'homme par ingestion essentiellement.
Elle produit un syndrome appelé "paralytic shellfish poisoning" :
intoxication paralysante par les mollusques, réversible sous
traitement symptomatique. La mortalité rapportée dans
la littérature varie de 8,5 à 23 % des cas.
A ce jour, aucun cas d’intoxication n’a été rapporté chez
l’homme par voie cutanée ou inhalation.
Doses toxiques
La dose mortelle estimée chez l’adulte est de l’ordre
de 0,3-1 mg. Une intoxication a été rapportée
après une dose de l’ordre de 120 m g.
Il n’existe aucune donnée chez l’enfant.
Toxicocinétique
La saxitoxine est absorbée très rapidement par
le tractus digestif, comme le montre la période d’incubation
très courte. La symptomatologie neurologique impliquant à la
fois le système nerveux central et périphérique,
la distribution se ferait rapidement à tous les tissus de l’organisme,
y compris le cerveau.
L’excrétion se fait par voie rénale chez l’animal. Le métabolisme
et la cinétique de la saxitoxine sont inconnus chez l’homme.
1.2. Malveillance ou bio-terrorisme
La saxitoxine est une poudre blanche, thermostable, se décomposant
rapidement en milieu alcalin ; elle est très soluble dans
l’eau, insipide et sans odeur, ce qui en fait un agent potentiellement
utilisable dans un but de malveillance pour contaminer l’eau de
distribution ou certains aliments ou boissons.
1.3. Symptomatologie clinique et diagnostic
Les premiers signes et symptômes apparaissent dans les 20 à 30
minutes suivant l’ingestion de la toxine, mais peuvent être
retardés jusqu’à 3 heures : paresthésies péribuccales
s’étendant progressivement à la face et au cou, ainsi
qu’aux extrémités, suivies d’une sensation de " flottement ",
de vertiges, de céphalées, ainsi qu’une faiblesse musculaire
progressive avec impossibilité de se tenir debout et démarche
ataxique. Les nerfs crâniens sont souvent touchés :
paralysie de l’accommodation, cécité temporaire, nystagmus,
paralysie faciale, perte du réflexe pharyngé, difficultés
d’élocution. Dans les cas sévères, une paralysie
respiratoire peut s’installer dans les 3 à 8 heures provoquant
le décès si le sujet n’est pas traité.
La conscience est rarement altérée. Une tachycardie,
une hypotension ainsi que des modifications ECG ont été rapportées.
Les signes digestifs à type de nausées, vomissements
et diarrhées sont rarement observés.
Classiquement, on décrit
3 formes :
forme légère : engourdissement et paresthésies des
lèvres et de la langue, de la face et du cou, s’étendant aux
extrémités, vertiges, céphalées,
forme modérée : difficultés d’élocution, engourdissement
des extrémités, incoordination motrice, faiblesse musculaire,
sensation " de flotter dans l’air ", tachycardie, dyspnée,
forme grave : paralysie musculaire, difficultés respiratoires.
Le diagnostic est basé sur l’anamnèse et sur l’apparition
du syndrome neurologique, en l’absence de possibilité de confirmation
sur des prélèvements biologiques.
Le pronostic est excellent si le sujet survit au-delà des 12-24 premières
heures, avec cependant persistance possible d’une faiblesse musculaire pendant
plusieurs jours ou semaines, objectivée à l’électromyogramme.
1.4. Dosages toxicologiques
Il n’existe pas de test permettant la confirmation sur les
prélèvements biologiques. Le seul dosage disponible se
fait sur des prélèvements alimentaires et dans les coquillages.
1.5. Traitement
Le traitement est essentiellement symptomatique : maintien
des fonctions vitales, respiration assistée si nécessaire.
Il n’existe pas d’antidote.
L’administration de charbon activé, dont l’efficacité n’a pas été prouvée
dans cette intoxication, doit être limitée aux sujets exposés
asymptomatiques.
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2. Définitions
Le diagnostic d’intoxication à la saxitoxine
sur des critères cliniques n’est pas spécifique. Pour
proposer une définition de cas, il est ainsi nécessaire
d’inclure des critères de plausibilité de l’exposition.
Il n’y a pas de confirmation biologique possible.
Les critères cliniques et d’exposition retenus pour constituer une définition
de cas sont présentés aux chapitres 2.1 et 2.2.
2.1. Définitions des critères
cliniques
Définition des signes cliniques : sujet
présentant un syndrome neurologique compatible avec le
diagnostic d’intoxication à la saxitoxine.
2.2. Définitions de l’exposition
Exposition avérée
Toute annonce ou découverte d’une source potentielle
de contamination par la saxitoxine qu’elle soit d’origine naturelle
(ingestion de mollusques marins contaminés) ou malveillante
(annonce de la contamination d’un réseau d’eau potable, d’un
aliment ou d’une boisson, traces d’effraction au niveau d’une des installations
du réseau permettant de soupçonner le déversement
d’une substance toxique, …) AVEC confirmation analytique de
présence de saxitoxine dans l’eau, l’aliment ou la boisson incriminés.
Exposition potentielle
Toute annonce ou découverte d’une contamination potentielle
par la saxitoxine qu’elle soit d’origine naturelle (ingestion de mollusques
marins contaminés) ou malveillante (annonce de la contamination
d’un réseau d’eau potable, d’un aliment ou d’une boisson, traces
d’effraction au niveau d’une des installations du réseau permettant
de soupçonner le déversement d’une substance toxique,
…) EN L’ABSENCE de confirmation analytique (prélèvement
environnemental)
Groupe cible
Si les signes cliniques définis ci-dessus apparaissent
simultanément chez au moins deux personnes appartenant à un
groupe " cible ", l’hypothèse d’une exposition à de
la saxitoxine dans un cadre de malveillance ou de bioterrorisme doit être évoquée,
(une fois l’hypothèse de la consommation de fruits de mer contaminés écartée).
Les groupes cibles peuvent être des membres des autorités
civiles ou militaires, des parlementaires, des journalistes ou des
personnes " fragiles " appartenant à une
collectivité (crèches, écoles, établissements
sanitaires et sociaux,…).
2.3. Définitions de cas
Ainsi, en fonction de ces critères cliniques et de plausibilité d’exposition,
il est possible de définir des degrés d’imputabilité dans
ces définitions de cas : possible ou certain (Tableau 1).
Tableau 1 : Définitions de cas d’intoxication par la
saxitoxine suivant les données cliniques et la plausibilité de
l’exposition.
|
Signes cliniques avec ou sans confirmation
environnementale |
Plausibilité de l’exposition |
|
Exposition avérée |
Exposition potentielle |
Cas appartenant à un groupe cible |
Aucun indice de plausibilité |
|
Signes cliniques de type neurologique |
Certain |
Possible |
Possible |
Non cas |
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3. Quand et comment signaler un
cas ?
La survenue d’un cas avéré ou suspecté d’intoxication à la
saxitoxine doit donner lieu à un signalement immédiat par
téléphone ou télécopie à la Direction
Départementale des Affaires Sanitaires et Sociales (DDASS).
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4. Investigation épidémiologique
4.1. Devant un signalement de cas :
Face au signalement d’un cas (certain ou possible)
d’intoxication à la saxitoxine, une investigation doit être
mise en œuvre immédiatement par la DDASS, en collaboration avec
le Centre Antipoison (CAP) et avec l’appui de l’InVS et de la Cellule
interrégionale d’épidémiologie d’intervention
(CIRE).
Une recherche d’autres cas dans l’entourage d’un cas
identifié doit être entreprise. Cette recherche sera guidée
par les premiers éléments obtenus lors de l’enquête
et concerne tout cas certain ou possible. Selon le cas elle se fera
auprès des cliniciens de la zone concernée, de la population
exposée si celle-ci peut être définie par l’enquête
(personnes exposées au repas commun, personnes exposées
au réseau d’eau identifié, personnes ayant consommé un
lot d’aliment incriminé…). La prise en charge médicale
des cas se fait en milieu hospitalier.
Le recueil de données sur tous les cas qu’ils
soient certains ou possibles doit permettre d’orienter sur une source
plausible d’intoxication si celle-ci n’est pas connue, ou de la confirmer
ou la préciser si elle est suspectée.
Recherche d’une origine naturelle
Elle est à envisager en première instance en cas
d’apparition d’un nombre de cas limité pendant une période
propice au développement des " marées rouges " (de
juin à fin août en Bretagne et jusqu’en novembre en Méditerranée :
consulter sur Internet les résultats du réseau
REPHY (surveillance des espèces phytoplanctoniques toxiques
dans l’eau) mis en place par l'IFREMER).
Elle nécessite l’interrogatoire des premiers cas signalés et
de ceux observés dans leur entourage immédiat à la recherche
d’ingestion de fruits de mer dans les 3 heures précédant le début
des symptômes. Si une origine naturelle est envisagée, une enquête
conjointe de la DDASS et de la DSV doit être conduite en coordination
avec l’AFSSA et l’IFREMER.
Recherche d’une origine malveillante ou terroriste
Cette recherche est à envisager en première intention devant
l’apparition soudaine de nombreux cas cliniques dans une zone donnée.
Elle est également à envisager dès qu’une origine naturelle
peut être écartée.
La première source de contamination à investiguer
en priorité est l’eau du robinet. L’apparition de plusieurs
cas groupés (certains ou possibles) sur une même unité de
distribution doit immédiatement déclencher des investigations
analytiques sur ce réseau comprenant la recherche de saxitoxine
et une information de la population.
Si la source " eau du robinet " peut être écartée, une
enquête alimentaire la plus précise possible doit être
menée auprès des cas pour trouver un ou plusieurs aliments
communs à ces cas. Elle s’appuiera sur un relevé précis
de toute consommation alimentaire (y compris les eaux et boissons embouteillées)
dans les 3 heures précédant les début des signes
avec la marque, le conditionnement et le lieu d’achat ou de consommation.
Compte tenu du caractère hydrosoluble de la saxitoxine, l’accent
sera mis sur la contamination d’un aliment ou d’une matière
première liquide. Compte tenu du caractère thermostable
de la saxitoxine, même les aliments ayant subi un traitement
thermique doivent être pris en compte.
4.2. En cas d’exposition potentielle ou avérée
Définir la population exposée
Source alimentaire : identifier les produits et les lots potentiellement
contaminés. Analyser les réseaux de commercialisation
ou de distribution (en collaboration avec la Direction Générale
de l’Alimentation (DGAl) et Direction Générale de la
Consommation, de la Concurrence et de la Répression de Fraudes
(DGCCRF) et leurs services déconcentrés.
En cas de retrait d’un produit, il est essentiel que les consommateurs et les
distributeurs raportent les produits afin d’effectuer un inventaire permettant
d’estimer la quantité de produits potentiellement consommés.
Eau : identifier la zone de distribution du réseau contaminé (potentiellement
ou de manière avérée).
La population exposée peut être réévaluée
en fonction d’informations acquises secondairement.
Interventions
L’investigation est à mener de toute urgence compte tenu
du caractère indétectable par le consommateur d’une contamination
par la saxitoxine et doit aboutir à une information très
rapide de la population visant à la soustraire de l’exposition
(média, voiture haut-parleur….).
Recherche active de cas dans la zone identifiée en contactant les hôpitaux
et les professionnels de santé et en incitant la population exposée à consulter
un professionnel de santé dès l’apparition de premiers symptômes.
Suivi des personnes exposées : dans la mesure du possible, des informations
initiales sont à recueillir auprès de toute personne potentiellement
exposée comprenant l’identification complète (nom, prénom,
adresse, téléphone…), la notion de grossesse en cours (peut orienter
le choix du traitement prophylactique), les circonstances précises de
l’exposition (type, lieu, durée), le(s) type(s) de prélèvements
réalisés, et le type de prise en charge.
L’investigation dans le cas d’une exposition due à une malveillance
ou un acte de terrorisme a pour but d’identifier les groupes de population
exposés à un risque avéré afin de mettre en place
les mesures de prévention adéquates et d’assurer un suivi de
la population exposée.
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5. Bibliographie
Morse EV. Paralytic shellfish poisoning : a review. J Am Vet
Med Assoc, 1977, 171 : 1178-1180
Long RR, Sargent JC, Hammer K. Paralytic shellfish poisoning : a case
report and serial electrophysiologic observations. Neurology, 1990, 40 :
1310-13112
OMS. Aquatic (Marine and Freshwater) biotoxins. Environmental Health Criteria
n° 37. International Programme on Chemical Safety. OMS Genève, 1984.
OMS. Saxitoxin. Poisons Information Monographs. International Programme on
Chemical Safety. CCOHS Hamilton/OMS Genève, à paraître
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Sites web utiles
Ministère de la Santé : http://www.sante.gouv.fr
Agence Française de Sécurité Sanitaire des
Produits de Santé : http://www.afssaps.sante.fr
Réseau
REPHY (surveillance des espèces phytoplanctoniques toxiques dans
l’eau mis en place par l'IFREMER).
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