Guides d'investigation épidémiologiqueeMaladie du charbon1. Mémento Téléchargez le document complet au format Acrobat Reader (pdf: 106Ko) Sommaire des guides d'investigation épidémiologiques 1. Mémento 1.1 Généralités Le charbon (" anthrax " en anglais, à ne pas confondre avec le terme français anthrax qui désigne une infection à staphylocoque) est une anthropozoonose due à Bacillus anthracis, bacille à Gram positif, germe tellurique existant sous forme sporulée dans l’environnement et végétative chez son hôte. La maladie survient surtout chez les animaux herbivores, infectés par l’ingestion de spores présentes dans le sol des pâtures. Elle existe de façon enzootique dans les pays de l’Est, le pourtour méditerranéen, l’Asie du Sud-Est, l’Afrique et l’Amérique du Sud. Dans sa forme " naturelle ", l’homme acquiert la maladie au contact d'animaux malades ou de produits animaux contaminés. La maladie humaine existe sous trois formes : cutanée, d’inhalation ou gastro-intestinale. 1.2. Modes de transmission par contact cutané avec des spores présentes sur des matériels ou produits animaux contaminés. Des lésions préalables de la peau sont nécessaires au passage cutané des germes et au développement d’une infection ; par inhalation d'un aérosol de spores pénétrant dans les alvéoles pulmonaires et transportées par voie lymphatique dans les ganglions médiastinaux. La germination des spores à ce niveau libère des toxines provoquant hémorragies, œdème et nécrose des tissus ; par ingestion de produits contaminés, la germination des spores libérant les toxines à différents niveaux du tube digestif : bouche, œsophage ou intestin ; la transmission de personne à personne n’a jamais été documentée. 1.3. Diagnostic clinique Forme d’inhalation : improprement appelé forme " pulmonaire " (il ne s’agit pas d’une pneumopathie). D’après les données disponibles, la maladie présenterait deux phases : 1) un syndrome infectieux initial qui peut durer de quelques heures à quelques jours. 2) l’apparition secondaire et fulminante d’une défaillance respiratoire associée à un syndrome septicémique. La radiographie thoracique montre un élargissement du médiastin lié à des adénopathies. Dans la moitié des cas, les patients développent une forme méningée hémorragique. En l’absence de traitement antibiotique très précoce (lors de la phase initiale de la maladie), la létalité varie entre 80 et 100%. Le délai moyen entre début des symptômes et décès est de 3 jours. Forme cutanée : Les zones cutanées exposées (bras, mains, face et cou) sont les plus fréquemment touchées. La maladie débute par une macule ou papule prurigineuse qui évolue le deuxième jour vers un ulcère de forme circulaire. De petites vésicules de 1 à 3 mm peuvent apparaître, laissant alors écouler un liquide clair ou séro-sanglant contenant de nombreux bacilles. La lésion évolue vers une escarre noire et non douloureuse, souvent associée à un œdème local intense. L’escarre se dessèche et tombe en 1 à 2 semaines sans laisser de cicatrice. Lymphangite, adénopathies douloureuses peuvent apparaître et la maladie peut évoluer vers un syndrome septicémique. Elle répond bien à un traitement antibiotique oral adapté. En l’absence de traitement, la létalité peut atteindre 20%. Avec traitement, elle est inférieure à 1%. Forme gastro-intestinale : elle débute par une gastro-entérite aiguë pouvant évoluer rapidement vers un syndrome septicémique avec diarrhée sanglante. Le décès peut survenir en quelques heures (létalité estimée entre 25 et 60%). Des formes oro-pharyngées avec adénopathies et œdème sous-glossien ont été décrites Durée d'incubation : elle
est fonction de la voie d'exposition et de la dose 1.4. Diagnostic de laboratoire Sont disponibles dans les laboratoires de référence
(Pasteur) 1.5. Situation épidémiologique du charbon humain " naturel " Environ 2 000 cas de charbon cutané sont actuellement déclarés dans le monde chaque année. Aux Etats-Unis, 224 cas ont été déclarés de 1944 à 1994. Les cas de charbon d’inhalation sont plus rares. Aux Etats-Unis, 18 cas ont été décrits de 1900 à 1978. La plupart sont survenus chez des professionnels de la laine ; 2 étaient des contaminations de laboratoire. Les formes gastro-intestinales sont rares. Quelques épidémies limitées ont été décrites en Afrique et en Asie. En France, quelques cas de charbon cutané par contact avec des animaux malades ont été signalés depuis l'arrêt de la déclaration obligatoire en 1986, les 3 derniers cas datant de 1997. Le charbon par inhalation est exceptionnel : le dernier cas, décédé, date de 1996. 1.6. Le charbon en tant qu’arme bactériologique En 1979, une épidémie massive de charbon d’inhalation se déclara à Sverdlosk (ex-URSS) à quelques kilomètres d’un centre militaire de recherche microbiologique. Initialement attribuée à une cause naturelle, l’épidémie tua 68 personnes. Elle était en fait liée à la diffusion accidentelle d’un aérosol de moins d’un gramme de spores sèches du charbon. L'OMS a estimé en 1970 que 50 kg de spores du charbon épandus par avion sur une zone urbaine de 5 millions d'habitants pourraient contaminer 250 000 personnes et entraîner la mort de 100 000 personnes. 2.1. Définitions de cas Cas certain : charbon quelle que soit sa forme clinique ET isolement de Bacillus anthracis à partir d’un échantillon clinique Cas probable : signes cliniques évocateurs : Cas possible : chez un sujet préalablement
bien portant : 2.2. Définition d’une exposition Exposition potentielle : toute annonce ou découverte d’une contamination potentielle par le bacille du charbon (lettre ou colis suspect, contamination de l’air par un aérosol, d’un aliment ou du réseau d’eau) EN L’ABSENCE de confirmation microbiologique (prélèvement environnemental) ou de cas de charbon parmi la population exposée. Exposition avérée : toute annonce ou découverte d’une source potentielle de contamination par le bacille du charbon (lettre ou colis suspect, contamination de l’air par un aérosol, d’un aliment ou du réseau d’eau) AVEC confirmation microbiologique (prélèvement environnemental positif) et/ou au moins un cas de charbon parmi la population exposée. 3. Quand et comment signaler ? Le charbon fait partie de la liste des maladies à déclaration obligatoire (DO). Le diagnostic d’un seul cas, qu’il soit certain, probable ou possible, doit donner lieu à un signalement immédiat par téléphone ou télécopie à la Direction Départementale des Affaires Sanitaires et Sociales (DDASS). En parallèle, une fiche de notification doit être transmise à la DDASS. Toute exposition avérée au bacille du charbon doit donner lieu à un signalement immédiat à la DDASS. 4. Investigation épidémiologique 4.1. Investigation d’un cas de charbon Face au signalement d’un cas de charbon, une investigation doit être mise en œuvre immédiatement par la DDASS en collaboration avec la Direction des Services Vétérinaires (DSV). L’assistance de la Cellule interRégionale d’épidémiologie d’intervention (CIRE) et de l’InVS doit être requise. Cette investigation a pour but de confirmer la maladie, d’identifier d’autre cas liés au signalement, d’identifier le mode de transmission, la source d’exposition (en particulier d’apporter des arguments en faveur d’une origine naturelle ou malveillante) et de définir la population exposée afin de guider les mesures préventives à instituer. Confirmation du diagnostic Recherche active d’autres cas dans l’entourage
du cas identifié Recherche d’une origine naturelle Recherche d’une origine malveillante
L’investigation initialement descriptive sera complétée par une étude analytique (cas-témoins, cohorte) ad hoc. 4.2.Investigation d’une exposition avérée L’investigation épidémiologique a pour but d’identifier les groupes de population exposés à un risque avéré afin de mettre en place les mesures de prévention adéquates et d’assurer un suivi de la population exposée. Scénarios possibles Définition de la zone d’exposition Conduite à tenir face à une exposition
avérée Ministère de la Santé : http://www.sante.gouv.fr Agence Française de Sécurité Sanitaire des Produits de Santé : http://www.afssaps.sante.fr |
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