Investigations épidémiologiques dans une entreprise de production de vitamines de l’Allier

Rapport intermédiaire


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L’usine Adisseo, implantée à Commentry dans l’Allier, fabrique par synthèse chimique des vitamines et des acides aminés. Suite à l’observation d’un agrégat de cancer du rein parmi les salariés de cette usine, le Département Santé Travail (DST) de l’Institut de veille sanitaire (InVS) a entrepris une investigation épidémiologique à travers deux études complémentaires. Une étude de cohorte a pour objectif d’analyser la mortalité par cause, en particulier par cancer, des personnes ayant travaillé au moins 6 mois en cumulé entre le 01/01/1960 et le 31/12/2003. Une étude cas-témoins nichée dans la cohorte est destinée à repérer les caractéristiques professionnelles associées au risque de cancer du rein.

Le présent rapport intermédiaire propose une description des données du programme de dépistage par échographie abdominale mis en place par le service de santé au travail chez les salariés de l’entreprise, puis il fait le point sur l’état d’avancement et les premiers résultats disponibles de l’étude de cohorte et de l’étude cas-témoins. Il étudie enfin la faisabilité d’une étude de l’évaluation de l’impact du dépistage par échographie abdominale sur le taux d’incidence de cancer du rein.


Le programme de dépistage

Entre 1986 et 2003, 743 salariés ou ex salariés de l’usine ont participé au programme de dépistage annuel par échographie abdominale mis en place par le Service de santé au travail. En 1986, le dépistage a débuté chez les personnes exposées au chlorure de vinyle monomère (CVM) et était destiné à repérer les angiosarcomes du foie. En 1992, le programme a été élargi aux personnes exposées au Chloracétal C5, produit intermédiaire de la synthèse de vitamine A reconnu comme étant mutagène in vitro. En 2001, tous les salariés exposés à des produits chimiques ont été invités au dépistage. Depuis 2002, le dépistage échographique est proposé à l’ensemble des salariés de l’usine qui souhaitent en bénéficier.

Pour les deux tiers des salariés ayant eu au moins deux échographies, la durée moyenne entre deux échographies est de 10 mois et demi. Neuf cas de cancer du rein ont été diagnostiqués dans le cadre de ce dépistage à un stade infraclinique.


Étude de cohorte

2 523 personnes ont travaillé au moins 6 mois en cumulé à Adisseo entre le 01/01/1960 et le 31/12/2003. Un travail de recensement des personnes atteintes de cancer du rein a été mené sur une échelle locorégionale à partir des données des établissements de soin, des comptes-rendus informatisés des laboratoires d’anatomo-pathologie et des Affections de longue durée (ALD) prises en charge par le régime général de Sécurité Sociale. Le croisement des listes de malades avec la liste des salariés et ex salariés de l’usine et la consultation des causes médicales de décès a permis d’identifier 22 personnes atteintes de cancer du rein au sein de la cohorte. L’étude de la mortalité par cause dans la cohorte entre le 01/01/1968 et le 31/12/2002 montre une mortalité générale et par tumeurs cancéreuses inférieure à celle de la population générale française chez les hommes et chez les femmes. On ne met pas en évidence d’excès statistiquement significatif de décès par cancer du rein chez les salariés de l’usine. L’étude de l’incidence du cancer du rein chez les personnes salariées de l’usine entre le 01/01/1989 et le 31/12/2003 montre un risque de cancer du rein multiplié par 5,3 chez les hommes de la cohorte comparativement à la population générale masculine française. Cet excès est statistiquement significatif et va dans le même sens que le ratio d’incidence standardisé de 13,1 calculé dans le rapport préliminaire. L’observation d’un excès de cancer du rein en incidence et non en mortalité n’est pas contradictoire. En effet, la bonne survie des personnes atteintes de cancer du rein et la pratique dans l’usine d’un dépistage échographique peuvent expliquer ce phénomène. L’analyse de la mortalité en fonction des paramètres professionnels n’est pas encore réalisée. Un lourd travail d’imputation logique en cours de réalisation sur les historiques de carrière des sujets de la cohorte est nécessaire afin de compléter les informations professionnelles manquantes et notamment le secteur d’activité dans l’usine. La faisabilité de l’inclusion dans la cohorte des salariés des entreprises sous-traitantes a été testée et jugée non satisfaisante (étude de faisabilité décrite en annexe).


Étude cas-témoins

Le recueil de données pour l’étude cas-témoins est maintenant terminé ; 18 personnes atteintes de cancer du rein et 82 témoins appariés sur le sexe et l’âge (+/- 2,5 ans) ont été inclus dans l’étude. L’évaluation des expositions professionnelles à partir des données recueillies par questionnaire est en cours. Pour les expositions spécifiques à Adisseo, l’évaluation est réalisée par une équipe d’évaluateurs du DST et se base sur un document synthétique décrivant les différents bâtiments des sites de Commentry et Montluçon, et les productions, phases de synthèse et produits qui ont eu cours dans chacun des bâtiments au fil du temps. Ce document a été produit par un ingénieur procédé de l’entreprise pour les besoins de l’étude, il a ensuite été complété et validé par un groupe de travail composé de salariés de l’usine et de l’équipe de l’InVS. Des règles générales d’évaluation ont été définies pour les personnels de la production, de la maintenance, des utilités, des laboratoires et du pilote. L’exposition des personnes travaillant dans d’autres secteurs d’activité est évaluée au cas par cas. Pour les expositions non spécifiques à Adisseo, l’évaluation est menée par des hygiénistes industriels du DST et concerne quinze substances ou catégories de substances possiblement facteurs de risque de cancer du rein. Un certain nombre de facteurs non professionnels ont également été recueillis par questionnaire individuel. Ces données ont été analysées par régression logistique non conditionnelle avec ajustement sur le sexe et l’âge. Dans l’étude cas-témoins Adisseo, le statut vital lors de l’interview apparaît comme statistiquement lié au risque de cancer du rein et conditionne probablement la qualité des informations recueillies. Avoir été inclus dans le programme de dépistage par échographie abdominale est associé à un risque augmenté de cancer du rein. Les trois facteurs de risque de cancer du rein les plus constamment cités dans la littérature scientifique, surpoids, hypertension artérielle et tabagisme, sont associés dans l’étude cas-témoins Adisseo à un risque augmenté de cancer du rein. Ces premiers résultats sont en faveur de la qualité de l’échantillonnage et des données recueillies.


Prochaines étapes

Une ébauche de protocole d’enquête permettant d‘évaluer l’impact du dépistage échographique sur le taux d’incidence de cancer du rein est donnée en annexe. Dans ce protocole, la fréquence de cancer du rein chez les salariés d’Adisseo ayant participé au programme de dépistage serait comparée à la fréquence de cancer du rein chez des salariés du secteur de la polymérisation du CVM, eux aussi suivis par échographie abdominale depuis le milieu des années 1980. L’étude nécessiterait de saisir et compiler les données de surveillance échographiques des travailleurs du CVM. Du fait de l’importance des moyens financiers et humains qu’elle mobiliserait, la décision d’entreprendre cette étude a été remise à une date ultérieure.

Le rapport final des études épidémiologiques est prévu pour la fin de l’année 2007. Pour l’étude de cohorte, le travail d’imputation en cours sur le fichier des bulletins de paie devrait être terminé en mai 2007, et suivi, durant l’été, de l’analyse statistique de la mortalité en fonction de caractéristiques professionnelles. Pour l’étude cas-témoins, l’évaluation des expositions professionnelles prendra fin en mai 2007 et sera elle aussi suivie d’une analyse statistique détaillée du risque de cancer du rein en fonction des expositions professionnelles.

 

 

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Institut de veille sanitaire
Mise en ligne le 15 mars 2007

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