L’explosion de l’usine AZF, à Toulouse, est l’une des catastrophes industrielles les plus importantes de ces dernières décennies, en France. Les conséquences de cette explosion ont été majeures aussi bien du point de vue humain (30 morts, plusieurs milliers de blessés) que matériel. Les travailleurs et les sauveteurs de l’agglomération toulousaine ont été particulièrement exposés.Une enquête transversale par autoquestionnaire postal a été menée 12 mois après l’explosion. L’objectif était d’évaluer les conséquences à un an de la catastrophe. Toutes les entreprises recensées en zone proche (3 km autour du site AZF) ont été incluses. En zone éloignée (reste de la commune et de l’agglomération toulousaine), une stratification des entreprises, selon le secteur d’activité et la taille, a permis d’inclure un échantillon représentatif. Tous les sauveteurs des différents corps de métiers du département de la Haute-Garonne ont aussi été inclus.Parmi les travailleurs présents dans la zone proche, l’incidence des blessures physiques était de 14 % dans les deux sexes et diminuait avec l’éloignement de l’épicentre de l’explosion. Un travailleur sur cinq déclarait avoir eu des dégâts matériels au domicile. Concernant l’impact professionnel, 20 % des travailleurs déclaraient un lieu de travail inutilisable et 7 % un arrêt de travail en lien avec l’explosion. La prévalence de la symptomatologie de stress post-traumatique (SPT) était plus élevée chez les travailleurs de la zone proche (12 % chez les hommes et 18 % chez les femmes) que chez ceux de la zone éloignée (5 % et 9 %). Il existait un gradient de prévalence de SPT selon les professions et catégories socioprofessionnelles (PCS) en zone proche, mais pas en zone éloignée. En zone proche, la SPT était d’autant plus fréquente que les travailleurs étaient plus âgés, plus exposés (de manière immédiate ou différée) et qu’ils étaient artisans, employés ou ouvriers. L’impact en santé mentale était moindre parmi les sauveteurs, les prévalences de SPT étant de l’ordre de 5 % chez les hommes et de 2 % chez les femmes. La SPT n’était pas associée à l’âge ni aux PCS. Par contre, elle était plus fréquente chez les policiers ayant participé aux activités de sauvetage en rapport avec des blessés.Ce travail souligne l’impact durable de la catastrophe industrielle et révèle l’ampleur des conséquences psychologiques chez les travailleurs, plus particulièrement ceux des PCS les moins favorisées en zone proche. Ces résultats témoignent de la nécessité d’améliorer l’approche épidémiologique dans les situations de catastrophe, particulièrement par la prise en compte de la dimension sociale. Ils indiquent aussi qu’une attention particulière devrait être réservée à la préparation à la prise en charge des victimes, pour l’ensemble des sauveteurs. Final report on consequences at one year in the population of workers and rescuers in the urban area of Toulouse The AZF chemical plant explosion represents one of the most important industrial tragedies over the last decades inFrance. The major consequences were not only human (killing 30 people and injuring several thousands) but also material.Workers and rescuers from the urban area of Toulouse have been particularly exposed.A cross-sectional study, using self-administered postal questionnaires, was performed twelve months after the explosionin order to assess the middle term consequences. All the companies recorded in the close surrounding area(3 kilometres around the AZF site) were included in the study together with a sample of companies stratified by activitysector and size from a more remote area (the rest of the Toulouse urban area). All the rescuers from different tradeassociations of the Haute-Garonne department (administrative division) were also included.Among workers who were present in the closer area, the incidence of physical injuries was 14% for both genders, anddecreased depending on the distance separating them from the explosion epicentre. One out of five worker reportedmaterial damage in their homes. With respect to the occupational impact, 20% of workers reported that their workplacewas no longer functional and 7% were on sick leave associated to the explosion. Prevalence of post traumatic stresssymptomatology (PTSS) was higher in workers from the closer area (12% in men and 18% in women) than in workersfrom the more remote area (5% in men and 9% in women). PTSS was also more frequent in older, more exposed(immediate or delayed exposure) workers and whether they were craftsmen, employees or workmen. Unlike what wasobserved in the more remote area, a PTSS prevalence gradient was present in the closer area depending on occupationsand socioprofessional categories (SPC).The mental health impact was lower in rescuers with PTSS, reaching 5% in men and 2% in women. PTSS was associatedneither to age nor to SPCs. Nevertheless, it was more frequent in policemen who had taken part in rescue operationsinvolving injured persons.This work stresses the sustainable impact of industrial catastrophes and reveals the scope of psychological consequencesin workers, particularly those from disadvantaged SPCs in the closer area. The results illustrate the need for improvingthe epidemiological approach in such situations, especially as regards the significance of the social dimension. They alsoindicate that a special attention should be paid to preparing rescuers to the victims’ health care.
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