L’explosion de l’usine AZF est l’une des catastrophes industrielles les plus importantes de ces dernières décennies en France. Les conséquences ont été majeures (30 morts, plusieurs milliers de blessés). Les travailleurs et les sauveteurs de l’agglomération toulousaine ont été particulièrement exposés.A la suite de l’enquête transversale menée de septembre 2002 à avril 2003 dans la population des travailleurs et des sauveteurs, une cohorte de volontaires a été mise en place en mai 2003. La cohorte santé “AZF” compte 3 006 personnes qui seront suivies pendant cinq ans. A l’inclusion, les volontaires ont été invités à bénéficier d’un bilan de santé. Ils ont également répondu à un autoquestionnaire explorant : le parcours professionnel, la santé mentale et les troubles sensoriels, en particulier ORL. Les résultats présentés dans ce rapport concernent la phase d’inclusion. La survenue d’épisodes de chômage, d’arrêts maladie ou une rupture dans l’évolution de carrière depuis septembre 2001 ont rarement été rapportés par les cohortistes (moins de 2 %). Aucun lien entre la survenue de ces accidents de carrière et les indicateurs de niveaux d’exposition n’a pu être mis en évidence. Cette apparente absence d’effet de l’explosion sur la vie professionnelle est probablement en rapport avec des limites méthodologiques. L’évaluation de la santé mentale par l’autoquestionnaire standardisé GHQ 28 montre une “détresse psychique” qui touche 47 % des volontaires. La prévalence est nettement supérieure chez les femmes (60 %) que chez les hommes (40 %). Elle diffère selon la catégorie socioprofessionnelle, les ouvriers et les artisans commerçants étant les plus touchés. Chez les hommes, la “détresse psychique” est d’autant plus fréquente qu’ils ont été exposés à différents indicateurs : impression d’avoir respiré des toxiques ou que les bâtiments s’effondraient, existence de symptômes psychiques dans les suites immédiates de la catastrophe, antécédents de dépression, épisodes de chômage technique ou une délocalisation du lieu de travail. Chez les femmes, la “détresse psychique” est plus fréquente lorsqu’il existe au moins un antécédent dépressif ou une atteinte d’un proche à la suite de la catastrophe. Concernant la pathologie ORL, les signes les plus fréquents sont l’hypoacousie (34 % des hommes et 27 % des femmes) et les acouphènes (respectivement 25 % et 19 %). On retrouve un gradient des symptômes selon la distance personnelle. A l’audiogramme, les déficits auditifs prédominent dans la zone des hautes fréquences et sont d’autant plus fréquents que les personnes se trouvaient à proximité du lieu de l’explosion.Ce travail met en évidence des liens entre la catastrophe industrielle et la “détresse psychique”. Son atout majeur repose sur la prise en compte de deux sources de données indépendantes et non concomitantes pour mesurer les expositions et les conséquences sanitaires et professionnelles. Il souligne la nécessité d’être attentifs aux troubles auditifs, en particulier pour les personnes qui se trouvaient proches du lieu de l’explosion. Il ne constitue que la première étape de l’étude longitudinale, mais justifie la nécessité de s’intéresser aux effets à moyen et long terme. Report on the inclusion phase in the cohort of workers in the urban area of Toulouse The AZF chemical plant explosion represents one of the most important industrial tragedies over the last decades in France.Workers and rescuers from the urban area of Toulouse have been particularly exposed.A cohort of volunteers was set up in May 2003. The “AZF” health cohort represented 3 006 persons with a five year follow up.At inclusion, volunteers were subjected to an assessment. They filled in a self-administered questionnaire on their professional backgrounds, mental health and sensory troubles. The results presented in this report are based on the cohort’s inclusion phase.The occurrence of periods of unemployment, of career interruption due to sick leaves or disruptions of career progress since September 2001 have rarely been reported by the cohort subjects (less than 2%). No association between the occurrence of career incidents and the indicators of exposure level could be established. This apparent absence of consequences on professionallife may be due to methodological limitations. In regard to mental health, the assessment through the standardized GHQ 28self-questionnaire reveals that 47% of volunteers presented “psychic distress”. Prevalence was significantly higher in women(60%) than in men (40%). Moreover, it varied according to socioprofessional categories, employees and tradesmen being themost affected. In men, “psychic distress” was more frequent and depended on exposure to various indicators such as: theimpression of having breathed toxic products, witnessing the collapse of buildings, the presence of psychic symptoms immediately after the tragedy, a history of depression, a period of technical unemployment or if the workplace was had been relocated. In women, “psychic distress” was more frequent when there has been they had undergone at least one depression episode prior to the accident or when someone close had been injured in the blast. The most frequent signs concerning the hearingtroubles were hypocusis (34% of men and 27% of women) and tinnitus (25% and 19%). A gradient of symptoms was foundand depended on the distance between the subject and the site. Audiograms revealed predominant hearing losses in the highfrequencies area. The nearer people were to the explosion site, the more frequent hearing losses were observed.This work establishes the link between industrial disaster and “psychic distress”. The interest of the results presented lies inthe fact that two independent and non-concomitant data sources were taken into account. The results emphasize the need tofocus on hearing troubles and a necessary follow up of the cohort.
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