Dans le cadre du plan de lutte contre une pandémie grippale, la Direction générale de la santé a demandé à l’InVS d’estimer l’ampleur qu’aurait un tel événement en France et d’estimer l’impact épidémiologique de différentes stratégies de lutte. Un modèle statistique d’analyse de risque, proche de celui utilisé pour le même exercice aux Etats-Unis a été utilisé, afin de prendre en compte l’incertitude associée à chaque paramètre (simulations de type Monte-Carlo). Dans un premier temps, les taux d’incidence (variant entre 15 et 35 %), les taux d’hospitalisation et la létalité ont été retenus à partir des données de la littérature concernant les pandémies passées ainsi qu’à partir des opinions d’experts. Ces taux ont permis de calculer, sous différentes hypothèses, le nombre de cas, d’hospitalisations et de décès attendus et d’en établir la distribution selon l’âge et l’appartenance ou non à un groupe à risque. En l’absence d’intervention, et pour ces taux d’incidence, le nombre de cas en fin d’épidémie varierait entre 9 et 21 millions, le nombre d’hospitalisations entre 455 000 et 1,1 million et le nombre de décès entre 91 000 et 212 000. Dans un second temps, plusieurs stratégies de
lutte ont été comparées pour un taux d’incidence
moyen de 25 %. Ces interventions comprennent la vaccination et l’utilisation
des antiviraux (inhibiteurs de la neuraminidase tels que l’oseltamivir),
soit en traitement curatif, soit en prophylaxie continue, soit en prophylaxie
post-exposition (prise d’antiviraux à la suite d’un contact avec
un cas de grippe). Les calculs ont été effectués
sur la base de l’efficacité de ces interventions contre les virus
grippaux classiques. Si un vaccin était disponible dès le début
de la pandémie, la vaccination de la population générale
permettrait en moyenne d’éviter 57 % des cas, 62 % des hospitalisations
et 73 % des décès. Cette stratégie serait la plus
efficace en termes d’événements de santé (cas, hospitalisations
et décès) évités. Pour les populations à risque médical, la comparaison de l’utilisation des antiviraux en prophylaxie ou en curatif plaide en faveur de son usage en curatif. En effet, en curatif, le traitement antiviral, bien qu’évitant moins de cas, semble plus faisable et présente un meilleur rapport coût/efficacité (29 % de décès évités et 1 800 doses/décès évité) que la prophylaxie en post-exposition (56 % de décès évités et 18 500 doses/décès évité). L’usage en curatif devrait donc être privilégié, en particulier si la disponibilité en antiviraux était limitée. Le modèle a permis de montrer le rôle important que peuvent jouer les antiviraux lors d’une pandémie, notamment tant que le vaccin ne sera pas disponible. L’intérêt premier de ce travail est la comparaison de différentes stratégies de lutte. En revanche, l’incertitude majeure entourant la dynamique d’une éventuelle pandémie et les caractéristiques du nouveau virus rendent fragiles les estimations en terme de nombre absolus d’événements de santé attendus et évitables par différentes interventions et de caractéristiques des personnes touchées. Ce modèle devra donc être réajusté, le cas échéant, aux caractéristiques du virus pandémique en cause. En complément de ces travaux, une estimation des nombres hebdomadaires d’admissions hospitalières et de journées d’hospitalisation a été effectuée si aucune intervention médicale n’était appliquée. Nous avons fait l’hypothèse qu’une pandémie grippale aurait la même cinétique que les épidémies grippales hivernales et se composerait de 2 vagues durant 10 semaines chacune. Nous avons utilisé les données du Réseau Sentinelles de 1985 à 2003 (Inserm U707) pour estimer la distribution hebdomadaire des cas de grippe. Deux hypothèses ont été faites concernant l’importance relative des deux vagues, soit deux vagues identiques, soit une première vague plus faible (1/3 des cas) et une seconde plus importante (2/3 des cas). Les calculs ont été effectués à partir des résultats de l’estimation de l’impact d’une pandémie grippale obtenus pour des taux d’attaque de 15, 25 et 35 % et sur la base d’un taux d’hospitalisation moyen de 5 %. Le nombre d’admissions hebdomadaires selon le taux d’attaque, la semaine pandémique et l’importance des vagues varie entre 3 300 et 151 000 admissions par semaine. Au pic, le nombre d’admissions hebdomadaires varie entre 32 000 et 151 000. Plus de la moitié des admissions surviendraient durant une période de trois semaines. Le nombre de journées hebdomadaires d’hospitalisation selon le taux d’attaque, la semaine pandémique, l’importance des vagues et la durée d’hospitalisation varie entre 12 000 et 2 millions. Sur la base des données du PMSI pour les hivers 1998-99 à 2001-02, la pandémie entraînerait au moment du pic une augmentation du nombre d’admissions comprise entre 10% et 46 % et une augmentation du nombre de journées d’hospitalisation comprise entre 10 % et 132 %. Plus encore que l’évaluation de l’impact de la pandémie, ces calculs reposent sur un grand nombre d’hypothèses qui doivent conduire à les considérer avec la plus grande prudence. Elles fournissent cependant une estimation de ce que pourrait être la surcharge hospitalière dans l’hypothèse d’une pandémie de grande ampleur. Elles devront conduire à envisager des critères d’hospitalisation et de sortie de l’hôpital afin de limiter cette surcharge hospitalière. |
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