Dans un contexte de diminution de l'incidence du sida depuis plusieurs années et devant une augmentation en 1999 et 2000 du nombre de cas de sida chez des personnes ayant pour nationalité celle d'un pays d'Afrique subsaharienne, une étude descriptive auprès de patients originaires d'Afrique subsaharienne atteints par le VIH a été réalisée dans plusieurs hôpitaux d'Ile-de-France au cours du premier semestre 2002. Cette étude avait pour but de décrire les caractéristiques sociodémographiques de ces personnes, leurs conditions de vie, les modalités de découverte de leur infection à VIH ainsi que leur parcours médical, afin de comprendre les raisons de l'augmentation récente du nombre de cas de sida dans cette population. Les 250 personnes ayant accepté de participer à l'étude étaient
principalement originaires de la Côte d'Ivoire, la République
Démocratique du Congo, le Cameroun, le Congo (Brazzaville), le
Mali et le Sénégal. Ces personnes étaient arrivées
en France avant 1988 pour 19 % d'entre elles, entre 1988 et 1998 pour
47 % et depuis 1999 pour 34 %. Le rapprochement familial, la poursuite
d'études et la recherche d'un emploi représentaient 67
% des motifs de venue en France, les autres motifs étant les raisons
politiques (12 %) et les raisons médicales (10 %). Au moment de
l'étude, 47 % des personnes se déclaraient sans activité professionnelle
et 52 % vivaient dans des conditions précaires de logement. Une analyse des correspondances multiples a permis de distinguer trois classes homogènes de personnes : une classe caractérisée principalement d’hommes arrivés en France jusqu'en 1987 à la recherche d'un travail, qui ont une activité professionnelle, sont couverts par la Sécurité sociale et qui ont découvert leur séropositivité VIH tardivement à l’occasion de symptômes ; une classe regroupant essentiellement des femmes, venues en France entre 1988 et 1998 pour rapprochement familial, qui ont un logement stable et ont eu connaissance de leur séropositivité à l’occasion d’une grossesse ; une troisième classe regroupant des personnes venues en France depuis 1999, n'ayant ni travail, ni protection sociale ou qui ont l'AME et qui vivent dans des conditions de grande précarité. Une analyse multivariée a montré que les personnes venues en France depuis 1999 étaient plus jeunes, pensaient avoir été contaminées plus souvent en Afrique qu'en France, étaient venues en France plus souvent pour raisons médicales et vivaient plus souvent dans des conditions de logement et de protection sociale précaires. Au regard des données du ministère de l'Intérieur sur l'immigration, l'augmentation récente du nombre de cas de sida diagnostiqués en France chez les personnes d'Afrique subsaharienne s'explique principalement par l'accroissement du flux migratoire en provenance de cette région du monde, constaté dans l'étude par le pourcentage important de patients arrivés en France depuis 1999. La prévalence de l'infection à VIH étant très élevée dans la plupart des pays d'Afrique subsaharienne, un certain nombre de personnes en provenance de ces pays développent un sida après leur arrivée en France. Mais cette augmentation est aussi le reflet d'une augmentation de l'incidence des contaminations dans les années passées chez des personnes présentes sur le territoire depuis de nombreuses années, et dont le diagnostic est tardif. Les problèmes d’accès à une couverture sociale semblent en partie résolus au sein de la population séropositive originaire d’Afrique subsaharienne interrogée, mais cette amélioration pourrait être fortement remise en cause du fait des modifications d'attribution de l'AME. Par contre, la précarité socio-économique des personnes reste préoccupante et constitue un problème majeur, puisque c’est un facteur connu pour limiter l’accès au dépistage et à une prise en charge médicale satisfaisante. |
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