Le contexte
L’école Marie Curie située à Nogent-sur-Marne a été construite
en 1969 sur le site d’une ancienne usine d’extraction du radium,
active de 1904 à 1925. Les déchets radifères émettent
un gaz radioactif naturel, le radon. Les personnes ayant fréquenté l’école, élèves
et personnels, ont par conséquent été soumises à une
exposition résultant de l’exposition externe par le rayonnement
gamma ambiant et de l’exposition interne par inhalation du radon. Des mesures
d’aménagement visant à réduire l’exposition
aux rayonnements ionisants avaient été mises en oeuvre lors de
la construction mais elles se révéleront ultérieurement
insuffisantes. C’est pourquoi, l’école a fait l’objet
en 1987, 1992 et 1996 de travaux d’aménagement en vue de réduire
cette exposition. D’après les estimations actuelles, les doses reçues
jusqu’en 1996 par les personnes ayant fréquenté l’école
ont été supérieures aux limites réglementaires concernant
le public, plus particulièrement pour les personnes ayant fréquenté l’école
avant 1987. C’est dans ce contexte que, le 10 juin 1998, le rectorat de
l’académie a saisi l’InVS pour mettre en oeuvre une enquête épidémiologique
visant à étudier les risques pour la santé liés à la
fréquentation de l’école.
Les objectifs de l’étude
L’investigation consistait en une enquête de cohorte rétrospective.
Le premier objectif était de déterminer si la fréquentation
de l'école Marie Curie de Nogent-sur-Marne par les élèves
et les personnels était associée à une augmentation du
risque de leucémie ou de cancer et/ou à une surmortalité associée
par rapport à la population générale. Le second objectif était
de déterminer s’il existait une relation entre la dose délivrée
aux personnes ayant été exposées et le risque de leucémie
ou de cancer au sein de cette population.
Les résultats
Les coordonnées des 3 403 personnes (3 236 anciens élèves
et 167 enseignants et personnels communaux) ayant séjourné dans
l’école ont été recherchées à l’aide
du Répertoire national inter-régimes des bénéficiaires
de l’assurance maladie. Fin 2002, au terme de ces recherches, 2 476 personnes
(73 %) ont pu être retrouvées. Parmi les anciens élèves
retrouvés, 1 871 (81 %) on répondu au questionnaire qui leur était
adressé, permettant de connaître l’état de santé de
58 % de l’ensemble des anciens élèves. Parmi les enseignants
et personnels communaux retrouvés, 138 (90 %) ont répondu au
questionnaire permettant de connaître l’état de santé de
86 % d’entre eux.
Chez les anciens élèves, 6 leucémies et lymphomes malins
non-hodgkiniens, 15 cancers et 28 décès ont été observés
pour respectivement 2, 10 et 34 statistiquement attendus dans cette population.
Les excès de risque observés pour les leucémies et les
cancers ne peuvent être toutefois conclusifs du fait de la proportion
importante de perdus de vue (42 %) et du biais généré par
le recrutement préférentiel des personnes malades au sein de
la cohorte. Par ailleurs, nous n’avons pas mis en évidence de
relation entre ces risques et l’estimation de dose reçue par les
anciens élèves. S’agissant des enseignants et des personnels
communaux, 8 cancers et 6 décès ont été observés
pour respectivement 8 et 11 statistiquement attendus. Compte tenu de la quasi
exhaustivité de la reconstitution de la cohorte des enseignants et des
personnelscommunaux, ces calculs de risque suggèrent qu’il n’y
a pas d’excès de risque de cancer au sein de cette population.
Conclusion
Cette étude fait suite à deux autres études menées
sur le sujet. Aucune de ces études n’a pu apporter des éléments
conclusifs à la question posée de l’impact de l’exposition
aux rayonnements ionisants sur l’ensemble de la population ayant séjournée
dans l’école Marie Curie de Nogent-sur-Marne. Les anciens élèves
et personnels de l’école ont été exposés à des
doses de rayonnement supérieures aux valeurs limites d’exposition
du public notamment avant 1987. Les connaissances scientifiques du moment suggèrent
que les conséquences sanitaires éventuelles se situent dans le
domaine des « faibles risques ». Le défaut d’exhaustivité dans
la réalisation de l’enquête et le manque de puissance statistique
ne nous ont pas permis de mesurer l’impact sanitaire éventuel
de l’exposition aux rayonnements ionisants chez les anciens élèves
de l’école Marie Curie de Nogent-sur-Marne. |