Maintien des comportements sexuels à risque dans la population homosexuelle masculine

Synthèse réalisée le 21 Juin 2004


Les données de l’Institut de veille sanitaire issues de la surveillance de l’infection à VIH, des autres infections sexuellement transmissibles et des enquêtes de comportements mettent en évidence la fréquence des pratiques sexuelles à risque chez les homosexuels en France.

Une proportion importante de contaminations récentes parmi les nouveaux diagnostics d’infection à VIH chez les homosexuels

Les hommes contaminés par rapports homosexuels représentent 27% (269) des personnes séropositives diagnostiquées entre mars et septembre 2003 (*1) . 58% d’entre eux se sont contaminés dans les 6 mois qui ont précédé leur dépistage et un sur cinq a été dépisté au moment d’une primo infection traduisant une transmission du VIH toujours évolutive dans cette population.

Ces premiers résultats sont néanmoins très dépendants des pratiques de dépistage : les homosexuels masculins ont en effet plus souvent recours au test de dépistage du VIH (89% des homosexuels versus 36% de l’ensemble des hommes (*2)) et par conséquent, la probabilité d’être dépisté rapidement après la contamination est plus importante.

Les homosexuels découvrant leur séropositivité en 2003 ont en moyenne 38 ans (les moins de 25 ans représentent 8% des nouveaux diagnostics et les 30 – 39 ans 44% des diagnostics) et seulement une fois sur 10 leur partenaire sexuel habituel est connu comme séropositif pour le VIH. Ils appartiennent, dans 40% des cas, aux classes sociales les moins favorisées (employés et ouvriers).

Des infections sexuellement transmissibles évolutives

La survenue d’infections sexuellement transmissibles (IST) dans une population spécifique reflète des comportements sexuels à risque de transmission du VIH (partenaires multiples et rapports non protégés). Dans l’enquête Baromètre Gay, un homosexuel sur dix indiquait avoir été atteint d’une IST dans les 12 derniers mois (*3). Cette observation est corroborée par la recrudescence de la syphilis que nous observons depuis 2000 avec à ce jour un total de 1089 cas notifiés à l’InVS. Leur nombre a doublé entre 2001 (207) et 2002 (417). En 2003, le nombre de cas se maintient (428) malgré les programmes d’incitation au dépistage et de traitement mis en place en 2002. Chaque année, plus de 80% de l’ensemble des cas de syphilis surviennent chez des homosexuels, la moitié d’entre eux sont également co-infectés par le VIH (*4). La fellation non protégée, souvent évoquée comme seule pratique à risque chez les homosexuels atteints d’une syphilis, pourrait jouer un rôle important dans la transmission de cette maladie.

Plus récemment, l’émergence des cas de lymphogranulomateuse vénérienne rectale (LGV) chez des homosexuels masculins a été observée en France, suite à une alerte européenne concernant les premiers cas de LGV signalés à Rotterdam et à Anvers. Une investigation épidémiologique menée par l’InVS a permis d’identifier rétrospectivement 38 cas de LGV rectale survenus entre le 1er janvier 2003 et le premier trimestre 2004, exclusivement chez des homosexuels (*5).

Le maintien voire l’aggravation des comportements à risque

L’enquête Baromètre Gay 2002, réalisée dans des lieux de rencontre gay en France, a montré que les différents indicateurs de prises de risque dans les 12 derniers mois étaient préoccupants : 53% des répondants avaient eu plus de 10 partenaires; plus de la moitié déclarait pratiquer la fellation avec exposition au sperme, 93% pratiquaient la pénétration anale avec leur partenaire occasionnel et 33% d’entre eux déclaraient au moins une pénétration anale non protégée.

Par ailleurs, plus d’un répondant sur 10 se déclarait séropositif pour le VIH4. Un quart des répondants méconnaissait leur statut sérologique car n’ayant pas eu recours au test ou n’étant plus sûr du résultat.

Entre 2000 et 2002, les prises de risque des homosexuels dans des lieux de rencontre parisiens ont progressés : les pénétrations anales non protégées et les fellations avec exposition au sperme augmentent (respectivement de 33% à 37%, de 25% à 28%). Par ailleurs, à Paris les homosexuels qui pratiquent des rapports sexuels à risque (id. pénétration anale non protégée) sont plus souvent séropositifs pour le VIH, âgés de moins de 25 ans et ont présenté une IST dans les 12 derniers mois (*6).

En Europe, cette tendance au recul des comportements sexuels préventifs a également été observée : à Londres, 42% des hommes interrogés indiquaient avoir eu des rapports anaux non protégés au cours des 12 derniers mois en 2000 contre 30% en 1996 (*7); de même en Allemagne, en 2003, 31% des lecteurs de la presse identitaire homosexuelle déclaraient avoir eu des pénétrations anales non protégées avec des partenaires sexuels au statut sérologique inconnu ou discordant .

Les causes de ce relâchement sont multiples et complexes. Outre l’impact des traitements et l’optimisme qu’ils ont suscités parmi la communauté gay, un effet de génération avec une moindre appréhension de l’infection à VIH, une situation de mal-être psychologique mais aussi une probable lassitude de l’usage systématique du préservatif sont possible. La prochaine enquête Presse Gay prévue en septembre 2004 permettra de mieux appréhender l’impact de ces facteurs sur la recrudescence des pratiques sexuelles à risque.


Conclusion

La recrudescence des IST, les nouvelles contaminations par le VIH et le maintien, voire l’aggravation des pratiques à risque attestent de la dégradation de la prévention chez les homosexuels. Malgré l’amélioration du pronostic de l’infection par le VIH grâce aux progrès thérapeutiques, cette maladie demeure très grave avec un impact majeur sur la qualité de vie des personnes atteintes et la prévention en reste plus que jamais indispensable. Les politiques publiques et la communauté homosexuelle doivent prendre en compte cette situation préoccupante.

Références

1. Données de la notification obligatoire du VIH et de la surveillance virologique au 30 septembre 2003 présentées dans le Bulletin Epidémiologique Hebdomadaire du 8 juin 2004 (N°24-25) et sur le site de l’InVS www.invs.sante.fr
2. Les connaissances, attitudes, croyances et comportements face au VIH/sida en France : Résultats comparatifs des enquêtes de 1992, 1994, 1998 et 2001.ORS IdF. 2001- p122
3. Enquête baromètre Gay 2002 et réponse Flash, résultats présentés lors du 1er décembre 2003. Site de l’InVS www.invs.sante.fr
4. Surveillance de la syphilis en France métropolitaine, 2000-2003 – Situation au 30 mai 2004. Site de l’InVS www.invs.sante.fr
5. Emergence de Lymphogranulomatose vénérienne rectale en France. Cas estimés au 31 mars 2004. Synthèse réalisée le 1er juin 2004. Site de l’InVS www.invs.sante.fr
6. Michel A, Velter A, Semaille C. Barometre Gay a survey in commercial gay venues Paris (France) : 2000 and 2002. Poster XV International AIDS Conference Bangkok – 11-16 july 2004
7. Dodds JP, Mercey DE, Parry JV, Johnson AM. Increasing risk behaviour and high levels of undiagnosed HIV infection in a community sample of homosexual men. Sex Transm Infect 2004;80:236-240
8. Bochow M, Wright MT. Les homosexuels masculins face au sida aujourd'hui. Infothèque SIDA, 2003 ; 3+4 : 31-34

 

 

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Institut de veille sanitaire
Mise en ligne le 23 juin 2004

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