Produits alimentaires d’origine chinoise contaminés par de la mélamine
Date de première mise en ligne : 3 octobre 2008
Mise à jour : 10 octobre 2008
En Chine, de nombreux cas graves de lithiase urinaire, dont certains ont entraîné le décès, ont été signalés chez de jeunes enfants ayant consommé des produits laitiers contaminés par de la mélamine.
Informations disponibles à ce jour sur les cas humains :
- Les cas d’intoxication ont seulement été décrits en Chine (plus de 50 000 cas documentés, 3 décès confirmés, 1 décès en cours d’investigation), à Hong Kong (5 cas) et à Macao (1 cas).
- Au 21/09/2008 au matin, 39 965 enfants ont consulté, au total, dans ces pays depuis le début du suivi épidémiologique. Á cette date, 12 892 enfants étaient encore hospitalisés dont 104 dans un état grave. Un système de surveillance a été mis en place par les autorités chinoises et il est probable que ce nombre de cas suspects continue d’augmenter dans les jours à venir,
- Au vu des informations disponibles, ces cas ont tous été décrits chez des enfants. Parmi les enfants répondant à la définition de cas :
81,87% ont moins de 2 ans ;
17,33% ont entre 2-3 ans ;
0,8% ont plus de 3 ans.
- Parmi les 5 cas décrits à Hong Kong, 1 seul a été décrit chez un enfant de 10 ans.
- Les 4 décès confirmés sont survenus entre mai et août 2008. Il n’y aurait aucun décès déclaré depuis septembre 2008.
- Au 08/10/2008 selon l’office de communication du Ministère de la santé chinois, 46 810 enfants ont présenté des signes cliniques d’intoxication à la mélamine ; 10666 enfant sont actuellement hospitalisés dont, 8 sont dans un état grave. L’évolution a été favorable pour 36144 enfants.
Informations sur la mélamine :
- Selon les données issues d’études expérimentales qui sont cohérentes avec les observations cliniques actuellement disponibles, les effets toxiques de la mélamine sont la précipitation de cristaux dans le parenchyme rénal, la formation de lithiases urinaires et l’insuffisance rénale aiguë. Ces pathologies et leurs complications peuvent entraîner le décès.
- Des traces de mélamine sont souvent retrouvées dans les produits alimentaires industriels, en raison de contaminations minimes soit pendant l’élaboration soit au contact de l’emballage.
- Des quantités de l’ordre de 2,5 ppm sont fréquemment retrouvées. Elles constituent un « bruit de fond » et correspondent au seuil de détection utilisé dans de nombreux pays.
- Des quantités supérieures à 30 ppm sont considérées comme résultant d’une manipulation volontaire.
- La Food and Drug Administration (FDA) des Etats-Unis considère comme tolérable l’absorption quotidienne de mélamine au seuil de 0,63 mg/kg de poids corporel (équivalence : 1 mg/l ~1 ppm).
- Le seuil retenu est de 0,5 mg/kg en Nouvelle-Zélande et dans les pays de l’union européenne.
- La présence d’acide cyanurique associé à la mélamine accroîtrait le risque de précipitation dans les voies urinaires.
Informations sur les produits en cause au 10/10/2008 :
Les autorités responsables de la sécurité alimentaire de plusieurs pays ont retrouvé des quantités considérées élevées (>2,5 ppm) de mélamine dans des produits vendus sur leur territoire :
- Chine : 62 produits ;
- Hong Kong : 20 produits ;
Le 9 octobre le Centre de sécurité alimentaire de Hong Kong a publié une alerte à la mélamine. L’analyse d’un produit « EDO Pack Almond Biscuits Sticks fabriqué en Chine à montré la présence de mélamine à 8,5 ppm.
- Singapour : 10 produits ;
- Indonésie : 7 produits ;
- Japon : 4 produits ;
- Nouvelle-Zélande : 1produits ;
- Corée du Sud : 2 produits ;
- Thaïlande : 2 produits ;
- Canada : 2 produits vendus localement retirés du commerce suite à une information du distributeur.
Les produits contaminés identifiés étaient du lait maternisé pour nourrissons (fortement contaminé, avec des taux de l’ordre de 2 500 mg/kg pour certains laits maternisés), des produits dérivés du lait (crème de yaourt glacée, crème en poudre pour café) mais également des gâteaux ou des sucreries (marque « White Rabbit »).
Le 8 octobre, la chaine de télévision nationale (CCTV) et plusieurs journaux ont annoncé la reprise de la commercialisation des bonbons « White Rabbit ». La société « Guanshengyuan » a ajouté aux nouveaux bonbons un label vert certifié afin de les distinguer des anciens produits.
Le 8 octobre 2008, lors d’une conférence de presse les autorités chinoises ont annoncé la mis en place temporaire d’une réglementation proposant un seuil de mélamine maximum dans les produits alimentaires :
- les préparations du lait en poudre pour nourrissons doivent contenir au maximum 1mg/kg de mélamine. les produits dépassant ce seuil sont interdits à la vente ;
- le lait liquide (lait cru inclus), le lait en poudre et les préparations en poudre à base de lait ne doivent pas dépasser 2.5mg/kg de mélamine. les produits dépassant ce seuil sont interdits à la vente.
- Pour les autres aliments contenant plus de 15% de lait le seuil de concentration maximum de mélamine a été fixé à 2.5mg/kg.
- Les confiseries White Rabbit étaient également proposées à la vente et ont été retirées du marché dans plusieurs pays de l’union européenne, dont la France.
Pour les agences de l’Union européenne, il n’y a pas de consommation dans les pays de l’UE de laits maternisés en provenance de Chine. L’exposition des adultes ayant consommé des biscuits/chocolats ne devrait pas se traduire par des signes du fait de la dose relativement faible de mélamine contenue dans ces produits, et compte tenu d’une consommation courante. De manière sporadique, il n’est cependant pas exclu que des enfants s’exposent à des doses quotidiennes dépassant le seuil considéré comme toxique s’ils consomment du chocolat et des biscuits en grande quantité.
En France, l’importation de lait et de produits laitiers en provenance de Chine est interdite depuis 2002. Un arrêté interministériel, daté du 26 septembre 2008, ordonne la suspension de la mise sur le marché français et le retrait des denrées alimentaires composées contenant des produits laitiers d’origine chinoise pour une durée de un an. Des contrôles effectués par la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) sont par ailleurs en cours sur différents types de produits. Le 06/10/2008. Sur 5 produits analysés, aucun ne contenait de mélamine.
Des bonbons "White Rabbit" et des biscuits "Koala" en provenance de Chine, à base de lait frelaté contenant trop de mélamine, ont été découverts en France, a indiqué vendredi un communiqué du ministère de l'Agriculture qui recommande de ne pas les consommer.
Les premiers résultats des analyses réalisées en France ont mis en évidence une teneur en mélamine supérieure au seuil d'alerte fixé par la commission européenne (2,5 mg/kg) dans des bonbons de la marque White Rabbit et des biscuits de la marque Koala", selon le communiqué.
Les pouvoirs publics ont demandé que ces produits "soient définitivement retirés du marché", indique le ministère, en recommandant "aux personnes qui en détiendraient de ne pas les consommer et de les rapporter aux points de vente et de les détruire". Cette recommandation vaut également pour les produits achetés sur internet.
Surveillance sanitaire mise en œuvre en France
Afin d’évaluer l’impact sanitaire éventuel sur la population française de la consommation de produits alimentaires d’origine chinoise contaminés par de la mélamine et de contribuer à leur identification, l’Institut de veille sanitaire, pour prévenir les risques liés à la consommation de ces produits, a mis en place un dispositif spécifique de surveillance épidémiologique, en collaboration avec les Directions départementales des affaires sanitaires et sociales (Ddass).
Il est demandé aux professionnels de santé de signaler à la Ddass de leur département tout cas suspect d’intoxication alimentaire à la mélamine chez les enfants. Un cas suspect est ainsi défini : « Tout enfant de moins de 15 ans présentant des signes évocateurs de lithiase urinaire ou d’insuffisance rénale aiguë obstructive sans étiologie identifiée ».
Un questionnaire sera proposé aux parents de chaque enfant signalé pour évaluer la possibilité que son alimentation l’ait exposé à la mélamine et identifier les aliments potentiellement en cause. Le cas échéant, des analyses chimiques rechercheront la présence de mélamine dans les urines.
Le système spécifique mis en place est complété par une analyse des données quotidiennes en provenance des services des urgences (Réseau Oscour). Cette surveillance prend en compte les diagnostics posés dans les services d'urgences qui accueillent des enfants soit 75 services du Réseau Oscour. Les diagnostics pris en compte suivent les recommandations de l'ECDC (lithiase urinaire, insuffisance rénale) auxquels l'InVS à rajouter les douleurs abdominales non spécifiques. Cette surveillance quotidienne est assortie d'un bilan hebdomadaire et mensuel.
En date du 10/10/2008, aucun cas d’intoxication n’a été signalé à l’Institut de veille sanitaire.
Par ailleurs, il est possible que des enfants aient été exposés à la mélamine sans pour autant répondre à la définition de cas suspect. Après avoir documenté l'exposition à des produits alimentaires d'origine chinoise susceptibles de contenir de la mélamine, il est recommandé de faire réaliser à ces enfants un examen biologique à la recherche d'une altération de la fonction rénale. Pour toute information dans ce domaine, il est conseillé de prendre contact avec un Centre anti-poison.
|