Chikungunya dans l'Océan Indien

Point au 19 avril 2007


A propos de la maladie

Le virus chikungunya (qui signifie en swahili "marcher courbé", en raison des fortes douleurs articulaires qu’il provoque) est un arbovirus transmis par un moustique du genre Aedes. Il circule surtout en Afrique de l’Est, en Asie du Sud-est et dans le sous-continent indien.

Environ 4 à 7 jours après la piqûre de moustique infectante, une fièvre élevée apparaît brutalement. S’y associent alors typiquement d’importantes douleurs articulaires et musculaires touchant les extrémités des membres (poignets, chevilles, phalanges), des œdèmes, des céphalées et parfois, une éruption cutanée. Des hémorragies bénignes à type d’épistaxis et de gingivorragies peuvent survenir surtout chez les enfants.

L’évolution spontanée de la maladie est le plus souvent favorable. Cependant des formes chroniques existent, caractérisées par des arthralgies persistantes, récidivantes et parfois invalidantes. La prise en charge thérapeutique repose essentiellement sur la prescription d’anti-inflammatoires non stéroïdiens afin de soulager les douleurs.


Bilan de l'épidémie à la Réunion

Après un premier épisode entre mars et juin 2005, l’épidémie de chikungunya avait repris sur l’île de la Réunion en octobre 2005, avant d’atteindre son pic au cours de la semaine du 6 au 12 février 2006.

Au total et pour l’ensemble de la période épidémique, on estime qu’environ 266 000 personnes ont présenté, à un moment ou à un autre, une forme clinique de la maladie. Par ailleurs, un certain nombre de formes graves et atypiques de chikungunya a été enregistré au cours de l’épidémie : 246 personnes ont été hospitalisées en réanimation et une quarantaine de cas de transmissions materno-néonatales avec confirmation biologique ont été retrouvées. Entre le mois de janvier 2006 et le mois de décembre 2006, 254 certificats de décès mentionnant le chikungunya ont été recensés, les trois quarts concernaient des personnes âgées de plus de 70 ans.


Situation actuelle à la Réunion

Le dispositif de surveillance épidémiologique en place actuellement à la Réunion identifie chaque semaine entre 0 et 5 cas suspects de chikungunya. Après consolidation, le nombre de cas hebdomadaire n’excède pas 10 cas depuis 8 semaines et un seul cas ayant un début des signes dans la semaine considérée est signalé pour les 3 dernières semaines.

Depuis le début du mois de mars, la Cellule inter régionale d’épidémiologie (Cire) a mis en œuvre avec le Service de Prophylaxie Renforcée (SPR) un suivi spécifique sur les cas signalés afin de savoir s’ils font l’objet d’un diagnostic biologique et, si oui, quel en est le résultat. Sur les 12 premières personnes signalées au dispositif de surveillance avec un début des signes postérieur au 1er mars qui ont pu être interrogées, toutes ont eu recours au laboratoire pour confirmation biologique et seule l’une d’entre elles présente un résultat biologique permettant de conclure à une infection récente.

Au total, les données de la surveillance renforcée par un diagnostic biologique systématique depuis le 1er mars sont en faveur d’une circulation du virus très sporadique dans un contexte météorologique qui va, dans les semaines à venir, contribuer à réduire la pression entomologique.


Bilan de l'épidémie à Mayotte

L’épidémie de chikungunya a débuté à Mayotte en janvier 2006 et a atteint son pic au cours de la semaine du 13 au 18 mars 2006. Au total et pour l’ensemble de la période épidémique, 7 290 cas suspects d’infection aigue à chikungunya ont été déclarés aux autorités sanitaires par les médecins à Mayotte.

Ce chiffre ne reflète toutefois pas l’ampleur réelle de l’épidémie car de nombreux patients n’ont pas eu recours aux services médicaux et n’ont donc pas été comptabilisés. Une enquête menée au mois de mai 2006 par l’InVS a montré qu’environ un quart de la population de Mayotte déclarait avoir présenté des symptômes compatibles avec le chikungunya. Seule la moitié de ces personnes avait eu un contact avec les services de soins « officiels » et beaucoup avaient eu recours à l’automédication et/ou à la médecine traditionnelle.

Aucun certificat de décès portant la mention « chikungunya » n’a été reçu par la Dass de Mayotte.


Situation actuelle à Mayotte

La situation actuelle à Mayotte correspond à une période inter-épidémique avec poursuite de la transmission du virus sur un mode sporadique, avec entre 0 et 10 cas notifiés chaque semaine depuis le mois de juillet.


Cas importés dans les départements français d’Amérique (DFA)

Depuis le début de l’épidémie dans l’océan Indien, 9 cas importés de chikungunya ont été identifiés dans les 3 DFA (3 en Martinique, 3 en Guadeloupe, 3 en Guyane). Des mesures de contrôle et de suivi ont été mises en œuvre dans les communes où ces cas sont survenus: intervention des services de lutte anti-vectorielle, enquête entomo-épidémiologique et sensibilisation renforcée auprès des médecins. Ces cas sont restés isolés et n’ont pas été à l’origine d’une transmission secondaire.


Situation Internationale

Dans les îles de l’Océan Indien, il semble que le virus du chikungunya ne circule plus actuellement que sur un mode sporadique. L’évolution de la situation aux Seychelles et à Maurice serait comparable à celle observée à la Réunion et à Mayotte. Fin janvier, un cas importé à La Réunion en provenance de Madagascar a été confirmé et une infection récente à chikungunya a été confirmée en mars chez un voyageur métropolitain à son retour d’un séjour dans la province de Sambava située au Nord de Madagascar. Dans cette région, une épidémie de fièvres s’est déclarée en janvier à la suite de pluies importantes, évoquant une maladie transmise par un moustique mais, à l’heure actuelle, l’agent infectieux à l’origine de cette épidémie (virus de la dengue ou du chikungunya) n’est pas documenté avec précision et l’évolution épidémiologique au cours des dernières semaines n’est pas connue.

En Asie, après un intervalle sans épidémie pendant plusieurs années, plusieurs pays ont vu réapparaître courant 2006 une circulation du virus chikungunya sur le mode épidémique.

En Inde, l’épidémie a débuté en décembre 2005 dans l’Etat d’Andhra Pradesh. Au mois d’octobre 2006, au moins 13 états sur 35 parmi les plus peuplés étaient touchés : Tamil Nadu, Bihar, Karnataka, Andhra Pradesh, Madhya Pradesh, Maharastra, Goa, Gujarat, Kerala, Territoire de Delhi, Orissa, Rajasthan, Union des Territoires de Pondichéry et Iles Andaman et Nicobar. Pendant l’année 2006, plus d’1.4 millions de cas suspects ont été notifiés par les autorités indiennes. Le nombre important de cas est à mettre en relation avec la taille de la population indienne : plus de 524 millions de personnes (soit la moitié de la population indienne) vivent dans la zone concernée par l’épidémie. Depuis le mois de novembre 2006, les autorités indiennes constatent une diminution du nombre de nouveaux cas.

Au Sri Lanka, plus de 200 000 cas compatibles avec une infection à chikungunya auraient été recensés durant 2006.

Aux Maldives, 135 cas suspects de chikungunya ont été officiellement notifiés.

La Malaisie qui connait des épidémies de chikungunya de faible intensité depuis 1999 a déclaré 36 cas confirmés survenus à Perak durant le mois de décembre 2006.

Sept cas de chikungunya chez des français métropolitains ayant voyagé au Sénégal entre août et novembre 2006 ont été rapportés et confirmés. Le Sénégal connait des épidémies d’arboviroses de faible intensité depuis plus de 20 ans avec une circulation à bas bruit du virus chikungunya, sans que l’on ait pour l’instant d’éléments évoquant un changement de la situation épidémique.

Conclusion

L’analyse des facteurs épidémiologiques, entomologiques confirme que la reprise de l’épidémie de chikungunya, qui étaient crainte au cours de l’hiver austral 2006-2007 ne s’est pas produite. Les conditions climatiques qui prévalent maintenant dans l’Océan Indien sont propices au maintien d’une situation inter épidémique. Ceci permet d’adapter les modalités de gestion du risque épidémique.

Il faut cependant rappeler que le niveau d’immunité de la population n’est pas suffisant pour se considérer durablement à l’abri de nouvelles flambées épidémiques si les conditions étaient réunies pour que le virus circule à nouveau. La vigilance restera donc de mise, notamment, à l’approche du prochain été austral. Il convient de plus de poursuivre les actions de lutte anti-vectorielle pour limiter également le risque de survenue d’autres épidémies d’arboviroses également possibles telles que la dengue.


Pour en savoir plus

Consulter le dossier « CHIKUNGUNYA »

 

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Mise en ligne le 19 avril 2007
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