Chikungunya dans le Monde

Point au 3 septembre 2007


Sommaire
Introduction
A propos de la maladie
L'apparition de foyers autochtones en Italie en juillet 2007
Rappel sur l'épidémie de 2005-2006 et situation actuelle à la Réunion
Rappel sur l'épidémie de 2005-2006 et situation actuelle à Mayotte
Cas importés dans les départements français d'Amérique (DFA)
Situation internationale
Conclusion sur l'actualité épidémiologique du chikungunya au 3 septembre 2007
Pour en savoir plus

 

 

L’introduction du virus chikungunya à La Réunion et à Mayotte en 2005 s’est traduite par une épidémie de forte ampleur qui a sévi jusqu’en avril 2007, date à laquelle les 2 îles sont entrées dans une phase interépidémique, caractérisée par une circulation sporadique du virus. Compte tenu du risque de dissémination à partir des zones où le virus circule dans le monde, des mesures de surveillance et de contrôle ont été mises en place dans les autres zones du territoire français où l’existence du vecteur est connue (Départements français d’Amérique, Corse et région de la côte méditerranéenne).

La récente déclaration d’une épidémie de cas autochtones en Italie vient rappeler l’importance de ces mesures et de l’information des voyageurs en direction des zones d’endémie qui peuvent connaître régulièrement des flambées épidémiques. (voir encadré)

A propos de la maladie

Le virus chikungunya (qui signifie en swahili "marcher courbé", en raison des fortes douleurs articulaires qu’il provoque) est un arbovirus transmis par un moustique du genre Aedes. Il circule surtout en Afrique de l’Est, en Asie du Sud-est et dans le sous-continent indien.

Environ 4 à 7 jours après la piqûre de moustique infectante, une fièvre élevée apparaît brutalement. S’y associent alors typiquement d’importantes douleurs articulaires et musculaires touchant les extrémités des membres (poignets, chevilles, phalanges), des œdèmes, des céphalées et parfois, une éruption cutanée. Des hémorragies bénignes à type d’épistaxis et de gingivorragies peuvent survenir surtout chez les enfants.

L’évolution spontanée de la maladie est le plus souvent favorable. Cependant des formes chroniques existent, caractérisées par des arthralgies persistantes, récidivantes et parfois invalidantes. La prise en charge thérapeutique repose essentiellement sur la prescription d’anti-inflammatoires non stéroïdiens afin de soulager les douleurs.

L’apparition de foyers autochtones en Italie en juillet 2007

Le 30 août 2007, les autorités sanitaires italiennes ont rapporté qu’une épidémie de chikungunya sévissait depuis début juillet dans la province de Ravenne, Région Emilie Romagne.
Plus d’une centaine de cas sont survenus, pour leur grande majorité dans 2 communes voisines. Le cas index suspecté serait une personne revenant d'Inde (Kerala). La date de début des signes des cas autochtones se situe entre le 4 juillet et le 28 août. Un certain nombre de cas ont été biologiquement confirmés.
La transmission par Aedes albopictus, si elle n’est pas encore démontrée, est probable, d’autant que ce moustique a fortement proliféré cet été. Compte tenu de la densité vectorielle toujours élevée et du signalement de cas récents, il n’est pas exclu que la transmission se poursuive plus ou moins activement. La réduction de cette transmission dépendra de l'efficacité des mesures de contrôle mises en place par les autorités italiennes.
Cet épisode en Italie atteste de la réalité du risque de transmission vectorielle du virus chikungunya dans certaines zones d’Europe du sud. La région où sévit l’épidémie possède des caractéristiques climatiques assez proches de celles des départements français où Aedes albopictus est implanté ou suspecté de l’être (Alpes Maritimes, Haute Corse, Corse du Sud, Var).

Ceci souligne l’importance :
- d’appliquer les mesures visant à prévenir le risque de dissémination dans ces départements tels que prévues dans la plan anti-dissémination du chikungunya et de la dengue,
- d’informer les voyageurs se rendant en zone endémique (pays du sous continent indien, de la zone Océan Indien, de l’Afrique de l’Est et maintenant de l’Italie, région d’Emilie Romagne) de prendre des mesures de protection vis-à-vis des piqûres de moustiques durant leur séjour et de les inviter à consulter en cas d’apparition de signes fébriles dans les 12 jours suivant leur retour.

Rappel sur l'épidémie de 2005-2006 et situation actuelle à la Réunion

Après un premier épisode entre mars et juin 2005, l’épidémie de chikungunya avait repris sur l’île de la Réunion en octobre 2005, avant d’atteindre son pic au cours de la semaine du 6 au 12 février 2006.

Au total et pour l’ensemble de la période épidémique, on estime qu’environ 266 000 personnes ont présenté, à un moment ou à un autre, une forme clinique de la maladie. Par ailleurs, un certain nombre de formes graves et atypiques de chikungunya a été enregistré au cours de l’épidémie : 246 personnes ont été hospitalisées en réanimation et une quarantaine de cas de transmissions materno-néonatales avec confirmation biologique ont été retrouvées. Entre le mois de janvier 2006 et le mois de décembre 2006, 254 certificats de décès mentionnant le chikungunya ont été recensés, les trois quarts concernaient des personnes âgées de plus de 70 ans.

Depuis le 19 avril 2007, l’île de la Réunion est en phase inter-épidémique pour le chikungunya.

La surveillance épidémiologique repose désormais sur le signalement à la Cire des cas confirmés biologiquement par les laboratoires. Tout signalement conduit systématiquement à un contact avec le médecin prescripteur des examens biologiques et à une intervention du service de prophylaxie renforcée (SPR). Ces actions permettent de documenter la date d’apparition des premiers symptômes compatibles avec une infection à virus chikungunya, la nature des signes cliniques et la localisation géographique des cas. Elles permettent également de détecter d’éventuels cas groupés.

Les données de la surveillance ainsi renforcée par un diagnostic biologique systématique indiquent depuis que le virus circule très sporadiquement.

Rappel sur l'épidémie de 2005-2006 et situation actuelle à Mayotte

L’épidémie de chikungunya a débuté à Mayotte en janvier 2006 et a atteint son pic au cours de la semaine du 13 au 18 mars 2006. Au total et pour l’ensemble de la période épidémique, 7 290 cas suspects d’infection aigue à chikungunya ont été déclarés aux autorités sanitaires par les médecins à Mayotte.

Ce chiffre ne reflète toutefois pas l’ampleur réelle de l’épidémie car de nombreux patients n’ont pas eu recours aux services médicaux et n’ont donc pas été comptabilisés. Une enquête menée au mois de mai 2006 par l’InVS a montré qu’environ un quart de la population de Mayotte déclarait avoir présenté des symptômes compatibles avec le chikungunya. Seule la moitié de ces personnes avait eu un contact avec les services de soins « officiels » et beaucoup avaient eu recours à l’automédication et/ou à la médecine traditionnelle.

Aucun certificat de décès portant la mention « chikungunya » n’a été reçu par la Dass de Mayotte.

La situation actuelle à Mayotte correspond à une période inter-épidémique avec poursuite de la transmission du virus sur un mode sporadique.

Cas importés dans les départements français d’Amérique (DFA)

Depuis le début de l’épidémie dans l’océan Indien, 9 cas importés de chikungunya ont été identifiés dans les 3 DFA (3 en Martinique, 3 en Guadeloupe, 3 en Guyane). Des mesures de contrôle et de suivi ont été mises en œuvre dans les communes où ces cas sont survenus: intervention des services de lutte anti-vectorielle, enquête entomo-épidémiologique et sensibilisation renforcée auprès des médecins. Ces cas sont restés isolés et n’ont pas été à l’origine d’une transmission secondaire.

Situation internationale

Dans les îles de l’Océan Indien, il semble que le virus du chikungunya ne circule plus actuellement que sur un mode sporadique. L’évolution de la situation aux Seychelles et à Maurice serait comparable à celle observée à la Réunion et à Mayotte. Fin janvier, un cas importé à La Réunion en provenance de Madagascar a été confirmé et une infection récente à chikungunya a été confirmée en mars chez un voyageur métropolitain à son retour d’un séjour dans la province de Sambava située au Nord de Madagascar. Dans cette région, une épidémie de fièvres s’est déclarée en janvier à la suite de pluies importantes, évoquant une maladie transmise par un moustique mais, à l’heure actuelle, l’agent infectieux à l’origine de cette épidémie (virus de la dengue ou du chikungunya) n’est pas documenté avec précision et l’évolution épidémiologique de cet épisode n’a pu être documentée.

En Asie, après un intervalle sans épidémie pendant plusieurs années, plusieurs pays ont vu réapparaître courant 2006 une circulation du virus chikungunya sur le mode épidémique.

En Inde, l’épidémie a débuté en décembre 2005 dans l’Etat d’Andhra Pradesh. Au mois d’octobre 2006, au moins 13 états sur 35 parmi les plus peuplés étaient touchés : Tamil Nadu, Bihar, Karnataka, Andhra Pradesh, Madhya Pradesh, Maharastra, Goa, Gujarat, Kerala, Territoire de Delhi, Orissa, Rajasthan, Union des Territoires de Pondichéry et Iles Andaman et Nicobar. Pendant l’année 2006, plus d’1.4 millions de cas suspects ont été notifiés par les autorités indiennes. Le nombre important de cas est à mettre en relation avec la taille de la population indienne : plus de 524 millions de personnes (soit la moitié de la population indienne) vivent dans la zone concernée par l’épidémie. En fin 2006, les autorités indiennes constataient une diminution du nombre de nouveaux cas. Au cours des huit premiers mois de 2007, 31 850 cas ont été rapportés dont 71 % dans le seul Etat de Kerala.

Au Sri Lanka, plus de 200 000 cas compatibles avec une infection à chikungunya auraient été recensés durant 2006.

Aux Maldives, 135 cas suspects de chikungunya ont été officiellement notifiés.

La Malaisie qui connait des épidémies de chikungunya de faible intensité depuis 1999 a déclaré 36 cas confirmés survenus à Perak durant le mois de décembre 2006.

Sept cas de chikungunya chez des français métropolitains ayant voyagé au Sénégal entre août et novembre 2006 ont été rapportés et confirmés. Le Sénégal connait des épidémies d’arboviroses de faible intensité depuis plus de 20 ans avec une circulation à bas bruit du virus chikungunya, sans que l’on ait pour l’instant d’éléments évoquant un changement de la situation épidémique.

Au Gabon, une épidémie de Chikungunya sévit depuis début janvier 2007, au Nord Ouest du Gabon, à Libreville et dans sa région. Le système de surveillance au Gabon ne permet pas d’estimer précisément le nombre de cas survenus dans la population générale mais les autorités sanitaires font état de plus de 20  000 cas depuis le début de l’épidémie. Depuis quelques semaines, le nombre de cas suspect est cependant très faible, laissant penser à une extinction progressive de l’épidémie. La circulation du virus Chikungunya au Gabon n’est pas récente, même si aucune épidémie de cette ampleur n’y a encore été décrite.

Conclusion sur l’actualité épidémiologique du chikungunya au 3 septembre 2007

L’apparition d’une probable circulation virale en Italie amène à renforcer la vigilance dans la région du sud de la France où les conditions climatiques sont similaires et où la présence du moustique vecteur est avérée.

Ce nouvel épisode rappelle l’importance d’informer les voyageurs se rendant dans les zones où circule le virus (pays du sous continent indien, de la zone Océan Indien, de l’Afrique de l’Est et maintenant de l’Italie, région d’Emilie Romagne)) de prendre des mesures de protection vis-à-vis des piqûres de moustiques durant leur séjour et de les inviter à consulter en cas d’apparition de signes fébriles dans les 12 jours suivant leur retour.


Pour en savoir plus

Consulter le dossier « CHIKUNGUNYA »

 

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Institut de veille sanitaire
Mise en ligne le 6 septembre 2007
Mise à jour le 12 octobre 2007
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