Impact des recommandations de vaccination antipneumococcique par le vaccin conjugué heptavalent sur l’incidence des infections invasives à pneumocoque chez les enfants de moins de deux ans

Octobre 2006

 

Agnès Lepoutre1, Emmanuelle Varon2, Scarlett Georges1, Laurent Gutmann2, Daniel Lévy-Bruhl1, et les microbiologistes du réseau Epibac
1 Département des maladies infectieuses, Institut de veille sanitaire
2 Centre national de référence des pneumocoques, AP-HP Hôpital Européen Georges Pompidou


La vaccination anti pneumococcique par le vaccin conjugué heptavalent (PCV7) a été introduite dans le calendrier vaccinal français en janvier 2003 pour les enfants de moins de deux ans présentant des facteurs de risques d’infections invasives à pneumocoque médicaux ou liés à leur mode de vie. Cette recommandation vaccinale a été élargie en juin 2006 à l’ensemble des enfants de moins de deux ans à la suite d’un avis du Conseil supérieur d’hygiène publique de France.

Deux ans après les premières recommandations du Conseil supérieur d’hygiène publique de France, la surveillance des infections invasives à pneumocoques permet de faire une 1ère évaluation de leur impact. La surveillance des infections invasives à pneumocoque repose essentiellement sur deux réseaux de laboratoires hospitaliers, le réseau Epibac coordonné par l’InVS qui permet une estimation des taux d’incidence des infections invasives en France et leur suivi dans le temps et le réseau des Observatoires régionaux du pneumocoque (ORP) coordonné par le Centre national de référence des pneumocoques (CNRP) qui permet le suivi des sérotypes et de la sensibilité aux antibiotiques du pneumocoque dans le temps ; pour les souches de pneumocoques isolées de méningites de l’enfant tous les laboratoires hospitaliers sont incités à les envoyer au CNRP. En complément, l’association GPIP-ACTIV coordonne un réseau de pédiatres hospitaliers portant sur la surveillance des méningites bactériennes de l’enfant.

Les données du réseau Epibac1 montrent une diminution de l’incidence des méningites et des bactériémies à pneumocoque chez les enfants de moins de deux ans en 2005 par rapport à la période 1998-2002 précédant les recommandations d’utilisation du PCV7 en France.

Chez les enfants de moins de 1 an l’incidence estimée des méningites à pneumocoque était de 13,7 cas/ 100 000 enfants pour la période 1998-2002, de 12,0 cas /100 000 enfants en 2004 et de 8,7 cas/100 000 enfants en 2005 (figure 1), soit une diminution relative de 36,5% entre 2005 et la période pré-vaccinale (p < 10-3). L’incidence des bactériémies à pneumocoque chez les enfants de moins de 1 an a également diminué. Elle était de 26,0 cas /100 000 enfants pour la période1998-2002, de 21,2 cas /100 000 enfants en 2004 et de 21,8 cas/100 000 enfants en 2005 (figure 3), soit une diminution relative de 16% entre 2005 et la période pré-vaccinale (p = 0,03). La diminution des bactériémies à pneumocoque chez les enfants de moins de 1 an porte essentiellement sur les cas survenant entre 5 et 11 mois soit chez les enfants susceptibles d’avoir reçu une primo-vaccination par le PCV7 (figure 4).

Chez les enfants âgés de 12 à 23 mois l’incidence des méningites à pneumocoque était de 3,8 cas /100 000 enfants pour la période1998-2002, de 4,0 cas /100 000 enfants en 2004 et de 2,2 cas /100 000 enfants en 2005, soit une diminution relative de 45% entre 2005 et la période pré-vaccinale (p = 0,02). L’incidence des bactériémies à pneumocoque chez les enfants âgés de 12 à 23 mois a également diminué. Elle était de 22,0 cas /100 000 enfants pour la période1998-2002, de 12,0 cas /100 000 enfants en 2004 et de 12,5 cas/100 000 enfants en 2005, soit une diminution relative de 43 % entre 2005 et la période pré-vaccinale (p < 10-3).

Parallèlement l’incidence des méningites et des bactériémies à pneumocoques chez les enfants de plus de 2 ans et chez les adultes n’a pas diminué entre la période 1998-2002 et 2005.

Les données du CNRP indiquent une diminution de la fréquence relative des sérotypes inclus dans le PCV7 responsables de méningites chez les enfants de moins de 2 ans après 2003 : les cas de méningites dus à des sérotypes inclus dans le PCV7 représentaient 73 % des cas de méningites chez les enfants de moins de 2 ans pendant la période précédant la vaccination du 1er juillet 2001 au 30 juin 2002 et 38 % des cas de méningites chez les enfants de moins de 2 ans pendant la période postérieure à la vaccination par le PCV7 du 1er juillet 2004 au 30 juin 2005 (p < 10-3) .

A partir des données de ventes du PCV7 et d’enquêtes de prescription, on estime qu’au moins 50 % des enfants de moins de 1 an ont reçu une primo-vaccination complète en 2005.

Ces résultats sont très en faveur de l’impact de la vaccination anti-pneumococcique par le vaccin conjugué heptavalent sur les cas d’infections invasives chez les enfants de moins de 2 ans, deux ans après son introduction ; cela représente près de 50 cas de méningites et 100 cas de bactériémies à pneumocoque évités chez les enfants de moins de 2 ans en 2005. L’impact de la vaccination par le PCV7a été observé dans d’autres pays et aux Etats-Unis, une diminution de 74 % des infections invasives à pneumocoque chez les enfants de moins de 5 ans en 2003 quatre années après l’introduction du PCV7 a été observée pour une couverture vaccinale de 68 %. Cette diminution globale résultait d’une diminution importante de 94% des cas d’infections invasives à pneumocoque dus à des souches de sérotype vaccinal et d’une augmentation modérée des cas dus à des souches de sérotype non vaccinal, de +21 % chez l’enfant de moins de 5 ans. Par ailleurs plusieurs études récentes aux Etats-Unis ont montré un bénéfice indirect important de la vaccination des enfants dans les tranches d’âges non vaccinées.

L’analyse de l’évolution de l’incidence des infections invasives à pneumocoque et de celle des sérotypes sera poursuivie dans les années qui viennent et permettra d’évaluer l’impact de la vaccination chez les enfants et de détecter un éventuel effet indirect positif. La surveillance des infections invasives dues aux sérotypes non inclus dans le PCV7 doit être suivie avec attention pour détecter d’éventuels remplacements des sérotypes vaccinaux par des sérotypes non vaccinaux.

1 Ce réseau est constitué de 345 laboratoires hospitaliers de microbiologie français sollicités chaque année. En 2005, 308 d’entre eux ont participé à la surveillance, ils représentaient 79 % des entrées en médecine de court séjour en France. Les estimations d’incidence incluent une procédure de redressement pour l’absence de participation de tous les laboratoires français susceptibles de recevoir des souches isolées d’infections invasives

Figure 1 - Incidence des méningites à pneumocoque, Epibac, France 1998-2005

Figure 2 - Nombre de méningites à pneumocoque chez les enfants de moins de 5 ans Epibac, France 1998-2005

Figure 3 - Incidence des bactériémies à pneumocoque, Epibac, France 1998-2005

Figure 4 - Nombre de bactériémies à pneumocoque chez les enfants de moins de 5 ans, Epibac, France 1998-2005

 

 

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Mise en ligne le 20 novembre 2006
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