Epidémie de dengue dans les Antilles françaises et en Guyane

Point de situation au 7 juillet 2006


La dengue
La dengue est une maladie virale transmise par les moustiques du genre Aedes (Aedes aegypti dans la Caraïbe). On distingue quatre sérotypes différents du virus de la dengue (DEN-1, DEN-2, DEN-3 et DEN-4). L'absence d'immunité croisée entre les sérotypes, permet des infections successives chez un même individu. L'être humain représente à la fois le principal réservoir naturel pour les virus de la dengue et le disséminateur de la maladie.

La maladie
La maladie se traduit par une forte fièvre accompagnée de maux de tête, de courbatures et d’asthénie qui peut durer plusieurs semaines. Elle survient 2 à 7 jours après avoir été piqué par un moustique infecté. La dengue est une maladie pour laquelle il n’existe ni traitement préventif, ni traitement spécifique, ni vaccin. La guérison s'accompagne d'une convalescence d'une quinzaine de jours. C’est une maladie qui, dans la majorité des cas, ne présente pas de complications. Néanmoins, en raison de l’existence de formes sévères et de formes hémorragiques, il faut, d’une part, éviter toute automédication, en particulier la prise d’aspirine et d’anti-inflammatoires, et, d’autre part, consulter son médecin traitant qui prescrira le traitement symptomatique adapté. Le respect des prescriptions est capital, une prise excessive de paracétamol pouvant entraîner des effets indésirables sévères.

Situation internationale
La dengue est l’arbovirose la plus répandue dans le monde. Les deux-cinquièmes de la population mondiale sont exposés à ce risque. La maladie est maintenant endémique dans plus de cent pays d’Afrique, des Amériques (y compris la Caraïbe), de la Méditerranée orientale, de l’Asie du Sud Est et du Pacifique occidental. Pour la seule année 2001, il y a eu plus de 609 000 cas de dengue dans les Amériques, dont 15 000 cas de dengue hémorragique. Depuis le début de l’année 2005, plusieurs pays de la Caraïbe (Barbade, Belize, Cuba, Guyana, Jamaïque, Sainte Lucie, Surinam, Trinidad et Tobago, Iles Turks et Caicos) ont signalé des cas de dengue. Une recrudescence de cas de dengue est observée depuis le mois de juin 2005 aux Iles vierges. Le même phénomène est observé dans certains pays d’Amérique Centrale et du Sud (Brésil, Costa Rica, Colombie, Equateur, Honduras, Mexique, Nicaragua, Pérou, Puerto Rico, Venezuela) et en Asie (Malaisie, Inde, Indonésie et Singapour).


Situation dans les Antilles Françaises

En Guadeloupe

L’épidémie de dengue a touché la Guadeloupe dès le mois de juillet 2005 et a atteint un pic épidémique à la fin du mois de septembre 2005. A la mi-juin 2006, les indicateurs de surveillance n’étaient toujours pas revenus à un niveau normal pour la saison.

Entre le début de l’épidémie et le 30 avril 2006, on estimait à 8800 le nombre de cas suspects, c’est-à-dire le nombre de personnes ayant consulté un médecin de ville pour une suspicion d’infection par le virus de la dengue, soit environ 2% de la population guadeloupéenne.

L’épidémie de dengue est liée à la co-circulation des sérotypes DEN-4, représentant 95% des isolements réalisés en 2005 et DEN-2, identifié en 2006 et qui n’avait pas circulé en Guadeloupe depuis l’épidémie de 1995.

Depuis le début de l’épidémie et au 30 avril 2006, 219 personnes ont été hospitalisés dont 7 présentaient une forme hémorragique de la maladie.

Si la tendance épidémique a été similaire dans les deux îles de Saint-Martin et Saint-Barthélémy et en Guadeloupe, on observait des tendances différentes en fin d’année 2005 avec une baisse de l’incidence de la dengue en Guadeloupe et un accroissement de l’incidence jusqu’au début 2006 dans les deux autres îles.

L’évolution des indicateurs montre que la transmission est encore active à la Guadeloupe. Plusieurs hypothèses sont en faveur de cette situation : une saison chaude plutôt humide ayant favorisé le maintien des populations de vecteurs ; la circulation probable du sérotype DEN-2, à l’origine d’une augmentation du nombre de cas ; l’interprétation des indicateurs conduisant à une sur-estimation du nombre de cas en Guadeloupe compte tenu des différences géographiques.


En Martinique

Les seuils de recrudescence saisonnière de la dengue ont été dépassés, de façon anormalement précoce, dès la mi-juin 2005 et les seuils épidémiques ont été dépassés depuis la mi-juillet 2005. Le pic épidémique a été atteint à la fin du mois de septembre 2005. Entre le début de l’épidémie et le 30 avril 2006, on estime à 14.500 le nombre de cas suspects de dengue ayant consulté un médecin, soit environ 4% de la population martiniquaise.

Cette épidémie est liée à une co-circulation des sérotypes DEN-2 et DEN-4, ce dernier restant prédominant et représentant 68% des isolements réalisés. Le sérotype DEN-2 est le plus fréquemment retrouvé dans des épisodes de dengue sévère. Cependant, l’isolement de souches DEN-1 et DEN-3 depuis le début de l’année doit conduire à une grande prudence, pouvant faire craindre une nouvelle épidémie liée aux virus DEN-3 et DEN-1, ce dernier n’ayant pas été isolé en Martinique depuis 2002. .

Depuis le début de l’épidémie, 194 personnes ont été hospitalisées, parmi lesquelles 3 ont présenté une forme hémorragique de la maladie. Par ailleurs, 4 décès ont été enregistrés ; aucune des personnes décédées n’a présenté de forme hémorragique.

Depuis le début du mois d’octobre (semaine 2005-40), on note une diminution régulière des indicateurs de surveillance. Toutefois, en raison de l’approche de la saison des pluies et du contexte de transmission active du virus à la Guadeloupe et d’épidémie en Guyane, il est nécessaire de poursuivre les efforts en matière de surveillance entomologique et biologique.


Les mesures de gestion

Les comités de gestion du Plan de surveillance, d’alerte et de gestion des épidémies de dengue (Psage-Dengue) ont mis en œuvre, en Guadeloupe et en Martinique, des actions de communication envers la population par le biais d’une campagne de sensibilisation radio et audiovisuelle, mais aussi par des actions ciblées au niveau des communes. Les actions de démoustication pour lutter contre le moustique vecteur, Aedes aegypti, ont été renforcées ainsi que le dispositif de surveillance épidémiologique. Une information est fournie aux voyageurs à l’arrivée et au départ de Martinique et de Guadeloupe.


Situation en Guyane

Depuis la fin de l’année 2005, la Guyane est confrontée à une épidémie de dengue. Depuis la fin de la semaine 16 de 2006, les indicateurs de surveillance des cas suspects indiquent globalement un fléchissement de l’épidémie, avec pour la semaine du 19 au 25 juin 2006, 378 cas suspects enregistrés, au regard des 474 cas la semaine précédente. Cette baisse est constatée sur l’ensemble du Département. On estime que depuis le début de l’épidémie, 14500 personnes ont consulté pour un tableau clinique de dengue.

A cette date et depuis le début de l’épidémie, 175 cas de dengue confirmés ont été hospitalisés : 14% pour une dengue hémorragique et 58% pour une dengue sévère non hémorragique. Parmi ces patients hospitalisés, 18% sont âgés de moins de 5 ans, 21% ont entre 5 et 14 ans et 61% ont 15 ans et plus. Depuis le début de l’épidémie, quatre décès imputables à la dengue ont été signalés : 3 chez des enfants (7 mois, 4 ans et 6 ans) et un chez une adulte (64 ans).


Recommandations

Dans la majorité des cas, la dengue ne présente pas de complications. Néanmoins, principalement en raison de la baisse du nombre de plaquettes, il existe un risque hémorragique au cours de cette infection virale. C’est pourquoi, il est nécessaire d’une part d’éviter impérativement la prise d’aspirine et d’anti-inflammatoires et d’autre part, de consulter son médecin traitant qui pourra prescrire, outre la demande de confirmation sérologique, une numération formule sanguine, notamment pour la surveillance du taux de plaquettes (une description complète des symptômes et de l’évolution de la dengue chez l’adulte est consultable dans le Basag 2005-n°13, téléchargeable sur le site Internet de la DSDS : http://www.martinique.sante.gouv.fr)

Pour limiter au maximum les risques de contamination, il est important de :

1) se protéger individuellement contre les piqûres de moustiques (utilisation de moustiquaires, port de vêtements longs, utilisation de répulsifs et de produits insecticides);

2) d’éviter la prolifération des vecteurs en éliminant régulièrement tous les lieux de reproduction des moustiques qui se trouvent à l’extérieur et à l’intérieur des maisons.
Pour plus d’informations, vous pouvez télécharger les numéros 7, 9, 10, 11, 12 et 13 du Bulletin d’alertes et de surveillance Antilles-Guyane 2005 (Basag) ainsi que les numéros 3 et 4 de 2006, téléchargeable sur le site de la DSDS de la Martinique ( http://www.martinique.sante.gouv.fr)


Pour en savoir plus :

Surveillance de la dengue en Guyane. Point épidémiologique hebdomadaire. Situation à la semaine 25 (du 19 au 25 juin 2006)

Consulter le dossier « DENGUE »

 

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Institut de veille sanitaire
Mise en ligne le 7 juillet 2006
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