A propos de la maladie
Le virus Chikungunya (qui signifie en swahili "marcher courbé", en raison des fortes douleurs articulaires qu’il provoque) est un arbovirus transmis par un moustique du genre Aedes. Il circule surtout en Afrique de l’Est, en Asie du Sud-est et dans le sous-continent indien.
Environ 4 à 7 jours après la piqûre de moustique infectante, une fièvre élevée apparaît brutalement. S’y associent alors typiquement d’importantes douleurs articulaires et musculaires touchant les extrémités des membres (poignets, chevilles, phalanges), des oedèmes, des céphalées et, parfois, une éruption cutanée. Des hémorragies bénignes à type d’épistaxis et de gingivorragies peuvent survenir, surtout chez les enfants.
L’évolution spontanée de la maladie est le plus souvent favorable. Des formes chroniques existent cependant, caractérisées par des arthralgies persistantes, récidivantes et parfois invalidantes. Aucun cas mortel d’infection à Chikungunya n’a été rapporté lors des épidémies précédentes. La prise en charge thérapeutique repose essentiellement sur la prescription d’anti-inflammatoires non stéroïdiens afin de soulager les douleurs.
Situation à la Réunion
La surveillance est basée sur un réseau de médecins sentinelles qui permet de suivre au mieux les tendances de l’épidémie.
Depuis le début de l’épidémie (mars 2005), 3417 cas ont été notifiés par les médecins du réseau sentinelle de l’île de la Réunion, dont 91 au cours de la semaine du 20 au 26 mars 2006.
Une estimation à partir d’un modèle mathématique, basé sur les séries historiques, permet d’évaluer le nombre total de cas présentant des signes compatibles avec une infection à Chikungunya depuis le début de l’épidémie (qu’ils aient ou non consulté un médecin) à environ 230 000 cas, dont près de 6 000 cas lors de la semaine du 20 au 26 mars 2006.
Après avoir atteint un pic à lors de la semaine du 6 au 12 février, le nombre de cas hebdomadaire a ensuite fortement diminué jusqu’à la mi-mars, avant de se stabiliser depuis. L’évolution de l’épidémie reste imprévisible en raison des événements inopinés, tels que la dépression tropicale Diwa qui a affecté l’île début mars, qui peuvent contribuer à modifier l’écologie du moustique vecteur de la maladie.
La transmission de la maladie a été très active dans toutes les communes de l’île. Elle a été particulièrement intense dans l’est et le sud-ouest de l’île. Actuellement, la diminution du nombre de cas est plus marquée dans l’est de l’île.
Formes graves et atypiques
Au total, depuis le début de l’épidémie, 105 personnes avec une infection à Chikungunya confirmée biologiquement ont eu une expression clinique grave de la maladie (formes neurologiques, hépatiques, …) nécessitant une hospitalisation en réanimation. De plus, 36 infections confirmées à Chikungunya ont été rapportées chez des nouveaux nés de moins de 10 jours.
Par ailleurs, les médecins signalent un risque de décompensation lié aux effets de l’infection aigue sur l’état général des personnes vulnérables, en particulier les personnes âgées, les nouveaux nés, les personnes immunodéprimées….
Décès
Depuis janvier 2006, 174 certificats de décès dans lesquels le Chikungunya est mentionné ont été recensés.
Situation à Mayotte
Depuis le début de l’année, à la date du 26 mars 2006, 4308 cas suspects d’infection aigue à Chikungunya ont été rapportés à Mayotte, dont 612 au cours de la semaine du 20 au 26 mars 2006.
L’ensemble de l’île est atteinte : la transmission est importante dans le nord de l’île et la côte ouest alors que le sud de l’île est modérément touché.
Depuis le début de l’épidémie, 8 nouveaux-nés et 1 adulte, présentant une infection à Chikungunya confirmée biologiquement, ont été hospitalisés en néonatalogie et en réanimation.
Aucun décès attribués au virus n’a été rapporté à ce jour parmi les cas hospitalisés. De même, aucun certificat de décès, collecté entre le 1 er janvier et le 26 mars 2006, ne porte la mention « Chikungunya » dans les différents niveaux de cause de décès.
Le nombre de nouveaux cas hebdomadaires n’augmente plus depuis la semaine du 20 au 26 février et semble évoluer en plateau depuis maintenant 6 semaines. Comme pour la Réunion, l’évolution de l’épidémie à Mayotte peut difficilement être prévue à ce stade en raison de différents facteurs pouvant avoir un impact sur la population de vecteurs.
Situation Internationale
Le virus a circulé dans la région sud-ouest de l’Océan Indien au début de l’année 2005, avec en particulier des foyers identifiés aux Comores, à Maurice, aux Seychelles, à La Réunion et à Mayotte. Au décours de l’installation de l’hiver austral et jusque la fin de l’année 2005, les Comores, l’île Maurice, les Seychelles et Mayotte n’avaient pas identifié de cas ou alors quelques cas isolés.
Depuis début janvier 2006, il existe à nouveau une circulation du virus Chikungunya dans la région.
Dans l’état voisin d’Orissa (37 Millions d’habitants), 4 904 cas de fièvre avec myalgies et céphalées ont été notifiés entre le 27 février et le 5 mars. Les résultats des examens complémentaires sont en attente.
Dans l’état de Maharashtra, ville de Malegaon, 2000 cas suspects de Chikungunya ont été rapportés entre le 27 février et le 5 mars 2006 (source OMS).
Mesures de lutte
A la Réunion, l’épidémie étant toujours très active et dans le contexte des fortes pluies survenues récemment, il convient de rappeler avec force l’importance d’adopter des comportements individuels visant à se protéger des piqûres de moustique et de contribuer à la destruction des gîtes larvaires.
Il n’existe ni vaccin ni traitement préventif contre l’infection à Chikungunya. Les mesures de contrôle reposent donc sur les efforts couplés de lutte antivectorielle et de lutte communautaire afin d’éliminer les gîtes de moustiques.
Depuis la fin de l’hiver austral, les mesures de lutte antivectorielle ont été considérablement renforcées, mais doivent venir en complément des mesures de lutte communautaire également indispensables. L’ensemble de la population est concerné et doit poursuivre les actions quotidiennes de destruction des gîtes potentiels autour des habitations ( eau stagnante dans les soucoupes, vases, seaux, détritus….)
Dans ces conditions, les mesures de prévention individuelle contre les piqûres de moustique sont très importantes et doivent être prises de façon quotidienne: spray et crèmes, diffuseurs électriques, serpentins, vêtements longs et moustiquaires… Les femmes enceintes et les très jeunes enfants doivent faire l’objet de mesures particulièrement renforcées et adaptées. Le moustique vecteur pique la journée, essentiellement à l’extérieur des maisons, avec une activité plus importante en début de matinée et en fin de journée.
Pour
en savoir plus :
Point
épidémiologique hebdomadaire sur l'épidémie de
Chikungunya à la
Réunion du 30 mars 2006
Consulter
le dossier « CHIKUNGUNYA »
| Institut
de veille sanitaire Mise en ligne le 31 mars 2006 |
Contacts |