Epidémie de Chikungunya à La Réunion / Océan Indien

Point de situation au 17 mars 2006


A propos de la maladie

Le virus Chikungunya (qui signifie en swahili "marcher courbé", en raison des fortes douleurs articulaires qu’il provoque) est un arbovirus transmis par un moustique du genre Aedes. Il circule surtout en Afrique de l’Est, en Asie du Sud-est et dans le sous-continent indien.
Environ 4 à 7 jours après la piqûre de moustique infectante, une fièvre élevée apparaît brutalement. S’y associent alors typiquement d’importantes douleurs articulaires et musculaires touchant les extrémités des membres (poignets, chevilles, phalanges), des oedèmes, des céphalées et, parfois, une éruption cutanée. Des hémorragies bénignes à type d’épistaxis et de gingivorragies peuvent survenir, surtout chez les enfants.
L’évolution spontanée de la maladie est le plus souvent favorable. Des formes chroniques existent cependant, caractérisées par des arthralgies persistantes, récidivantes et parfois invalidantes. Aucun cas mortel d’infection à Chikungunya n’a été rapporté lors des épidémies précédentes. La prise en charge thérapeutique repose essentiellement sur la prescription d’anti-inflammatoires non stéroïdiens afin de soulager les douleurs.

Situation à la Réunion

La surveillance est basée sur un réseau de médecins sentinelles qui permet de suivre au mieux les tendances de l’épidémie.

Depuis le début de l’épidémie (mars 2005), 3237 cas ont été notifiés par les médecins du réseau sentinelle de l’île de la Réunion, dont 84 au cours de la semaine du 6 au 12 mars 2006.

Une estimation à partir d’un modèle mathématique, basé sur les séries historiques, permet d’évaluer le nombre total de cas présentant des signes compatibles avec une infection à Chikungunya depuis le début de l’épidémie (qu’ils aient ou non consulté un médecin) à environ 212 000 cas, dont près de 5 600 cas lors de la semaine du 6 au 12 mars 2006.

Le nombre de cas hebdomadaire diminue depuis la semaine du 5 au 12 février 2006. Cependant les données de ces deux dernières semaines n’étant pas encore consolidées, cette évolution doit être confirmée d’autant plus que des évènements inopinés tels que la dépression tropicale Diwa, qui a affecté l’île au début du mois, peuvent contribuer à modifier l’écologie du moustique vecteur de la maladie.

La transmission est très active dans tous les arrondissements depuis la recrudescence de décembre 2005. Elle a été particulièrement intense dans l’est et le sud-ouest de l’île. La diminution du nombre de cas est plus marquée dans l’est et le sud de l’île.

 Formes graves et atypiques

Au total, depuis le début de l’épidémie, 85 personnes avec une infection à Chikungunya confirmée biologiquement ont eu une expression clinique grave de la maladie (formes neurologiques, hépatiques…) nécessitant une hospitalisation en réanimation. De plus, 34 infections confirmées à Chikungunya ont été rapportées chez des nouveaux nés âgés de moins de 28 jours.

Par ailleurs, les médecins signalent un risque de décompensation lié aux effets de l’infection aigue sur l’état général des personnes vulnérables, en particulier les personnes âgées, les nouveaux nés, les personnes immunodéprimées….

Décès

Depuis janvier 2006, 148 certificats de décès dans lesquels le Chikungunya est mentionné ont été recensés.

Situation à Mayotte

Depuis le début de l’année, à la date du 16 mars 2006, 3471 cas suspects d’infection aigue à Chikungunya ont été rapportés à Mayotte, dont 527 au cours de la semaine du 6 au 12 mars 2006.

Les principaux foyers de transmission de la maladie se situent à Petite Terre, la partie nord de l’île (y compris Mamoudzou) et plus récemment le sud de l’île.

Depuis le début de l’épidémie, 6 nouveaux-nés, présentant une infection à Chikungunya confirmée biologiquement, ont été hospitalisés.

Aucun décès attribués au virus n’a été rapporté à ce jour parmi les cas hospitalisés. De même, aucun certificat de décès, collecté entre le 1 er janvier et le 12 mars 2006, ne porte la mention « Chikungunya » dans les différents niveaux de cause de décès.

La tendance épidémique semble être à la baisse à Mayotte depuis la semaine du 20 au 26 février 2006. Cependant, la plus grande vigilance est de rigueur quant à l’évolution ultérieure.

Situation Internationale

Le virus a circulé dans la région sud-ouest de l’Océan Indien au début de l’année 2005, avec en particulier des foyers identifiés aux Comores, à Maurice, aux Seychelles, à La Réunion et à Mayotte. Au décours de l’installation de l’hiver austral et jusque la fin de l’année 2005, les Comores, l’île Maurice, les Seychelles et Mayotte n’avaient pas identifié de cas ou alors quelques cas isolés.

Depuis début janvier 2006, il existe à nouveau une circulation du virus Chikungunya dans la région.

- Seychelles  (80 000 habitants) : à la date du 1 er mars 2006, environ 4650 cas ont été déclarés depuis le début de l’année (source OMS).

- Comores (700 000 habitants) : à la date du 10 mars 2006 , aucun cas n’a été signalé, depuis le début de l’année (source non confirmée).

- Madagascar (18 Millions d’habitants)  : 2 cas de Chikungunya, confirmés biologiquement, à Toamasina ont été notifiés durant la semaine du 6 au 12 mars 2006. Plusieurs cas de fièvre dans cette région sont en cours d’investigation.

- Maurice  (1,2 Millions d’habitants ) : à la date du 1 er mars 2006, 2 553 cas ont été notifiés, dont 1 173 cas confirmés biologiquement (source OMS).

- Inde  : entre le 1 er décembre 2005 et le 17 février 2006, 5 671 cas d’arthralgies fébriles ont été rapportés dans l’Andhra Pradesh (76 Millions d’habitants), état de l’est de l’Union Indienne. 139 de ces cas sont confirmé biologiquement comme étant une infection à Chikungunya.

Dans l’état voisin d’Orissa (37 Millions d’habitants), 4 904 cas de fièvre avec myalgies et céphalées ont été notifiés entre le 27 février et le 5 mars. Les résultats des examens complémentaires sont en attente.

Mesures de lutte

A la Réunion, l’épidémie étant toujours très active et dans le contexte des fortes pluies survenues récemment, il convient de rappeler avec force l’importance d’adopter des comportements individuels visant à se protéger des piqûres de moustique et de contribuer à la destruction des gîtes larvaires.

Il n’existe ni vaccin ni traitement préventif contre l’infection à Chikungunya. Les mesures de contrôle reposent donc sur les efforts couplés de lutte antivectorielle et de lutte communautaire afin d’éliminer les gîtes de moustiques.

Depuis la fin de l’hiver austral, les mesures de lutte antivectorielle ont été considérablement renforcées, mais doivent venir en complément des mesures de lutte communautaire également indispensables. L’ensemble de la population est concerné et doit poursuivre les actions quotidiennes de destruction des gîtes potentiels autour des habitations ( eau stagnante dans les soucoupes, vases, seaux, détritus...).

Dans ces conditions, les mesures de prévention individuelle contre les piqûres de moustique sont très importantes et doivent être prises de façon quotidienne: spray et crèmes, diffuseurs électriques, serpentins, vêtements longs et moustiquaires… Les femmes enceintes et les très jeunes enfants doivent faire l’objet de mesures particulièrement renforcées et adaptées. Le moustique vecteur pique la journée, essentiellement à l’extérieur des maisons, avec une activité plus importante en début de matinée et en fin de journée.

 


Pour en savoir plus :

Epidémie de Chikungunya à la Réunion. Situation au 16 mars 2006.

Consulter le dossier « CHIKUNGUNYA »

 

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Institut de veille sanitaire
Mise en ligne le 17 mars 2006
Mise à jour le 17 mars 2006
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