Epidémie de Chikungunya à La Réunion / Océan Indien

Point de situation au 7 juillet 2006


A propos de la maladie

Le virus Chikungunya (qui signifie en swahili "marcher courbé", en raison des fortes douleurs articulaires qu’il provoque) est un arbovirus transmis par un moustique du genre Aedes. Il circule surtout en Afrique de l’Est, en Asie du Sud-est et dans le sous-continent indien.

Environ 4 à 7 jours après la piqûre de moustique infectante, une fièvre élevée apparaît brutalement. S’y associent alors typiquement d’importantes douleurs articulaires et musculaires touchant les extrémités des membres (poignets, chevilles, phalanges), des oedèmes, des céphalées et, parfois, une éruption cutanée. Des hémorragies bénignes à type d’épistaxis et de gingivorragies peuvent survenir, surtout chez les enfants.

L’évolution spontanée de la maladie est le plus souvent favorable. Des formes chroniques existent cependant, caractérisées par des arthralgies persistantes, récidivantes et parfois invalidantes. Aucun cas mortel d’infection à Chikungunya n’avait été rapporté lors des épidémies précédant celle de la Réunion. La prise en charge thérapeutique repose essentiellement sur la prescription d’anti-inflammatoires non stéroïdiens afin de soulager les douleurs.


Situation à la Réunion

La surveillance est basée sur un réseau de médecins sentinelles qui permet de suivre au mieux les tendances de l’épidémie.

Depuis le début de l’épidémie (mars 2005), 4044 cas ont été notifiés par les médecins du réseau sentinelle de l’île de la Réunion, dont 3 au cours de la semaine 26 de 2006.

Une estimation à partir d’un modèle mathématique, basé sur les séries historiques, permet d’évaluer le nombre total de cas de Chikungunya depuis le début de l’épidémie à un peu plus de 266 000. Ce nombre correspond au total des personnes ayant présenté, à un moment ou à un autre depuis mars 2005, une forme clinique de la maladie, qu’elles aient ou non consulté un médecin. Il ne correspond pas au nombre de personnes actuellement malades. Le même modèle mathématique permet d’estimer à 200 le nombre de nouveau cas survenus dans la semaine du 26 juin au 02 juillet 2006.

Par ailleurs, une enquête « Chikungunya, une semaine donnée » a été mise en œuvre auprès de l’ensemble des médecins généralistes de l’île auxquels il a été demandé de signaler l’intégralité des cas suspects de chikungunya vus en consultation et ayant présenté une symptomatologie récente (apparition des signes cliniques après le 15 juin 2006). Au 06 juillet 2006, 202 médecins sur 725 ont participé à l’enquête (28%) et ont signalé un total de 81 cas dont 41 qui ont débuté la maladie semaine 26.

Après avoir atteint un pic lors de la semaine du 6 au 12 février, le nombre de cas hebdomadaire a ensuite fortement diminué jusqu’à la mi-mars. Depuis, la diminution s’est poursuivie et se confirme en semaine 26.

L’évolution de l’épidémie demeure imprévisible en raison d’événements climatiques inopinés qui peuvent contribuer à modifier l’écologie du moustique vecteur de la maladie.

La transmission de la maladie a été très active dans toutes les communes de l’île. Actuellement, le nombre de cas le plus élevé est signalé dans les communes de Saint-Paul et Saint-Denis. Cette information doit cependant être interprétée avec précaution car elle dépend du niveau de participation des médecins au système de surveillance, variable selon les communes.


Formes graves et atypiques

Au total, depuis le début de l’épidémie, 246 personnes avec une infection à Chikungunya confirmée biologiquement ont eu une expression clinique grave de la maladie (formes neurologiques, hépatiques, …) nécessitant une hospitalisation en réanimation. De plus, 40 cas d’infections materno-néonatales ont été confirmées biologiquement chez des nouveaux nés de moins de 10 jours. Un décès a été constaté parmi ces derniers.

Par ailleurs, les médecins signalent un risque de décompensation lié aux effets de l’infection aigue sur l’état général des personnes vulnérables, en particulier les personnes âgées, les nouveaux nés, les personnes immunodéprimées….


Décès

Depuis janvier 2006, 239 certificats de décès dans lesquels le Chikungunya est mentionné ont été recensés. La majorité des décès est enregistrée chez des individus âgés de plus de 68 ans, avec près de 75% des décès. Le pic des décès s’est situé entre les semaines 7 et 9.


Situation à Mayotte

Depuis le début de l’année, à la date du 02 juillet 2006, 7090 cas suspects d’infection aigue à Chikungunya ont été rapportés par les médecins à Mayotte, dont 35 cas déclarés ayant présenté les premiers symptômes au cours de la semaine 25 et 20 cas au cours de la semaine 26. L’épidémie semble marquer le pas depuis la mi-mars et en fin de semaine 26, la diminution du nombre hebdomadaire de cas déclarés se poursuit à l’exception des deux communes de Sada et Chiconi (Côte Ouest) où est enregistrée une augmentation du nombre de cas déclarés.

Si ces chiffres permettent de suivre les tendances de l’épidémie, ils ne reflètent toutefois pas son ampleur réelle de car de nombreux patients n’ont pas recours aux services médicaux et ne sont donc pas comptabilisés. En effet, une enquête récemment menée dans la population générale par l’InVS a montré que moins de la moitié des personnes interrogées qui déclaraient avoir présenté des symptômes compatibles avec le chikungunya (26% de l’échantillon) ont eu un contact avec les services de soins ‘officiels’. Beaucoup de ces patients avaient eu recours à l’automédication et/ou à la médecine traditionnelle.

A Mayotte, au 02 juillet 2006, aucune infection materno-néonatale ni aucune forme grave constatée chez des patients de plus de 10 jours n’ont été confirmées en semaines 25 et 26. Quant aux formes émergentes caractérisées par un tableau clinique moins sévère, 30 cas de personnes âgées de plus de 10 jours ont été enregistrées depuis le début de l’épidémie.

A ce jour, aucun certificat de décès portant la mention « Chikungunya » n’a été reçu par la Dass de Mayotte. Cependant, il a été rapporté le cas d’un enfant de 10 jours décédé en février 2006 d’une méningite bactérienne et infecté de façon concomitante par le virus du chikungunya.


Situation Internationale

Le virus Chikungunya circule dans tout l’Océan Indien depuis le début de l’année 2006.

• Les Seychelles (80 000 habitants) et Maurice (1,2 Millions d’habitants) ont signalé plusieurs milliers de cas entre janvier et mars 2006. Les données récentes sur l’épidémie aux Seychelles montrent un recul important du nombre de cas depuis la mi-février 2006 avec une stabilisation de l’incidence hebdomadaire à environ 30 cas par semaine. Des informations indiquent que l’épidémie est également moins intense à Maurice.

• Des cas ont aussi été identifiés à Madagascar(Toamasina) et aux Comores (Anjouan).

• L’épidémie de chikungunya sévit en Inde dans les Etats d’Andar Pradesh, du Maharasthra, du Karnataka et du Tamil Nadu. Les estimations les plus récentes datant de mai et juin 2006 faisaient état de plus de 450 000 cas suspects de chikungunya, parmi lesquels 691 cas confirmés. Une épidémie de dengue sévit également dans les Etats voisins.

• Une épidémie (200 cas) a été signalée en Malaisie, touchant la côte de l’état du Pérak, au nord de Kuala Lumpur.


Mesures de lutte

A la Réunion, en dépit de la baisse de l’intensité de l’épidémie enregistrée depuis la mi-février 2006 et de l’approche de l’hiver austral, la transmission du virus demeure active et est comparable à celle occasionnée en semaine 26 de l’année 2005. Il est important de rappeler que cette transmission s’était poursuivie au cours de l’hiver austral 2005 avant d’augmenter brutalement au retour de conditions climatiques favorables. Afin de continuer à suivre les tendances de l’épidémie, l’adaptation du dispositif de surveillance à la situation épidémiologique actuelle est en cours de mise en œuvre.

Dans ce contexte, il convient de rappeler avec force l’importance d’adopter des comportements individuels visant à se protéger des piqûres de moustique et de contribuer à la destruction des gîtes larvaires.

Il n’existe ni vaccin ni traitement préventif contre l’infection à Chikungunya. Les mesures de contrôle reposent donc sur les efforts couplés de lutte antivectorielle et de lutte communautaire afin d’éliminer les gîtes de moustiques.

Depuis la fin de l’hiver austral 2005, les mesures de lutte antivectorielle ont été considérablement renforcées, mais doivent venir en complément des mesures de lutte communautaire également indispensables. L’ensemble de la population est concerné et doit poursuivre les actions quotidiennes de destruction des gîtes potentiels autour des habitations (eau stagnante dans les soucoupes, vases, seaux, détritus….).

Dans ces conditions, les mesures de prévention individuelle contre les piqûres de moustique sont très importantes et doivent être prises de façon quotidienne: spray et crèmes, diffuseurs électriques, serpentins, vêtements longs et moustiquaires… Les femmes enceintes et les très jeunes enfants doivent faire l’objet de mesures particulièrement renforcées et adaptées. Le moustique vecteur pique surtout la journée, essentiellement à l’extérieur des maisons, avec une activité plus importante en début de matinée et en fin de journée.


Pour en savoir plus

Point épidémiologique hebdomadaire sur l'épidémie de Chikungunya à la Réunion - Semaine 26

Point épidémiologique hebdomadaire sur l'épidémie de Chikungunya à Mayotte - Semaine 25 et 26

Consulter le dossier « CHIKUNGUNYA »

 

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Institut de veille sanitaire
Mise en ligne le 7 juillet 2006
Mise à jour le 10 juillet 2006
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