A propos de la maladie
Le virus Chikungunya (qui signifie en swahili "marcher
courbé", en raison des fortes douleurs articulaires qu’il provoque)
est un arbovirus transmis par un moustique du genre Aedes. Il circule surtout
en Afrique de l’Est, en Asie du Sud-Est et dans le sous-continent indien.
Environ 4 à 7 jours après la piqûre de moustique infectante,
une fièvre élevée apparaît brutalement. S’y associent
alors typiquement d’importantes douleurs articulaires et musculaires touchant
les extrémités des membres (poignets, chevilles, phalanges),
des oedèmes, des céphalées et, parfois, une éruption
cutanée. Des hémorragies bénignes à type d’épistaxis
et de gingivorragies peuvent survenir, surtout chez les enfants.
L’évolution spontanée de la maladie est le plus souvent favorable.
Des formes chroniques existent cependant, caractérisées par des
arthralgies persistantes, récidivantes et parfois invalidantes. Aucun
cas mortel d’infection à Chikungunya n’a été rapporté lors
des épidémies précédentes. La prise en charge thérapeutique
repose essentiellement sur la prescription d’anti-inflammatoires non stéroïdiens
afin de soulager les douleurs.
Situation à la Réunion
La surveillance est basée sur un réseau de
médecins sentinelles qui permet de suivre au mieux les tendances de
l’épidémie.
Entre le 28 mars 2005 et le 26 février 2006, 2849 cas ont été notifiés
par les médecins du réseau sentinelle de l’île de la Réunion,
dont 288 au cours de la semaine du 20 au 26 février 2006.
Une estimation à partir d’un modèle mathématique, basé sur
les séries historiques, permet d’évaluer le nombre total de cas
présentant des signes compatibles avec une infection à Chikungunya
depuis le début de l’épidémie (qu’ils aient ou non consulté un
médecin) à environ 186 000 cas, dont près de 19 000 cas
lors de la semaine du 20 au 26 février 2006.
La stabilisation de la progression de l’épidémie observée
depuis la semaine 2006/5 se confirme en semaine 2006/8 sur la plupart des indicateurs.
Toutefois, la prudence est de rigueur, compte tenu du délai nécessaire
pour la consolidation des données des semaines 2006/7 et 2006/8.
La transmission est très active dans tous les arrondissements depuis
la recrudescence de décembre 2005, elle a été particulièrement
intense dans l’est et le sud-ouest de l’île et elle s’étend désormais à l’ouest.
Formes graves et atypiques
Au total, depuis le début de l’épidémie, 44 personnes avec une infection à chikungunya confirmée biologiquement ont eu une expression clinique grave de la maladie (formes neurologiques, hépatiques …) nécessitant une hospitalisation en réanimation. De plus, 33 infections confirmées à Chikungunya ont été rapportées chez des nouveaux nés âgés de moins de 28 jours.
Par ailleurs, les médecins signalent un risque de décompensation
lié aux effets de l’infection aiguë sur l’état général
des personnes vulnérables, en particulier les personnes âgées,
les nouveaux nés, les personnes immunodéprimées, etc.
Décès
Alors que le virus du Chikungunya n’était pas jusqu’ici connu pour provoquer des formes mortelles, depuis janvier 2006, 93 certificats de décès dans lesquels le Chikungunya est mentionné ont été recensés. Les analyses sont en cours afin d’avoir une connaissance plus détaillée de ces décès.
Situation à Mayotte
Entre le 9 janvier et le 2 mars 2006, 2264 cas suspects d’infection aiguë à Chikungunya, dont 18 confirmés biologiquement, ont été identifiés à Mayotte. L’épidémie concerne toujours la zone nord, Mamoudzou, Petite Terre, et touche désormais la côte nord ouest (Acoua). Le Sud est actuellement épargné. Les mesures de lutte antivectorielle ont été renforcées depuis le début de l’année.
Autres Iles de l’Océan Indien
Le virus a circulé dans la région sud-ouest de l’Océan Indien au début de l’année 2005, avec en particulier des foyers épidémiques identifiés aux Comores, à Maurice, aux Seychelles, à La Réunion et à Mayotte. Au décours de l’installation de l’hiver austral et jusque la fin de l’année 2005, les Comores, l’île Maurice, les Seychelles et Mayotte n’avaient pas identifié de cas ou alors quelques cas isolés.
Depuis début janvier 2006, il existe à nouveau une circulation
du virus Chikungunya dans la région.
• aux Seychelles : A la date du 1er mars 2006, environ 4650
cas ont été déclarés depuis le début de
l’année (source OMS).
• aux Comores et à Madagascar : A la date du 1er mars
2006, aucun cas n’a été signalé, depuis le début
de l’année (source non confirmée).
• à Maurice : A la date du 1er mars 2006, 2553 cas
ont été notifiés, dont 1173 cas confirmés biologiquement
(source OMS).
Mesures de lutte
A la Réunion, l’épidémie étant
toujours très active et dans le contexte des fortes pluies survenues
en fin de semaine dernière, il convient de rappeler avec force l’importance
d’adopter des comportements individuels visant à se protéger
des piqûres de moustique et de contribuer à la destruction des
gîtes larvaires.
Il n’existe ni vaccin ni traitement préventif contre l’infection à Chikungunya.
Les mesures de contrôle reposent donc sur les efforts couplés
de lutte antivectorielle et de lutte communautaire afin d’éliminer les
gîtes de moustiques.
Depuis la fin de l’hiver austral, les mesures de lutte antivectorielle ont été considérablement
renforcées, mais doivent venir en complément des mesures de lutte
communautaire également indispensables. L’ensemble de la population
est concerné et doit poursuivre les actions quotidiennes de destruction
des gîtes potentiels autour des habitations (eau stagnante dans les soucoupes,
vases, seaux, détritus….)
Dans ces conditions, les mesures de prévention individuelle contre les
piqûres de moustique sont très importantes et doivent être
prises de façon quotidienne : spray et crèmes, diffuseurs électriques,
serpentins, vêtements longs et moustiquaires… Les femmes enceintes et
les très jeunes enfants doivent faire l’objet de mesures particulièrement
renforcées et adaptées. Le moustique vecteur pique la journée,
essentiellement à l’extérieur des maisons, avec une activité plus
importante en début de matinée et en fin de journée.
Pour
en savoir plus :
Epidémie
de Chikungunya à la Réunion. Situation au 2 mars
2006.
Consulter
le dossier « CHIKUNGUNYA »
| Institut
de veille sanitaire Mise en ligne le 3 mars 2006 |
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