Communiqué de presse - 24 avril 2006L'InVS dresse un bilan de la surveillance des cancers de la thyroïde en France en lien avec l'accident de Tchernobyl à l'occasion du 20e anniversaire de la catastrophe
L'Institut de veille sanitaire (InVS) dresse un bilan de la surveillance des cancers de la thyroïde en France en lien avec l'accident de Tchernobyl, vingt ans après la survenue de la catastrophe. Ces résultats sont publiés aujourd'hui dans un rapport et une synthèse* réalisés avec de nombreux partenaires1. L'InVS y fait le point sur les connaissances disponibles et les études épidémiologiques en cours. En France, le cancer de la thyroïde est rare (3700 nouveaux cas en 2000), se soigne bien et la mortalité reste faible (430 décès en 2000). Une augmentation importante et continue de l'incidence du cancer de la thyroïde est observée chez l'adulte sur la période 1982-2001 avec un taux de variation annuel moyen de +6,3% chez les femmes et +5,9% chez les hommes. Cette augmentation a commencé avant l'accident de Tchernobyl et est retrouvée dans la plupart des pays occidentaux (y compris ceux non touchés par l'accident de Tchernobyl). Le passage du nuage radioactif au-dessus de la France en 1986 a amené l'InVS et ses partenaires à rechercher un lien éventuel entre cette augmentation et l'accident de Tchernobyl. Les différentes études et programmes de surveillance mis en place ont conclu à une augmentation des cancers thyroïdiens n'allant globalement pas dans le sens d'un éventuel effet du passage du nuage de Tchernobyl sur le territoire. A titre d'exemple, les taux de cancers de la thyroïde les plus élevés sont observés par les registres de surveillance des cancers situés dans les départements de l'Ouest (Calvados) et du Sud-ouest (Tarn, département français qui a connu la plus forte augmentation du cancer de la thyroïde entre 1982 et 2001). Des taux parmi les plus bas sont retrouvés dans les départements d'Alsace. L'augmentation semble plus en rapport avec une amélioration des pratiques diagnostiques (meilleur diagnostic avec l'essor de l'échographie, changement de la prise en charge chirurgicale…) amenant à découvrir de nombreuses formes asymptomatiques ignorées auparavant. En Corse, une enquête spécifique sur les cas de cancer de la thyroïde survenus entre 1998 et 2001 a montré une incidence plus élevée chez les hommes par rapport à d'autres départements français couverts par un registre (estimation provisoire entre 6,5 et 7,6 nouveaux cas par et pour 100 000 hommes versus 3,8 dans le Doubs, valeur la plus élevée observée dans les registres du cancer pour la période 1997-2001). Néanmoins, les estimations produites restent provisoires et font l'objet actuellement d'une analyse dont les résultats définitifs devraient être disponibles au cours du second semestre 2006. Dans les pays les plus exposés (Biélorussie, Ukraine et Russie), l'accident de Tchernobyl, survenu le 26 avril 1986, a engendré une épidémie de cancers de la thyroïde observée chez l'enfant dès 1990 et actuellement chez les jeunes adultes. Les populations ont été exposées essentiellement par voie alimentaire. L'iode 131 rejetée lors de l'accident a joué un rôle essentiel dans la survenue de ces pathologies. En France, l'incidence des cancers thyroïdiens de l'enfant est restée très faible dans la génération qui aurait pu être exposée (taux moyen compris entre 0,7 et 1,7 par million pour la période 1978-2001). Pour tenter de comprendre les facteurs de risque de survenue du cancer de la thyroïde, l'InVS a renforcé la surveillance épidémiologique et lancé, avec l'Inserm, quatre études menées actuellement. Ces travaux sont nécessaires et devraient permettre d'expliciter le rôle des différents facteurs suspectés (hormonaux, nutritionnels et génétiques notamment) dans l'augmentation du cancer de la thyroïde, notamment chez les hommes en Corse.
|
||
|
|
||
|