La transmission du VHC persiste de manière
importante et préoccupante chez les usagers de drogues de moins
de 30 ans et les pratiques à risque persistent au sein de cette
population, d’après les premiers résultats d’une enquête
de séroprévalence menée par l’Institut de veille
sanitaire (InVS), avec le soutien de l’Agence nationale de recherches
sur le sida et les hépatites virales (ANRS), et publiée
cette semaine dans le Bulletin épidémiologique hebdomadaire
(BEH)1. Cette enquête indique par ailleurs que la prévalence
du VIH est extrêmement faible (0,3 %) chez les usagers de drogues
de moins de 30 ans.
1462 personnes ayant eu recours à des drogues injectables et/ou
par inhalation au moins une fois dans leur vie ont accepté de
participer à l’enquête « Coquelicot », initiée
en 2004. L’étude s’est déroulée à Lille,
Strasbourg, Paris, Bordeaux et Marseille. L’objectif était d’estimer
la séroprévalence pour le VIH et le virus de l’hépatite
C (VHC) chez les usagers de drogues et de décrire les comportements
(consommation de produits, pratiques à risque) de ces derniers.
Les participants ont accepté de répondre à un
questionnaire portant sur des aspects socio-comportementaux et des échantillons
biologiques ont été recueillis par auto-prélèvement
de sang au niveau du doigt pour 79 % d’entre eux.
Les usagers de drogues sont essentiellement masculins (74 %) et leur âge
moyen est de 35,6 ans pour les hommes et de 34,5 ans pour les femmes.
Cette population est fortement marquée par la précarité sociale
puisque 19 % vivent dans la rue ou dans un squat (55 % n’ont pas de
logement stable). Près de 11 % sont séropositifs pour
le VIH et 59,8 % pour le VHC. 10,2 % sont co-infectés par le
VIH et le VHC. D’une façon générale, la séroprévalence
du VIH et du VHC augmente avec l’âge. Alors que la séroprévalence
du VIH est quasi-nulle chez les usagers de drogues de moins de 30 ans,
elle est déjà de 28 % pour le VHC chez ces mêmes
personnes (moins de 30 ans). Près d’un tiers des usagers de
drogues méconnaissent leur statut vis-à-vis du VHC et
se croient, à tort, indemnes d’une telle infection. En revanche,
98 % connaissent leur statut vis-à-vis du VIH. La séroprévalence
du VIH varie selon les villes (1% à Lille, 10,9 % à Paris,
31,5 % à Marseille) mais est élevée pour le VHC
dans toutes les villes étudiées.
71 % des personnes interrogées ont reçu un traitement
de substitution aux opiacés dans les six derniers mois (57 %
par Subutex et 36 % par méthadone). Les principaux produits
psychoactifs illicites consommés par les usagers de drogues
(dans le dernier mois) sont le crack (30 %) et la cocaïne (27
%). L’injection par voie intraveineuse a été pratiquée
par 70 % des usagers de drogues ayant participé à l’enquête
(l’âge moyen à la première injection est de 20,4
ans). Dans le dernier mois, les pratiques à risque sont largement
déclarées puisque 13 % des usagers de drogues déclarent
avoir partagé une seringue et 38 %, le matériel de préparation
(coton, cuillère, eau). De plus, le partage de la pipe à crack
est une pratique très répandue (73 %) et celui de la
paille de sniff, très fréquent (25 %).
L’enquête Coquelicot a permis de mesurer, pour la première
fois en France, la séroprévalence du VIH et du VHC chez
les usagers de drogues. Il ressort, entre autres, que les moins de
30 ans consomment plus de stimulants et d’hallucinogènes et
ont davantage recours à l’injection que les usagers de drogues
plus âgés. Cette population des moins de 30 ans s’expose
donc davantage aux risques infectieux et c’est pourquoi, la séroprévalence
du VHC y est particulièrement préoccupante (28 %). La
persistance de telles pratiques à risque s’inscrit dans un contexte
d’expériences de différentes politiques de réduction
des risques qui ont eu un impact sur le VIH, mais dont l’effet reste
aujourd’hui encore limité vis-à-vis de la transmission
du VHC.
1Estimation
de la séroprévalence
du VIH et du VHC et profils des usagers de drogues en France, étude
InVS-ANRS Coquelicot, 2004. BEH n°33/2006, disponible sur le site
de l’InVS (http://www.invs.sante.fr).
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Marie-Christine Simon (ANRS) * 01 53 94 60 30