Alerte
Les 24 et 25 octobre 2005, l’Institut de veille sanitaire (InVS) était informé par un pédiatre du centre hospitalier de Pau et un pédiatre du centre hospitalier de Bordeaux de la survenue au cours du mois d’octobre, de cinq cas de syndrome hémolytique et urémique (SHU) résidant dans les Pyrénées-Atlantiques et les Landes.
La survenue très rapprochée dans le temps et géographiquement d’une pathologie rare (moins de 100 cas de SHU pédiatriques notifiés annuellement par le réseau national de surveillance du SHU) suggérait une source commune.
Une investigation coordonnée par l’InVS a été mise en œuvre afin d’identifier la source de cet épisode et de mettre en place les mesures de contrôle adaptées. Cette investigation a été réalisée en collaboration avec : les Cellules inter-régionales d’épidémiologie (CIRE) d’Aquitaine, Languedoc-Roussillon et Midi-Pyrénées et les Directions départementales des affaires sanitaires et sociales (Ddass) des départements concernés, le Centre national de référence (CNR) des Escherichia coli et son laboratoire associé, le laboratoire de microbiologie alimentaire de l’Ecole vétérinaire de Lyon, les hôpitaux impliqués, la Direction générale de la santé (DGS), la Direction générale de l’alimentation (DGAL), les Directions départementales des services vétérinaires (DDSV), la Direction générale de la consommation, de la concurrence et la répression des fraudes (DGCCRF) et ses directions départementales.
Méthode
Définition de cas
Un cas de SHU a été défini comme une personne domiciliée dans les régions Aquitaine, Midi-Pyrénées et Languedoc-Roussillon avec un diagnostic de SHU à partir du 20 septembre 2005. Le diagnostic de SHU a été posé devant la survenue brutale d’une anémie hémolytique avec insuffisance rénale, selon les critères biologiques suivants :
Un cas probable de gastroentérite aigüe (GEA) à Escherichia coli producteur de shiga-toxine (STEC) a été défini comme une personne domiciliée dans un département des régions Aquitaine, Midi-Pyrénées et Languedoc-Roussillon et ayant présenté une diarrhée sanglante, dont les signes ont débuté à partir du 20 septembre 2005.
Une infection à STEC est confirmée par le Centre National de Référence (CNR) des Escherichia coli et Shigella et le laboratoire associé au CNR :
Recensement des cas
Dans un premier temps tous les hôpitaux des trois régions concernées, les 22 laboratoires d’analyse et de biologie médicales des Landes (département le plus touché), les médecins généralistes et pédiatres des villes de résidence des premiers cas de SHU ont été contactés.
Les cas ou leurs parents ont été interrogés à l’aide d’un questionnaire exploratoire standardisé recueillant les informations cliniques et biologiques ainsi que l’exposition aux facteurs de risque des infections à STEC, dans les 7 jours précédant la diarrhée : notion de cas dans l’entourage, fréquentation d’une collectivité ou d’un événement festif, contacts avec des animaux domestiques ou sauvages, repas pris hors du domicile, produits carnés (lieux d’achat ou de consommation; si boeuf haché : conditionnement, marque, type, mode de cuisson, date de consommation, date d’achat).
Biologie
Chez les patients, les analyses sérologiques ont été réalisées au CNR, basées sur la mise en évidence d’anticorps sériques dirigés contre le lipopolysaccharide (LPS) de 7 principaux sérogroupes de STEC. Les examens sur les selles, basés sur l’isolement de souches de STEC ou sur la détection par PCR de gènes codant pour les shigatoxines, ont été effectués au laboratoire associé du CNR ou dans les laboratoires d’analyse et de biologie médicale publics et privés.
La recherche de STEC dans les échantillons de steaks hachés mis à disposition par les familles des cas, le distributeur et le producteur, a été réalisée par le laboratoire de microbiologie alimentaire de l’Ecole nationale vétérinaire de Lyon.
Résultats au 04/11/2005
1. Caractéristiques des cas
Au 4 novembre 2005, 16 cas de SHU et 16 cas de diarrhée sanglante (GEA) ont été identifiés. Les dates de début des signes se répartissaient entre le 5 octobre et le 1er novembre (figure 1).

Figure 1 : Distribution des cas de SHU et de GEA sanglante par date de début des signes, cas groupés d’infection à E. coli O157, France, octobre 2005
Dix-huit cas étaient domiciliés dans le département des Landes, 6 dans les Pyrénées-Atlantiques, 6 dans le Lot- et-Garonne, 1 dans le Gers et 1 dans les Hautes-Pyrénées (figure 2).
Figure 2 : Département de résidence des cas de SHU et de GEA sanglante, cas groupés d’infections à E. coli O157, France, octobre 2005.
Parmi les 32 cas, 19 étaient de sexe masculin. L’âge des cas était compris entre 15 mois et 98 ans (médiane à 4 ans) (figure 3). Trois cas étaient des adultes de 42, 49 et 98 ans. Les 16 cas de SHU étaient des enfants âgés de 2 ans à 9 ans (figure 3).

Figure 3 : Distribution par âge des cas de SHU et de GEA sanglante survenus chez des enfants, cas groupés d’infection à E. coli O157, France, Octobre 2005
Les 16 patients présentant un SHU et 12 des seize patients avec une diarrhée sanglante ont été hospitalisés. A ce jour, un cas de SHU et trois cas de diarrhées sanglantes sont retournés à leur domicile. Aucun décès n’est survenu.
Des cas de diarrhée sont survenus simultanément dans l’entourage familial de 6 cas.
2. Enquête alimentaire
Les 32 cas interrogés avaient tous consommé du steak haché surgelé de la marque Chantegrill ®, conditionné en boîtes de 1 Kg (10 steaks). Ces steaks avaient été achetés dans 19 magasins Leclerc de six départements (dont 8 dans les Landes). Les steaks avaient été consommés par les patients entre le 13 et le 28 octobre 2005.
Le numéro de lot des boites consommées par les cas, connu pour 18 d’entre eux, est L231/234, avec une date limite d’utilisation optimale (DLUO) au 22/08/06. Une famille détenait à la fois une boite d’un lot plus ancien (L 206) avec une DLUO au 26/07/2006 et une boite du lot L231/234.
3. Biologie
Au total, une infection à E. coli O157 a été confirmée pour 25 cas dont 15 SHU :
4. Enquête vétérinaire
Les informations suivantes ont été recueillies auprès de la société Leclerc :
Une inspection des services vétérinaires du Maine-et-Loire est en cours dans l’établissement de production des steaks hachés et dans l’abattoir.
L’analyse des échantillons de 5 steaks appartenant au lot L 231/234, mis à disposition par une famille, a mis en évidence une contamination importante par E Coli O157:H7 pour chacun des steaks. Parmi 18 souches isolées et testées, deux profils de virulence ont été retrouvés: Stx1+, Stx2+, eae+ pour 16 souches et Stx1+, Stx2-, eae+ pour 2 souches.
Les souches d’origine alimentaires seront comparées par PFGE aux souches isolées chez les patients.
Des steaks des lots L206 (7 steaks) et L220 (4 steaks), lots intermédiaires dans la chaine de fabrication entre les lots L206 et L231, fournis par le fabriquant, sont négatifs pour STEC O157:H7.
5. Les mesures de contrôle
Un retrait des lots L206, L231/234 et des lots intermédiaires a été effectué le 29 octobre 2005 par l’établissement Leclerc. Un rappel des lots L206 et L231/234 a été effectué par voie de presse et par apposition d’affichettes dans les lieux de distribution le 30 octobre. En outre l’établissement Leclerc a contacté par téléphone les acheteurs des lots concernés, identifiés grâce à leurs cartes de fidélité ou leur mode de paiement selon les informations fournies par le groupe Leclerc.
Au 3 novembre 2005, d’après les informations transmises par Leclerc, parmi les 12 108 boites du lot L231/234 livrées, 2 104 ont été retirées et 2 064 ont été retournées par les clients, soit un taux de récupération de 34%.
Au Portugal, 270 boites ont été retirées ou retournées par les clients.
A ce jour, tous les cas identifiés avaient consommé leur steak avant la date de mise en oeuvre des mesures de contrôle.
6. Investigation en cours
Les Cire et les Ddass des départements de distribution du lot L231/234 réalisent un recensement des personnes avec une GEA survenue après consommation de steak haché du lot L231/234. A ce jour, 128 personnes ont été identifiées. Une recherche d’infection à O157 est en cours pour certains d’entre eux.
Une inspection des services vétérinaires du Maine-et-Loire est en cours dans l’établissement de production des steaks hachés et dans l’abattoir.
Les souches d’origine alimentaires seront comparées par PFGE aux souches isolées chez les patients au laboratoire associé du CNR.
Points précédents
Cas
groupés de SHU et de diarrhées sanglantes à E. coli O157 H7, Sud Ouest,
octobre 2005. Actualisation au 3 novembre 2005
Informations concernant le syndrome hémolytique et urémique et point au 30 octobre
| Institut
de veille sanitaire Mise en ligne le 4 novembre 2005 |
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