Emergence de la Lymphogranulomatose vénérienne rectale en France

Cas estimés au 31 mars 2004

Synthèse réalisée le 1er Juin 2004


Contexte
Une alerte européenne émanant de l’European Surveillance System for STI (ESSTI) est donnée le 14 janvier 2004 sur une bouffée épidémique de lymphogranulomatose vénérienne (LGV) rectale (infection sexuellement transmissible (IST) due à Chlamydia trachomatis (Ct), serovar L1, L2, ou L3). Cette bouffée épidémique concernait 15 homosexuels résidant à Rotterdam, âgés de 26 à 48 ans, et dont 13 étaient séropositifs pour le VIH. Ces patients ont fait état de rapports sexuels non protégés avec des partenaires de rencontre dans différents pays européens dont la France. Toutes les souches de Ct isolées chez ces patients appartenaient au serovar L2.


Méthodes
Suite à cette alerte, l’Institut de veille sanitaire a informé de l’émergence de cette pathologie en Europe, les correspondants habituels chargés de la surveillance des infections sexuellement transmissibles (IST) en France ainsi que les plus importants laboratoires de biologie parisiens.Tous les prélèvements rectaux positifs à Ct depuis 2003 retrouvés dans 3 laboratoires de microbiologie parisiens et dans celui de l’hôpital Pellegrin de Bordeaux ont été envoyés au Centre national de référence (CNR) des chlamydia à Bordeaux pour analyse génotypique.


Résultats
Au 1er juin 2004, 44 souches de chlamydia rectales toutes isolées chez des hommes entre le 1 janvier 2003 et le premier trimestre 2004, ont été typées au CNR. Parmi ces 44 souches, 38 souches (35 à Paris, 3 à Bordeaux) appartiennent au serovar L2 et confirment ainsi le diagnostic de LGV rectale ; 8 font partie des serovars communs de Ct. Les diagnostics de LGV rectales augmentent surtout depuis octobre 2003 avec 12 cas pendant le dernier trimestre 2003 et 20 cas pendant le premier trimestre 2004 (figure). Une enquête épidémiologique sur les 14 premiers cas de LGV rectale signalés a été menée rétrospectivement auprès des cliniciens (80% de proctologues) qui avaient envoyé leur patient au laboratoire pour prélèvement bactériologique.
Ces 14 patients sont des homosexuels masculins dont l’âge moyen est 40 ans (31-52), résidant à Paris (n=11) ou à Bordeaux (n=3). Parmi eux, 8 (57%) sont séropositifs pour le VIH et 9 (69%) étaient co-infectés par un autre germe responsable d’IST. Aucun voyage en zone endémique tropicale n’a été signalé par ces patients.
La durée moyenne entre le début des symptômes et le diagnostic est de 50 jours (11-120). Tous les patients se sont présentés avec un tableau de rectite associant douleur ano-rectales, écoulement purulent, ténesme, et parfois rectorragies. Des signes généraux ont été rapportés par 3 patients séropositifs pour le VIH. Les résultats de la rectoscopie montrent des ulcérations sévères rectales pour 8 patients et une sténose pseudo-tumorale pour l’un d’entre eux. La durée moyenne de traitement par tétracyclines était de 16 jours (10-60).


Discussion
Endémique dans certaines régions d’Asie, d’Afrique et d’Amérique du sud, la LGV est une infection rare dans le monde occidental2. La présentation clinique de ces cas (ano-rectite) atypique ne facilite pas le diagnostic bien que la LGV soit une cause connue de rectites chez les homosexuels3. Hormis l’alerte européenne, peu de cas ont été décrits dans la littérature ces dix dernières années4-5. Une bouffée épidémique de 14 cas de rectite à CT dont 3 cas de LGV a été décrite en 1981 aux Etats-Unis6. En France, dans une série de 27 cas de LGV diagnostiqués à l’hôpital Saint-Louis entre 1981 et 1986, 2 patients homosexuels présentaient de signes de rectite7.
Ces cas de LGV rectales diagnostiqués depuis quelques mois, aux Pays-Bas, en Belgique et en France suggèrent une résurgence de cette infection en Europe.
Il convient donc d’évoquer une LGV et d’effectuer une recherche de chlamydia par PCR chez les patients homosexuels présentant des signes d’ano- rectite.
La conduite à tenir détaillée devant une suspicion de LGV est disponible sur les sites de la Direction générale de la santé (www.sante.gouv.fr) de la Société française de gastro-entérologie (www.snfge.asso.fr) et de la Société de pathologie infectieuse de langue française (www.infectiologie.com).


Références
1 Gotz HM, Ossewarde JM, Nieuwenhuis RF et al . In process citation. Ned Tijdschr Geneeskd 2004; 148(9): 441-42
2 Perine PL, Osoba AO. Lymphogranuloma venereum In Holmes KK, Mardch PA, Sparling PF et al. eds Sexually transmitted diseases. New-York. Mac Grew Hill, 1990.195-203
3 Quinn TC, Corey L, Chaffee RG et al: The etiology of anorectal infections in homosexual men. Am J Med 1981; 71: 395-406
4 Nieuwenhuis RF, Osserwaade JM, van der Meidjen et al. Unusual presentation of early lymphogranuloma venereum in an HIV-1 infected patient: effective treatment with 1 g of azithromycin. Sex Transm Infect 2003; 79: 453-55
5 Jeanpêtre M, Harms M, Saurat JH. Masse anale sténosante et lymphogranulome vénérien. Schweiz Med Wochenschr 1994 ; 124 : 1597-91
6 Quinn TC, Goodell SE, Mkrtichian E et al: Chlamydia trachomatis proctitis. N Engl J Med 1981 ; 305 : 195-200
7 Scieux C, Barnes A, Bianchi I et al: Lymphogranuloma venereum : 27 cases in Paris. JID 1989 ; 160(4) : 662-68


Figure : Nombre de rectites à chlamydia isolées en France depuis le1er janvier 2003 selon les serovars

 

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Mise à jour le 2 août 2004
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