Contexte
Une alerte européenne émanant de l’European Surveillance System
for STI (ESSTI) est donnée le 14 janvier 2004 sur une bouffée épidémique
de lymphogranulomatose vénérienne (LGV) rectale (infection sexuellement
transmissible (IST) due à Chlamydia trachomatis (Ct), serovar L1, L2,
ou L3). Cette bouffée épidémique concernait 15 homosexuels
résidant à Rotterdam, âgés de 26 à 48 ans,
et dont 13 étaient séropositifs pour le VIH. Ces patients ont
fait état de rapports sexuels non protégés avec des partenaires
de rencontre dans différents pays européens dont la France. Toutes
les souches de Ct isolées chez ces patients appartenaient au serovar
L2.
Méthodes
Suite à cette alerte, l’Institut de veille sanitaire a informé de
l’émergence de cette pathologie en Europe, les correspondants habituels
chargés de la surveillance des infections sexuellement transmissibles
(IST) en France ainsi que les plus importants laboratoires de biologie parisiens.Tous
les prélèvements rectaux positifs à Ct depuis 2003 retrouvés
dans 3 laboratoires de microbiologie parisiens et dans celui de l’hôpital
Pellegrin de Bordeaux ont été envoyés au Centre national
de référence (CNR) des chlamydia à Bordeaux pour analyse
génotypique.
Résultats
Au 1er juin 2004, 44 souches de chlamydia rectales toutes isolées chez
des hommes entre le 1 janvier 2003 et le premier trimestre 2004, ont été typées
au CNR. Parmi ces 44 souches, 38 souches (35 à Paris, 3 à Bordeaux)
appartiennent au serovar L2 et confirment ainsi le diagnostic de LGV rectale
; 8 font partie des serovars communs de Ct. Les diagnostics de LGV rectales
augmentent surtout depuis octobre 2003 avec 12 cas pendant le dernier trimestre
2003 et 20 cas pendant le premier trimestre 2004 (figure). Une enquête épidémiologique
sur les 14 premiers cas de LGV rectale signalés a été menée
rétrospectivement auprès des cliniciens (80% de proctologues)
qui avaient envoyé leur patient au laboratoire pour prélèvement
bactériologique.
Ces 14 patients sont des homosexuels masculins dont l’âge moyen est 40
ans (31-52), résidant à Paris (n=11) ou à Bordeaux (n=3).
Parmi eux, 8 (57%) sont séropositifs pour le VIH et 9 (69%) étaient
co-infectés par un autre germe responsable d’IST. Aucun voyage en zone
endémique tropicale n’a été signalé par ces patients.
La durée moyenne entre le début des symptômes et le diagnostic
est de 50 jours (11-120). Tous les patients se sont présentés
avec un tableau de rectite associant douleur ano-rectales, écoulement
purulent, ténesme, et parfois rectorragies. Des signes généraux
ont été rapportés par 3 patients séropositifs pour
le VIH. Les résultats de la rectoscopie montrent des ulcérations
sévères rectales pour 8 patients et une sténose pseudo-tumorale
pour l’un d’entre eux. La durée moyenne de traitement par tétracyclines était
de 16 jours (10-60).
Discussion
Endémique dans certaines régions d’Asie, d’Afrique et d’Amérique
du sud, la LGV est une infection rare dans le monde occidental2. La présentation
clinique de ces cas (ano-rectite) atypique ne facilite pas le diagnostic bien
que la LGV soit une cause connue de rectites chez les homosexuels3. Hormis
l’alerte européenne, peu de cas ont été décrits
dans la littérature ces dix dernières années4-5. Une
bouffée épidémique de 14 cas de rectite à CT dont
3 cas de LGV a été décrite en 1981 aux Etats-Unis6.
En France, dans une série de 27 cas de LGV diagnostiqués à l’hôpital
Saint-Louis entre 1981 et 1986, 2 patients homosexuels présentaient
de signes de rectite7.
Ces cas de LGV rectales diagnostiqués depuis quelques mois, aux Pays-Bas,
en Belgique et en France suggèrent une résurgence de cette infection
en Europe.
Il convient donc d’évoquer une LGV et d’effectuer une recherche de chlamydia
par PCR chez les patients homosexuels présentant des signes d’ano- rectite.
La
conduite à tenir détaillée devant une suspicion de
LGV est disponible sur les sites de la Direction générale de
la santé (www.sante.gouv.fr)
de la Société française
de gastro-entérologie (www.snfge.asso.fr)
et de la Société de
pathologie infectieuse de langue française (www.infectiologie.com).
Références
1 Gotz HM, Ossewarde JM, Nieuwenhuis RF et al . In process citation. Ned Tijdschr
Geneeskd 2004; 148(9): 441-42
2 Perine PL, Osoba AO. Lymphogranuloma venereum In Holmes KK, Mardch PA,
Sparling PF et al. eds Sexually transmitted diseases. New-York. Mac Grew
Hill, 1990.195-203
3 Quinn TC, Corey L, Chaffee RG et al: The etiology of anorectal infections
in homosexual men. Am J Med 1981; 71: 395-406
4 Nieuwenhuis RF, Osserwaade JM, van der Meidjen et al. Unusual presentation
of early lymphogranuloma venereum in an HIV-1 infected patient: effective treatment
with 1 g of azithromycin. Sex Transm Infect 2003; 79: 453-55
5 Jeanpêtre M, Harms M, Saurat JH. Masse anale sténosante et
lymphogranulome vénérien. Schweiz Med Wochenschr 1994 ; 124 :
1597-91
6 Quinn TC, Goodell SE, Mkrtichian E et al: Chlamydia trachomatis proctitis.
N Engl J Med 1981 ; 305 : 195-200
7 Scieux C, Barnes A, Bianchi I et al: Lymphogranuloma venereum : 27 cases
in Paris. JID 1989 ; 160(4) : 662-68
Figure : Nombre de rectites à chlamydia isolées
en France depuis
le1er janvier 2003 selon les serovars
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de veille sanitaire Mise à jour le 2 août 2004 |
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