A ce jour, l’Institut de veille sanitaire a répertorié
550 cas de légionellose en France pour l’année 2004.
En
2003, 1 044 cas de légionellose (parmi lesquels 129 personnes décédées)
avaient été recensés, dont 597 sont survenus avant la fin
du mois d’août 2003.
La légionellose affecte essentiellement les personnes fragilisées. Elle se traduit par une pneumopathie sévère. Le diagnostic clinique doit dans tous les cas être confirmé biologiquement. Dans la majorité des cas, avec un traitement antibiotique précoce et adapté, l’évolution est favorable. La contamination se fait par voie respiratoire, par inhalation d’eau contaminée diffusée en aérosol. Il n’y a pas de transmission inter humaine pour cette maladie. La période d’incubation est de 2 à 10 jours.
Les cas de légionellose doivent être distingués selon qu’il s’agit de cas groupés ou de cas isolés (sporadiques).Dans les cas groupés (ou « épidémies »), une source commune est le plus souvent identifiée (tours aéro-réfrigérantes [TAR], systèmes d’eau chaude sanitaire et douches des hôpitaux, des hôtels et campings, des stations thermales…) et permet de mettre en œuvre des mesures de contrôle et de prévention adaptées. Pour les cas sporadiques, qui sont les plus fréquents, l’identification de la source de contamination est difficile et rare, ce qui rend leur prévention difficile. Les dernières données de surveillance, disponibles sur le site de l’Institut de veille sanitaire, indiquent qu’en 2003, trois épidémies de légionellose communautaires sont survenues (à Montpellier, à Poitiers et dans le Pas-de-Calais), impliquant 141 personnes et causant 22 décès.
Cet été, deux épidémies communautaires définies par une concentration inhabituelle de cas dans le temps et dans l’espace ont été identifiées : l’une à Nancy (11 cas du 15 juillet au 7 août) et l’autre, à Strasbourg (9 cas du 9 au 20 août). Chacun de ces deux épisodes de cas groupés a été détecté respectivement par la Ddass de Meurthe-et-Moselle et du Bas-Rhin précocement (à partir du 2ème cas). Les Ddass de Meurthe-et-Moselle et du Bas-Rhin, en collaboration avec les Drire de Lorraine et d’Alsace, avec le soutien de l’InVS et du CNRL et sous la supervision de la DGS ont entrepris une recherche active de la source de contamination pour ces 2 épisodes.
Pour l’épidémie de Nancy, qui semble en régression, 3 tours aéro-réfrigérantes (TAR) sur 57 répertoriées comme sources potentielles étaient contaminées. Cependant, la comparaison des souches de ces TAR avec celle identifiée chez un des malades de l’épidémie n’a pas permis d’identifier formellement la source de cet épisode.
L’enquête de l’épisode de Strasbourg est en cours. Une information du public et de la communauté médicale a été effectuée par la Ddass dans un but de détection et de prise en charge précoce des malades.
Si on exclut ces deux épisodes, le nombre de cas survenus depuis le 1er juin 2004 en Lorraine et en Alsace reste comparable à ceux de 2003 et 2004.
Les données disponibles, à ce jour, à l’InVS permettent d’affirmer qu’il n’existe pas actuellement de recrudescence de la légionellose en France. Le nombre de cas notifiés à l’InVS à la date du 25 août 2004 n’est pas supérieur à celui observé pour la même période lors des 2 années précédentes.
En particulier, le nombre de cas observés pendant la période estivale n’indique pas de recrudescence par rapport aux années précédentes pour la même période (280 cas notifiés à ce jour à l’InVS depuis le 1er juin 2004 contre 394 et 330 pour les mois de juin, juillet et août en 2002 et 2003 respectivement). Par ailleurs, le niveau d’incidence dans notre pays (nombre de nouveaux cas annuels rapporté à l’ensemble de la population) de 1,8 pour 100 000 habitants est dans la moyenne européenne, le pays le plus touché étant l’Espagne avec 2,9 cas pour 100 000 habitants.
La surveillance de la légionellose en France repose sur la déclaration obligatoire des cas par les cliniciens et des biologistes à la Ddass qui notifie ensuite les déclarations à l’InVS. Le Centre national de référence des Légionelles (CNRL) localisé à Lyon (Professeur Jérome Etienne) collabore étroitement avec l’InVS sur les aspects microbiologiques et assure la caractérisation des souches de Legionela isolées dans les laboratoires hospitaliers et dans l’environnement et leur comparaison par des techniques génomiques. Son rôle est particulièrement important pour relier les sources environnementales aux épisodes de cas groupés humains.
La mise en place de mesures de contrôle adaptées repose sur la détection et le signalement rapides des cas par les cliniciens et biologistes à la Ddass et sur l’enquête épidémiologique, environnementale et microbiologique approfondie qu’il y a lieu de réaliser impérativement quand des cas groupés sont détectés. La suspicion de cas groupés repose sur le rapprochement des cas déclarés à la Ddass en termes de date de survenue, de résidence ou de lieu de fréquentation.
C’est ainsi que l’épidémie du Pas-de-Calais ou les épisodes récents de Nancy ou Strasbourg ont pu être suspectés très rapidement. Notons que depuis 1998, 15 épisodes de cas groupés ou d’épidémies communautaires ont été enquêtés de manière approfondie ; pour 7 d’entre eux, une TAR a été identifiée comme source de contamination. L’enquête de l’épisode du Pas-de-Calais et notamment les travaux de modélisation menés par l’Ineris ont montré que la diffusion de gouttelettes d’eau (dont on sait qu’elles peuvent véhiculer la Legionella) issues d’une TAR, du type de celle impliquée dans l’épidémie du Pas-de-Calais, pouvait dans des conditions météorologiques favorables et un environnement plat, atteindre et dépasser 10 Km.
La prévention de la légionellose repose en priorité
sur l’entretien régulier et le contrôle des sources d’exposition
à risque répertoriées à ce jour. Un effort important
d’inventaire et de contrôle des TAR, principale source des épidémies
communautaires a été initié par les pouvoirs publics. Des
efforts importants ont aussi été consentis depuis une dizaine
d’années pour les légionelloses acquises à l’hôpital
et les données de la déclaration obligatoire indiquent qu’ils
ont eu un impact positif puisque les cas nosocomiaux sont à la baisse.
Des besoins de recherche restent, cependant, nécessaires pour améliorer
la prévention, notamment sur la prolifération des légionelles
dans les TAR (rôle du biofilm, des amibes, dispersion dans l’environnement…),
leur diffusion, sur les stratégies de contrôle (recensement et
entretien des installations, analyse des points critiques, danger de la phase
de nettoyage sous pression, surveillance environnementale, tests de détection
rapide fiable…) et la source de contamination des cas sporadiques. L’InVS, l’Ineris
et l’Afsse ont proposé aux pouvoirs publics un plan commun de recherche
opérationnelle sous la forme d’une action concertée pour améliorer
les connaissances nécessaires à la maîtrise du risque.
Due à une bactérie, hôte naturel de l’environnement hydro-tellurique,
la légionellose a été identifiée il y a une trentaine
d’années dans les pays occidentaux, où elle se développe
en relation avec le progrès technologique et avec l’augmentation de
la fréquence du terrain favorable aux infections de la population
(vieillissement, maladies chroniques, terrain pulmonaire, tabagisme…). Cependant,
les données disponibles n’indiquent pas qu’il s’agisse d’un phénomène
actuellement en recrudescence notable en France. La surveillance, qui s’est
beaucoup améliorée en France, permet de caractériser
de mieux en mieux les sources susceptibles d’être à l’origine
de contamination collective et de les détecter de plus en plus tôt.
Néanmoins, ces progrès ne permettent pas de garantir la suppression de tout risque, même si les efforts de prévention laissent penser que la fréquence des épidémies va diminuer dans les années à venir. La légionellose demeure une maladie grave, sa létalité étant de l’ordre de 15 %. L’ensemble de ces éléments justifie la vigilance et les mesures de réduction des risques développées et incite également à poursuivre les travaux de recherche.
Contacts presse :
- Elsa Vidal, tel. 01-41-79-69-59
- Laetitia G. Benadiba, tel. 01-41-79-67-08
Pour plus d’informations :
- Site de l’InVS : http://www.invs.sante.fr,
rubrique surveillance
- Site du ministère de la Santé et de la Protection sociale
: http://www.sante.gouv.fr,
dossier alphabétique “légionellose”.
Nota Bene :
La prochaine édition du Bulletin
épidémiologique hebdomadaire (n°36/37), consacrée à
la légionellose, paraîtra le 7 septembre et comprendra les articles
suivants :
- Les légionelloses déclarées en France en 2003
- Cas groupés de légionellose, Montpellier, France, 2003
- Cas groupés de légionellose, Poitiers, France, 2003
- Épidémie communautaire de légionellose, Pas-de-Calais,
France, novembre 2003-janvier 2004
- Enquête cas-témoins de cas groupés communautaires de légionellose,
Pas-de-Calais, France, novembre 2003 - janvier 2004
- Évaluation de la dispersion atmosphériqued'aérosols potentiellement
contaminés lors de l’épidémie de légionellose de
la région de Lens.
| Institut
de veille sanitaire Mise à jour le 25 août 2004 |
Contacts
|