Infections ou colonisations à Acinetobacter baumannii multi-résistant
aux antibiotiques, France
Point sur la situation au 29 décembre 2003
De juillet à décembre 2003, 29 établissements de
santé dans 7 départements (Nord, Pas de Calais, Aisne,
Ardennes, Marne, Tarn et Rhône) ont signalé des cas d’infections
ou colonisations à Acinetobacter baumannii présentant le
même profil de résistance aux antibiotiques (Figure 1).
Acinetobacter baumannii est une bactérie fréquemment
résistante à de nombreux antibiotiques, qui est responsable
d’épidémies d’infections nosocomiales (infections pulmonaires,
bactériémies, infections de plaies et de brûlures,
...) le plus souvent dans des services accueillant des patients fragilisés
(réanimation par exemple). Elle peut persister longtemps dans
l’environnement hospitalier et sa transmission est manuportée.
En France, elle représente 1,2% des micro-organismes isolés
d’infections nosocomiales [1] ; en réanimation, elle est isolée
dans 5% des infections pulmonaires [2]. La létalité des
infections nosocomiales à Acinetobacter baumannii varie
entre 17 et 46% pour les septicémies, et peut atteindre 70% pour
les pneumopathies [3]. Cette bactérie n’est pas pathogène
chez l’individu bien portant et n’est que très rarement responsable
d’infections en communauté.
La souche d’Acinetobacter baumannii détectée
dans ces établissements a été identifiée
pour la première fois dans le Nord de la France en juillet 2001
[4]. Elle a acquis des caractéristiques de résistance aux
antibiotiques originales qui la rendent préoccupante mais qui
facilitent son identification. Elle produit une enzyme (béta-lactamase à spectre élargi,
ou BLSE, de type VEB-1) qui la rend résistante à toutes
les béta-lactamines ; la souche reste seulement sensible à deux
antibiotiques : l’imipénème et la colistine (Figure 2).
Dans un contexte épidémique non maîtrisé,
l’apparition d’une souche également résistante à l’imipénème
est une possibilité à ne pas exclure.
Figure 1 – Nombre d’établissements de santé ayant
signalé un ou plusieurs cas d’infection ou colonisation à Acinetobacter
baumannii producteur de BLSE, France, juillet à décembre
2003.

Figure 2 – Antibiogramme en milieu gélosé d’une
souche d’Acinetobacter baumannii productrice de béta-lactamase
VEB-1.

Nombre de cas au 29 décembre 2003
Un cas probable est défini comme tout patient infecté ou
colonisé en 2003 par une souche d’Acinetobacter baumannii dont
le profil de résistance est similaire à celui de la souche
isolée en juillet 2001 [5] ; les cas certains sont ceux pour lesquels
la production de BLSE de type VEB-1 est confirmée par le laboratoire
expert.
Au 29 décembre 2003, 29 établissements de santé ont
identifié 141 cas probables entre avril et décembre 2003
; 21 (15 %) patients étaient décédés à la
date du signalement. Une revue de chaque décès est nécessaire
pour apprécier son lien éventuel avec l’infection. Sur
184 souches d’Acinetobacter baumannii isolées et transmises au
laboratoire expert par ces établissements, 176 (96%) sont confirmées
productrices de BLSE de type VEB-1.
Par ailleurs, des cas d’infections ou de colonisations à Acinetobacter
baumannii due à des souches différentes (non productrice
de BLSE de type VEB1) ont été signalées dans le
cadre de cette alerte dont ceux survenus en décembre dans le
service de réanimation de l’hôpital Henri Mondor.
Mesures de contrôle et de prévention
Le contrôle d’une épidémie à Acinetobacter
baumannii nécessite des efforts importants : respect strict
des procédures d’hygiène habituelles (lavage des mains),
nettoyage soigneux des surfaces, mise en place de protocoles d’isolement,
de dépistage systématique des patients porteurs, de signalisation
de ces patients lorsqu’ils sont transférés, et dans des
cas extrêmes la fermeture temporaire des services [6].
Chaque signalement fait l’objet d’une investigation en collaboration avec les équipes
opérationnelles d’hygiène des établissements, les C.CLIN
et les DDASS.
Les actions en cours portent sur :
a) une sensibilisation de tous les établissements de santé afin
d’identifier de façon précoce les cas ;
b) un accompagnement des établissements concernés dans la mise
en œuvre des mesures de contrôle ;
c) une expertise des souches isolées qui sont transmises à un
laboratoire expert (Service de Bactériologie-Virologie-Hygiène,
CHU de Bicêtre, Le Kremlin-Bicêtre, 94).
Le C.CLIN Paris-Nord a diffusé des recommandations pour la surveillance
et le contrôle de ces infections à tous les établissements
de la région Nord – Pas de Calais (Encadré 1). Dans le
cadre du Réseau d’Alerte, d’Investigation et de Surveillance des
Infections Nosocomiales (RAISIN), l’InVS a transmis des recommandations
pour la surveillance aux autres C.CLIN (Encadré 2).
Encadré 1 - Recommandations du C.CLIN Paris-Nord
aux établissements de santé de la région
Nord – Pas-de-Calais, octobre 2003.
Sur la base des recommandations existantes [7] et des investigations
actuellement menées, le C.CLIN Paris-Nord recommande aux établissements
de santé de :
1. signaler (décret du 26/07/01) tout cas d’infection
et/ou colonisation à Acinetobacter baumannii producteur
d’une BLSE au C.CLIN et à la DDASS, en joignant l’antibiogramme à la
fiche de signalement. L’antibiogramme retrouve une sensibilité unique à l’imipenem,
des sensibilités variables à la ticarcilline/acide
clavulanique et la pipéracilline/tazocilline, et une
image de synergie entre les disques de ceftazidime et ticarcilline/acide
clavulanique [4] ;
2. conserver les souches suspectes et contacter le laboratoire expert
pour décider avec lui d’un envoi éventuel des souches
pour expertise microbiologique ;
3. informer les équipes médicales et paramédicales
de l’établissement de la circulation de cette souche épidémique
dans la région ;
4. prévoir un dépistage systématique (axillaire,
pharyngé et rectal) dans les services à haut risque (comme
la réanimation) ;
5. limiter les mouvements internes et les transferts de patients dans
d’autres structures, si ceux-ci ne sont pas nécessaires ;
6. notifier le caractère porteur d’Acinetobacter baumannii multi-résistant
sur la fiche de transmission et le dossier du patient lors des transferts
(comme il est recommandé pour les autres BMR comme les SARM
et entérobactéries productrices de BLSE) ;
7. renforcer les mesures d’isolement et de respect des précautions
standard en cas de patients infectés et/ou colonisés
dans un des services de l’établissement ;
8. renforcer les procédures de bio nettoyage des services où ont été identifiés
les cas ;
9. veiller au bon usage des antibiotiques dans les services à risque
(réanimation et pneumologie).
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Encadré 2 - Recommandations du RAISIN aux C.CLIN,
octobre 2003.
L’Institut de Veille Sanitaire recommande aux C.CLIN et leurs
coordinateurs des réseaux de surveillance des bactéries
multi-résistantes (BMR) de :
1. prévenir leurs correspondants habituels (présidents
de CLIN, équipes opérationnelles d’hygiène,
laboratoires de microbiologie) de l’épidémie
régionale à Acinetobacter baumannii identifiée
dans le nord de la France ;
2. demander aux établissements de santé de leur interrégion
de signaler (décret du 26/07/01) tout cas d’infection et/ou
colonisation à Acinetobacter baumannii producteur d’une
BLSE au C.CLIN et à la DDASS, en joignant l’antibiogramme à la
fiche de signalement. L’antibiogramme retrouve une sensibilité unique à l’imipenem,
des sensibilités variables à la ticarcilline/acide clavulanique
et la pipéracilline/tazocilline, et une image de synergie entre
les disques de ceftazidime et ticarcilline/acide clavulanique [4] ;
3. informer sans délai l’Institut de Veille Sanitaire de tout
nouveau cas porté à leur connaissance ;
4. demander aux établissements de santé de conserver
les souches suspectes et de contacter pour conseil éventuel
leur laboratoire référent habituel ;
5. diffuser aux établissements de santé des recommandations
de prévention et de contrôle des infections à Acinetobacter
baumannii adaptées à la situation épidémique
locale, régionale ou nationale.
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Commentaires au 29 décembre 2003
Depuis le 3 décembre, 29 cas supplémentaires d’infection
ou colonisation à A. baumannii producteur de BLSE VEB-1
ont été identifiés. L’épidémie concerne à ce
jour 29 établissements dans 7 départements. Elle touche
essentiellement les régions Nord – Pas de Calais et Champagne
– Ardennes. Cependant, 3 cas ont été récemment signalés
dans les départements du Tarn et du Rhône, ce qui justifie
le maintien d’une alerte nationale, relayée dans chaque région
par les C.CLIN concernés (Paris-Nord, Est, Sud-Est et Sud-Ouest).
Conclusion
L’émergence et la diffusion récentes de cette souche d’Acinetobacter
baumannii multi-résistante est préoccupante et elle est le
reflet de l’importance du problème posé par les bactéries
multi-résistantes aux antibiotiques en France.
Elle souligne l’intérêt des réseaux de surveillance et
d’alerte (signalement) mis en place depuis quelques années, et du respect
par les établissements de santé des recommandations pour la maîtrise
de la diffusion des bactéries multi-résistantes [7].
Références
1. Enquête nationale de prévalence des infections nosocomiales,
InVS/RAISIN, 2001. http://www.invs.sante.fr/publications/2003/raisin_enp_2001/index.html
2. Réseau de surveillance des infections en réanimation, C.CLIN
Sud-Ouest, 2001.
http://www.cclin-sudouest.com/
3. Allen DM, Hartman BJ. Acinetobacter species. In: Mandell GL, Bennett JE,
Dolin R Ed. Principles and Practice of Infectious Diseases, 5th Edition. Philadelphia:
Churchill Livingstone; 2000: 2339-44.
4. Service de Bactériologie-Virologie-Hygiène, CHU de Bicêtre,
Le Kremlin-Bicêtre (94). Phénotype de résistance aux antibiotiques
compatible à celui de la souche de Acinetobacter baumannii productrice
de la béta-lactamase VEB-1: document
disponible au format pdf.
5. Poirel L, Menuteau O, Agoli N, Cattoen C, Nordmann P. Outbreak of extended-spectrum
?-lactamase VEB1-producing isolates of Acinetobacter baumanii in a
French hospital. J Clin Microbiol 2003;(41): 3542-7.
6. Villegas MV, Hartstein AI. Acinetobacter outbreaks, 1977-2000. Infect Control
Hosp Epidemiol 2003;(24): 284-95.
7. Comité Technique National des Infections Nosocomiales. Maîtrise
de la diffusion des bactéries multi-résistantes aux antibiotiques,
1999, 23 p. http://www.sante.gouv.fr/htm/pointsur/nosoco/bacteries/maitbact.html
Autres sites à consulter
1. C.CLIN Paris-Nord : Epidémie d’infections & colonisations à Acinetobacter
baumannii BLSE, région Nord – Pas de Calais, recommandations, octobre
2003. http://web.ccr.jussieu.fr/cclin/Alertes&Avis/AlertesAccueil.html
2. Ministère de la Santé, de la Famille et des Personnes Handicapées
: Dossier « Infections nosocomiales ». http://www.sante.gouv.fr/htm/pointsur/nosoco/nosoco.html
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