Foyers de botulisme de type B Iiés à la consommation de saucisson hallal, France, août 2003

 

Deux foyers confirmés de botulisme de type B ont été déclarés aux directions départementales des affaires sanitaires et sociales (Ddass) le 1er septembre 2003 : un foyer familial de 3 cas dans les Bouches du Rhône et un cas isolé en Loire-Atlantique.

Les 1ers symptômes de botulisme des 4 patients sont apparus le 25 août 2003. Ils ont tous présenté une forme modérée de botulisme (sécheresse buccale, dysphagie, diplopie, troubles de l'accommodation). Ils ont été hospitalisés quelques jours, mais n'ont pas nécessité d'assistance respiratoire. L'évolution a été favorable pour tous.

Ces patients avaient en commun la consommation de saucisson hallal de même marque, fabriqué avec de la viande de bœuf et de la viande de volaille produit par un même établissement situé dans les Bouches du Rhône.
De la toxine botulique de type B a été mise en évidence par le Centre national de référence des bactéries anaérobies et du botulisme dans le saucisson consommé par le patient de Loire-Atlantique.

La direction départementale des services vétérinaires (DDSV) des Bouches du Rhône a réalisé une enquête au sein de l'établissement producteur pour identifier les lots potentiellement contaminés, l'origine de la contamination et la distribution géographique des produits vendus par cette entreprise.

Le 5 septembre, un retrait portant sur les 3 lots différents de saucisson qui étaient en vente dans les magasins où s'approvisionnent les cas, a été réalisé par la Direction générale de l'alimentation, de la pêche et des affaires rurales. Un communiqué de presse a été diffusé.
L'origine de la contamination n'ayant pu être identifiée, le retrait a été étendu le 12 septembre à tous les produits ayant une DLC antérieure au 12 mars 2004 (saucissons, mortadelles, pavés, roulades et délices et bloc de dinde sous boyaux plastiques).
Par ailleurs, ces produits étant distribués en Italie, aux Comores et en Espagne, des alertes européennes ont été diffusées les 12 et 22 septembre.

Trois nouveaux cas suspects de botulisme ont été identifiés le 19 septembre et sont en cours de confirmation. Ces trois cas familiaux ont présenté des signes cliniques de botulisme le 1er et 2e septembre. Ils auraient consommé du saucisson et d'autres produits hallal avant le retrait du 5 septembre. L'investigation sur l'origine des produits consommés par ces cas est en cours.


Le botulisme est une neuro-intoxication due à une puissante neurotoxine bactérienne, produite par Clostridium Botulinum. Sept types de toxine botulique (A,B,C,D,E,F,G) ont été décrites ; le botulisme humain est essentiellement associé aux toxinotypes A, B et E [1,2].
Le plus souvent de 12 à 36 heures, la période d'incubation du botulisme peut varier de 2 heures à 8 jours selon la quantité de toxine ingérée. Cliniquement, le botulisme est caractérisé par des signes d'atteintes neurologiques résultant de l'action des toxines botuliques. Les premières manifestations cliniques consistent généralement en des troubles oculaires (diplopie, troubles de l'accommodation, etc.). Puis survient une dysphagie avec sécheresse buccale parfois associée à une dysphonie. La constipation, la dysurie et l'asthénie physique sont des signes très constants. Dans les formes graves, des paralysies peuvent atteindre les muscles périphériques et respiratoires, nécessitant une assistance respiratoire.
La létalité du botulisme est variable selon le type de toxine en cause, les toxinotypes A et E étant responsables des formes les plus graves [3]. En France, la létalité rapportée n'a jamais dépassé 6% depuis les années 50 et depuis le début des années 90, les décès par botulisme rapportés sont rares [3, 4].

En France, le botulisme, maladie à déclaration obligatoire, est une affection rare ; son incidence est stable depuis 1990 avec une moyenne annuelle de 15 foyers et 28 cas. Le toxinotype B est le plus fréquemment mis en cause et est impliqué dans 87 % des foyers. En France, les foyers de botulisme recensés sont a priori d'origine alimentaire. Les aliments les plus fréquemment en cause sont des salaisons, charcuteries et conserves de fabrication familiale. Depuis 1990, des aliments d'origine commerciale ou industrielle ont été impliqués ou mis en cause dans la survenue de 23 foyers sur 137 [4, 5].


Références

1- Popoff MR., Carlier JP. Botulisme, épidémiologie, approches thérapeutiques et préventives, utilisation thérapeutique des neurotoxines. Antibiotiques (2001) ; 3 : 149-162.
2- Woodruff BA., Griffin PM., McCroskey LM. et al. Clinical and laboratory comparison of botulinum toxin A, B and E in the United States, 1975-1988. J Infect Dis (1992) ; 166 :1281-6.
3- Haeghebaert S., Popoff MR., Carlier JP., Pavillon G., Delarocque-Astagneau E. Caractéristiques épidémiologiques du botulisme humain en France, 1991-2000. BEH n°14/2002 : 57-59.
4- Carlier JP, Henry C., Lorin V., Popoff MR. Le botulisme en France à la fin du deuxième millénaire (1998-2000). BEH n°9/2001: 37-39.
5- Haeghebaert S., Carlier JP., Popoff MR. Caractéristiques épidémiologiques du botulisme humain en France, 2001 et 2002. BEH n°29/2003 : 129-30.

Équipe d'investigation :
Institut de veille sanitaire, les Directions départementales des affaires sanitaires et sociales et les Directions départementales des services vétérinaires des Bouches du Rhône et de Loire Atlantique, le Centre National de Référence des bactéries anaérobies et du botulisme et la Direction Générale de l'Alimentation.

 

 

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Mise en ligne le 24 septembre 2003
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