Evaluation de l’action d’incitation au dépistage de la syphilis à Paris

 

E. Couturier 1, A. Michel 1, A-L. Basse-Guérineau 2, J. Warszawski 3, A. Laporte 1, J-C. Desenclos 1
1InVS ; 2 Service de Bactériologie, Cochin ; 3 INSERM U 569


La recrudescence de la syphilis à Paris a amené l’Institut de Veille Sanitaire à mettre en place un réseau de surveillance à partir de la fin 2000. Devant l’augmentation rapide du nombre de cas, une campagne d’incitation au dépistage de la syphilis a été lancée à Paris, de mai à septembre 2002, par la DGS, la DASES et la DASS-75. Cette campagne cible les professionnels de santé, les acteurs de prévention associatifs et le public homosexuel. Elle consiste en une information sur la syphilis, une incitation au dépistage et une offre ponctuelle (15 mai au 30 septembre 2002) de dépistage anonyme et gratuit de la syphilis dans toutes les CDAG parisiennes. L’InVS a été chargé d’évaluer l’impact de la campagne de dépistage de la syphilis à partir de l’activité de dépistage dans les CDAG, et en ville dans les laboratoires d’analyses de biologie médicale (LABM) ainsi que sur le nombre de syphilis dépistées dans le réseau de surveillance et sur la quantité de prescription d’ExtencillineR.

Sources des données

1) De mai à septembre 2002, dans les 11 CDAG parisiennes ont été recueillis pour chaque consultant : âge, sexe, motifs de consultation, facteurs de risque de syphilis (rapport homosexuel, rapport hétérosexuel si 3 partenaires ou plus dans les 12 derniers mois, signes cliniques évocateurs d’une MST, antécédents de syphilis, partenaire avec syphilis, doute sur le partenaire). Les sérologies TPHA/VDRL étaient proposées en présence d’au moins un des facteurs de risque listés ci-dessus. Quatre groupes de consultants ont été définis : homo/bisexuels, hétérosexuels multipartenaires, consultants avec d’autre(s) facteur(s) de risque (signes cliniques évoquant une syphilis, une autre MST, antécédents de syphilis, partenaire avec syphilis, doute sur le partenaire) et sans facteur de risque.

2) De janvier 2001 à décembre 2002, 57 LABM volontaires publics et privés de Paris (sur 200) ont fourni chaque mois le nombre de TPHA/VDRL effectués et à partir de juin 2002, le nombre de diagnostics positifs selon l’âge, le sexe et le département de domicile.

3) Depuis janvier 2000, tous les cas de syphilis diagnostiqués dans un réseau de surveillance parisien (DAV/CDAG, consultations hospitalières, réseau de médecins de ville) et correspondant à une définition de cas standardisée ont été collectés (âge, sexe, orientation sexuelle, clinique, sérologie VIH).

4) Depuis janvier 2001, la vente mensuelle d’ExtencillineR par les officines privées de Paris a été obtenue auprès d’un organisme spécialisé dans la distribution de médicaments.

Evaluation dans les CDAG/DAV

Dans les 11 CDAG, de mai à septembre 2002, 23756 questionnaires ont été collectés. Le nombre de questionnaires reçus par semaine d’enquête a été d’environ 1200, chiffre supérieur à 970 consultants en moyenne obtenu lors d’une enquête ponctuelle réalisée dans les CDAG parisiennes en 2000. Parmi les questionnaires reçus, 6841 ont été tirés au sort pour être analysés. Le sexe ratio des consultants était de 2 hommes pour une femme, l’âge moyen de 30,4 ans. La distribution par groupe était la suivante : 19,3% homo/bisexuels, 26,8% hétérosexuels multipartenaires, 14,4% avec au moins un des autres facteurs de risque, 31,5% aucun facteur de risque et 8% facteur de risque inconnu. Les proportions de consultants homo/bisexuels étaient respectivement par mois d’enquête de 18,9%, 22,6%, 19,5%, 19,2% et 16,2%. Globalement, 67% des consultants ont eu une sérologie syphilis : plus de 90% parmi les consultants homo/bisexuels, hétérosexuels multipartenaires, avec au moins un des autres facteurs de risque et 22% pour ceux n’ayant pas de facteur de risque de syphilis.

Au total, 544 consultants ont eu une sérologie syphilis positive. Ces sérologies ont été classées en cicatrice sérologique (373), en syphilis évolutive probable (155) et en syndrome des anticardiolipides (16). Parmi les 155 consultants ayant une sérologie évocatrice d’une syphilis évolutive probable, le sexe ratio était de 10 hommes pour une femme, l’âge moyen de 37 ans. La distribution par groupe de consultants était la suivante : 98 (63,2%) homo/bisexuels, 15 (9,7%) hétérosexuels multipartenaires, 23 (14,8%) avec au moins un des autres facteurs de risque, 6 (3,9%) aucun facteur de risque et 13 (8,4%) un facteur de risque non documenté.

Parmi ces 155, 19 (12,3%) avaient des signes cliniques évoquant une syphilis (chancre, éruption), 112 (72,3%) n’avaient pas de tels signes et pour les 24 autres (15,5%) l’information était manquante. Parmi ces 155 consultants, 12 (7,7%) ont découvert leur statut sérologique VIH (+), 97 (62,6%) étaient VIH (-) et les 46 autres (29,7%) n’ont pas eu de test VIH (26 sur ces 46 connaissaient déjà leur statut VIH positif).

La prévalence globale de la syphilis était de 1,02% [IC à 95% 0,89-1,16]. Parmi les homo/bisexuels, elle était de 2,38% [1,98-2,77] et de 0,27% [0,15-0,40] parmi les hétérosexuels multipartenaires. La prévalence parmi les consultants sans facteur de risque était de 0,38% [0,10-0,67].

La prévalence globale du VIH était de 0,99% [0,74-1,24]. La prévalence VIH parmi les consultants syphilis(-) était de 0,94% [0,65-1,22] et de 11,01% [5,12-16,89] parmi les syphilis(+).

Activité mensuelle de dépistage de la syphilis dans les LABM de Paris

Dans les LABM volontaires, le nombre de TPHA/VDRL a augmenté régulièrement de février à juillet 2002 comparé à la même période en 2001 (Figure 1). Le sexe ratio des personnes dépistées syphilis (+) est de 9 hommes pour une femme.

Surveillance de la syphilis

A Paris

Au total, 381 cas de syphilis infectieuse (primaire, secondaire, latente précoce) ont été diagnostiqués, 30 cas en 2000, 148 cas en 2001 et 203 en 2002 (données provisoires au 04/11/2002) (Figure 2). Ces 381 cas ont été diagnostiqués dans les DAV/CDAG (285 ; 74,8%), dans un réseau de médecins de ville (89 ; 23,4%) et dans des consultations hospitalières (7 ; 1,8%).

Parmi les 381 cas, 208 (54,6%) sont séropositifs. Parmi ceux-ci, 84,6% (176) connaissaient leur statut VIH (+) et 15,4% (32) l’ont découvert lors du diagnostic de syphilis. 

Hors Paris

Au total, 87 cas de syphilis infectieuse ont été diagnostiqués, 7 cas en 2000, 46 cas en 2001 et 34 en 2002 (données provisoires au 04/11/2002). Ces 87 cas ont été diagnostiqués principalement dans des consultations hospitalières et les caractéristiques des cas (âge, sexe, statut VIH positif) sont très proches de celles des cas parisiens.

Vente d’ExtencillineR

La vente d’ExtencillineR dans les officines privées de Paris est restée relativement stable de janvier 2001 à mai 2002 et a augmenté brutalement entre mai et juin 2002 (Figure 4).

Points importants

  • Au cours des mois d’enquête dans les CDAG, on a noté

  1. une recrudescence du nombre de consultants.

  2. une augmentation temporaire (mai à juillet) de la proportion d’homosexuels consultant dans les CDAG.

  3. la prévalence de la syphilis est 9 fois plus élevée parmi les homosexuels (2,38%) que parmi les hétérosexuels multipartenaires (0,27%) consultant dans les CDAG.

  4. la prévalence du VIH est de 0,99% parmi les consultants.

  • Dans le réseau de surveillance à Paris, on a constaté une augmentation des cas de syphilis diagnostiqués en 2002 (à partir du 2ième trimestre) et une proportion croissante de syphilis asymptomatique (latente précoce) entre 2000 et 2002.

L’augmentation du nombre de cas de syphilis primaire, indicateur d’une infection récente, témoigne du maintien de la transmission de la syphilis.

  • Le réseau de surveillance hors Paris est en cours de constitution et les chiffres collectés actuellement ne sont pas représentatifs de la situation nationale.

  • L’impact de l’information et de l’incitation au dépistage de la syphilis auprès des professionnels de santé est vérifié par l’augmentation du nombre de tests syphilis dans les LABM et par la consommation croissante d’ExtencillineR, médicament utilisé quasi exclusivement pour traiter la syphilis.

Conclusion

La campagne a eu un impact effectif sur le dépistage de la syphilis dans les CDAG (augmentation du nombre de consultants) et dans les laboratoires d’analyses de biologie médicale (augmentation du nombre de tests), sur la prise en charge diagnostique et thérapeutique des personnes ayant une syphilis infectieuse (augmentation du nombre de cas dans le réseau de surveillance, augmentation des ventes d’ExtencillineR dans les officines). L’incitation au dépistage de la syphilis doit se poursuivre. En effet, l’augmentation de la proportion d’homosexuels consultant dans les CDAG a été limitée dans le temps. Par ailleurs, le nombre de syphilis primaire identifié en 2002 suggère que la transmission de la syphilis persiste à Paris.

Figure 1. Nombre de tests TPHA/VDRL par mois, 20 laboratoires d'analyses de biologie médicale, Paris, janvier 2001-septembre 2002

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Figure 2. Nombre de cas de syphilis par trimestre, Paris, 2000-2002 (*au 4/11/2002)

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Figure 3. Nombre de cas par type de syphilis et par an, Paris, 2000-2002 (au 4/11/2002)

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Figure 4. Vente d'unités d'ExtencillineR 2.4 MUI dans les officines privées, Paris, janvier 2001-septembre 2002

 

 

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Institut de veille sanitaire
Mise en ligne le 14 novembre 2002
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