|
Maisons-Alfort, le 5 mars 2002
Réponse de l'Agence française de sécurité sanitaire
des aliments
et de l'Institut de veille sanitaire relative à l'exposition aux dioxines
via le lait maternel et à la possibilité de définir une
valeur limite
de précaution résultant d'un consensus scientifique.
L'Agence
française de sécurité sanitaire des aliments et
l'Institut de Veille Sanitaire ont été saisis le 3 janvier
2002 (1) sur le problème de l'exposition
aux dioxines via le lait maternel afin de savoir si une valeur limite
de précaution, résultant d'un consensus scientifique
peut être définie. Cette demande s'inscrit dans le contexte
d'une forte préoccupation des mères allaitantes vivant
au voisinage d'un incinérateur rejetant dans l'air des taux élevés
de dioxines.
D'où viennent les dioxines ?
Les dioxines (2) (nom général
qui recouvre plusieurs entités chimiques voisines : les PCDD -75
congénères dioxines- et les PCDF -135 congénères
furanes) apparaissent notamment au cours de la combustion de matériaux
organiques tels que lors de l'incinération de déchets domestiques
ou industrielsle. Elles sont peu hydrosolubles, très stables (rémanentes),
très peu bio-dégradables (biopersistantes). Elles présentent
donc une grande capacité à pénétrer dans
les cellules vivantes et un fort potentiel d’accumulation dans les tissus
graisseux et dans les chaînes trophiques (bioaccumulation et biomagnification).
Les évaluations de risque prennent habituellement en compte 7
congénères de dioxines et 10 congénères de
furanes. Les résultats sont exprimés par rapport au congénère
le plus toxique, la 2,3,7,8 TCDD, généralement en picogrammes
d'équivalent toxique (TEQ) par gramme de matière grasse
(pg TEQ/g MG).
Dans le cas d’émissions atmosphériques
(adsorption sur les poussières), les particules chargées
en dioxines se déposent à la surface des végétaux
et sur les sols. Les végétaux constituent donc des marqueurs
des retombées atmosphériques, les sols représentant
la mémoire des contaminations. Les particules riches en dioxines
se déposefixnt sur la cuticule à la surface des végétaux
(peu d’influence de la pluie ou du lavage) et seront absorbées
par les ruminants qui concentreront ensuite les dioxines dans leurs graisses.
Les dioxines fixées dans les particules du sols ne sont pas absorbées
par les racines des végétaux, mais peuvent contaminer les
animaux par ingestion directe. En terme de concentration, les niveaux
en dioxines dans les végétaux (y compris les graisses végétales)
sont en général faibles, alors que les graisses animales
sont en général plus contaminées. De ce fait, les
produits laitiers et les viandes riches en graisses, en particulier les
abats, ainsi que les œufs, sont susceptibles d’être contaminés.
La voie majeure de l'exposition humaine est l'alimentation
qui représente 90% à 98% des apports, les autres voies
dont l'inhalation ne représentant que de 2 à 10%.
Données toxicologiques
De nombreuses études ont été conduites
sur les animaux de laboratoire pour évaluer les différents
effets toxiques des dioxines selon les doses administrées et les
durées d'exposition.
Parmi les effets rapportés chez l'animal de laboratoire
comme consécutifs à des expositions aiguës, subaiguës
et chroniques, on peut citer le développement de certainsa cancersérogénicité,
dles effets sur la reproduction (baisse de la fertilité, rôle
de perturbateur endocrinien) et le développement (fœtotoxicité et
tératogénicité), une immunotoxicité, une
neurotoxicité, des altérations des systèmes enzymatiques
hépatiques, …
L'activité cancérogène observée
chez l‘animal, ainsi qu’un certain nombre d’observations rapportées
par des études épidémiologiques (même si celles-ci
restent encore discutées) sur l’augmentation du nombre de certains
cancers chez des personnes exposées, sont à l’origine du
classement de la 2,3,7,8 TCDD (l’un des 7 congénères de
dioxines) en tant que "cancérogène pour l’homme" (groupe
1) par le Centre International de Recherche sur le Cancer (CIRC) en 1997.
Chez l’homme, l'exposition à de très fortes doses induit
le développement d'une chloracné et des excès de
risque de cancer n'ont été évoqués que dans
des populations très exposées à (plus de 100 à 1000
fois la dose moyenne de la population générale) et, de
plus, à des mélanges complexes ; les effets des faibles
doses restent cependant à mieux cerner.
A ce jour, aucune des dioxines n’a été trouvée
génotoxique (mutagène), ce qui explique le choix du modèle
d’évaluation des risques conduisant à la définition
d'une Dose Journalière Tolérable (DJT)
La cancérogénicité des autres congénères
de dioxines et furanes et la tératogénicité de l'ensemble
de ces molécules restent suspectées mais ne sont pas définitivement
démontrées par les études épidémiologiques
en raison, notamment, de la complexité des expositions et de la
durée de latence nécessaire avant l'apparition de symptômes
liés à une exposition à de faibles doses. D'une
façon générale, les résultats actuellement
disponibles ne sont cependant pas évocateurs d'un fort potentiel
cancérogène ou tératogène de ces produits
pour l'homme, les animaux utilisés pour les études expérimentales
semblant présenterés une sensibilité plus grande
vis-à-vis de ces substances.
A l’heure actuelle, les recherches portent surtout sur
les effets endocriniens touchant les hormones sexuelles et thyroïdiennes
et sur le développement neuro-comportemental de l’enfant.
Les études expérimentales chez l'animal
montrent que les effets biologiques ou toxicologiques des dioxines sont
liés aux niveaux d’exposition. Chez l’homme, la demi-vie de ces
composés dans l'organisme est d'environ 7 ans et la charge corporelle
tend à croître avec l’âge du fait d'une exposition
quotidienne à long terme.
Données épidémiologiques chez
l'enfant
Plusieurs études épidémiologiques
ont étudié la relation entre la charge corporelle en dioxines
et/ou PCB (3) de la mère (reflétée
par les concentrations sanguines ou dans le lait) et des effets éventuels
sur l'enfant.
Au Japon et à Taïwan, suite à deux
accidents de contamination alimentaire (huile de riz contaminée
lors du processus de production et présentant des taux aux alentours
de 1000 mg de PCB/kg et de 5 mg de furanes/kg), les enfants, allaités
ou non, nés de mères dont la charge corporelle était
de l'ordre de 2 à 3 µg TEQ/kg de poids corporel (basés
sur les furanes et les PCB dioxin-like), présentaient des altérations
sévères du développement. Il a été observé un
retard de croissance intra-utérin, un poids plus faible à la
naissance, une hyper-pigmentation, une augmentation des infections cutanées
et respiratoires, des altérations du développement neuro-comportemental
et sexuel, et une altération du développement des dents
de lait (Rogan et al. 1988, Chen et al. 1992, Chen et Hsu
1994). Il convient de préciser cependant que le niveau extrêmement élevé de
contamination, enregistré dans ces études, n'est pas représentatif
des niveaux de contamination environnementale susceptibles d'être
observés en dehors de tout épisode accidentel.
D'autres études épidémiologiques
internationales ont étudié les effets chez l'enfant d'une
exposition environnementale aux dioxines et/ou aux PCB (Feeley et Brouwer
2000) : 3 études longitudinales aux Etats-Unis (Michigan, Caroline
du Nord, Oswego), 1 étude suédoise( ?), 1 étude
finlandaise( ?), 2 études hollandaises (Rotterdam/Groningen,
Amsterdam), 1 étude allemande ( ?) et 1 étude japonaise
( ?).
Les études américaines (Michigan), suédoise
et finlandaise portaient sur les effets staturo-pondéraux et psychomoteurs
d’enfants selon la consommation maternelle de poissons pouvant être
riches en PCB. Bien que présentant parfois des résultats
contradictoires, elles montrent globalement un effet sur le poids de
naissance en relation avec l’exposition aux PCB.
L'étude (4) de Rotterdam-Groningen
réalisée aux Pays-Bas de 1990 à 1992 est intéressante
dans la mesure où elle est particulièrement intéressante
dans la mesure où elle a étudié de façon
plus précise l’effet de l’allaitement maternel. Elle concernait
418 mères et enfants : la moitié des enfants était
allaitée et l'autre nourrie au lait maternisé. Les concentrations
en dioxines et PCB dioxin-like dans le lait maternel allaient de 25 à 155
pg TEQ/g MG (valeur moyenne : 60 pg TEQ/g MG pour PCB et dioxines +PCB
dioxin like et 30 pg TEQ/g MG pour les seules dioxines). Les enfants
allaités du groupe le moins exposé (inférieur à la
moyenne) présentaient à 7 mois de meilleurs résultats
aux tests psychomoteurs que les enfants nourris au biberon. Cependant,
bien que cet effet positif n'ait pas été observé dans
le groupe le plus exposé (supérieur à la moyenne
), les résultats des tests psychomoteurs des enfants allaités
n'étaient pas différents de ceux des enfants du groupe
témoin (nourris au biberon).
Sur cette même population d’enfants, lLe développement
neurologique et cognitif des enfants a été suivi étudié également à 18,
42 mois et 6 ans (Boersma et Lanting 2000). Les résultats indiquent
un effet négatif modéré de l’exposition prénatale
aux PCB sur le développement neurologique et cognitif de l’enfant
jusqu’à l’âge scolaire. Toutefois, Mais iils montrent aussi
que l’allaitement maternel compense les effets adverses des PCB et dioxines
sur le développement. Ainsi, un effet négatif de l’exposition
prénatale sur le résultat de l’examen neurologique a été observé chez
les enfants nourris au lait maternisé, mais pas chez ceux qui étaient
allaités. En dépit d’une exposition plus importante aux
PCB et dioxines dans le lait maternel, il a été observé un
effet bénéfique de l’allaitement maternel à 18,
42 mois et 6 ans, visible en terme de qualité des mouvements et
sur les tests de développement cognitif.
Le léger déficit neuro-psychomoteur rapporté dans
cette étude serait du à une exposition prénatale in
utero en particilier aux PCB plutôt qu'à une exposition
post-natale via le lait maternel. Dans le groupe le plus exposé les
résultats montrent aussi un poids plus faible à la naissance
et une altération du taux de certaines hormones thyroïdiennes.
Dans une autre étude, réalisée également
aux Pays-Bas (Amsterdam), l'exposition a été quantifiée
par la détermination des concentrations ende dioxines dans le
lait maternel (durée d'allaitement au moins 3 mois) et diverses
hormones thyroïdiennes ont été dosées. Les
enfants ont été classés (quel critère ?)
dans deux groupes d’exposition : [faibles expositions, m=18,6 pg
TEQ/g MG (8,7-28,0 pg TEQ/g) et fortes expositions, m=37,5 pg TEQ/g (29,2-62,7
pg TEQ/g)]. Les enfants nés de mères classées ne
montraient pas, dans pour le groupe le plus exposé, ne montraient
pas de diminution de poids à la naissance mais des altérations
du taux de certaines hormones thyroïdiennes et des paramètres
neuro-comportementaux (altérations parfois différentes
de celles observées dans l'étude de Rotterdam-Groningen)
par comparaison avec lees mères du groupe le moins exposé.
Si, au travers de ces études, l'association entre,
d’une part, l'exposition in utero aux dioxines et/ou aux PCB et, d’autre
part, l'altération des hormones thyroïdiennes et de certains
paramètres neuro-comportementaux semble cohérente, elle
n’a néanmoins pas été constamment retrouvée
dans d’autres études (Abraham, 2000 ; Matsuura, 2000)(ref ?).
Les connaissances sur les mécanismes d’action des dioxines, sur
les transporteurs et les récepteurs thyroïdiens et sur les
récepteurs spécifiques du tissu cérébral
ont progressé au cours des dernières années. Cependant,
les résultats concernant les différences de concentrations
d’hormones thyroïdiennes des nouveau-nés de mères
ayant des charges corporelles relativement importantes de dioxines et
PCB, PCDD et PCDF ne permettent pas de conclusions définitives
au regard de l’interprétation physiopathologique.Les variations
mentionnées dans les diverses publications ne sont pas du même
ordre de grandeur que les niveaux de PCDF, PCDD et PCB rapportés.
De plus, les modifications de concentrations observées semblent
transitoires ou restent dans l’étendue normale des laboratoires.
Concernant d'éventuels effets sur le système
immunitaire, l'augmentation du nombre de lymphocytes ou les modifications
de l'activité du complément observée à Seveso
ne permet pas d'en déduire clairement que les dioxines aient un
effet sur le système immunitaire.
En résumé, dans certaines études,
l’exposition in utero aux dioxines et PCB, PCDD et PCDF a parfois été retrouvée
associée à des effets sur le développement comprenant
un faible poids de naissance, des modifications des niveaux d’hormones
thyroïdiennes et un retard des fonctions psychomotrices et cognitives.
Cependant, à l’exception des deux cas accidentels liés à la
contamination d’huile de riz, ces effets restent modérés
et généralement dans les variations habituelles de la population.normale.
Ces effets sont associés à la charge corporelle de la mère
en dioxines et PCB. Peu, voire aucun effet, n’a été retrouvé associé avec
l’allaitement maternel seul.
Données d'exposition
L'Institut de Veille Sanitaire (InVS) et le CAREPS, à la
demande de la DGS et de l’ADEME, a coordonné une étude (5) visant à connaître
les teneurs en dioxines dans le lait maternel en France. Cette étude,
conduite en 1998 et 1999, en collaboration avec les lactarium français,
qui portaient sur 244 échantillons de lait provenant de mères
primipares et âgées de moins de 35 ans, montre que la concentration
moyenne est de 16,43 pg teq/g MG (6,5 – 34,3 pg teq/g MG). Ces résultats
peuvent être rapprochés de ceux d'une étude allemande
de 1998 qui portait sur 69 échantillons de lait de femmes primipares
dans lesquels les taux de dioxines mesurés allaient de 4,7 à 28,9
pg teq/g MG (moyenne : 12,54 pg teq/g MG).
Une tâche de coopération scientifique demandée
par la Commission européenne, qui avait pour objectif d'estimer
l'exposition de la population européenne aux dioxines, fait ressortir
que, entre 1995 et 1999 la concentration moyenne du lait des femmes variait,
selon les pays, entre 8 et 16,5 pg teq/g MG (3 pays), qu'entre 1990 et
1994 cette concentration variait entre 10 et 25 pg teq/g MG (7 pays)et
qu'avant 1990 les concentrations moyennes atteignaient des teneurs de
18 à 34 pg teq/g MG (5 pays). Cette étude met en évidence
une très nette décroissance des taux de contaminations
environnementales, due notamment à la réduction des émissions
atmosphériques des incinérateurs.
L’étude de Patandin et coll (1999) estime l’exposition
alimentaire aux PCB et dioxines de l’enfance à l’âge adulte.
Elle indique que l’allaitement maternel pendant des périodes de
3 et 6 mois correspondend respectivement à environ 7 % et 12 %
de l’apport alimentaire cumulé de dioxines et PCB jusqu’à 25
ans.
Charge corporelle en dioxines et lait maternel
Du fait de l'accumulation des dioxines dans les graisses,
la séquestration de ce contaminant et l'imprégnation humaine
esont le résultat de l'exposition tout au long de la vie. On observe
ainsi que le niveau d'imprégnation chez les femmes, mesuré par
le taux de dioxines dans le lait maternel, est d'autant plus élevé qu'elles
sont âgées au moment de la naissance de leur premier enfant.
La teneur en dioxines est a priori plus importante dans le lait
maternel des femmes primipares. La plupart des études européennes,
en particulier l'étude InVS/Careps, qui visait à évaluer
l'exposition par l'allaitement, portait sur des femmes primipares afin
de se situer dans des conditions reflétant l’exposition cumulée.
Données relatives à l'allaitement
Le lait de femme est un aliment évolutif ; les
changements de composition au cours de la lactation (colostrum, lait
de transition, lait définitif) et de la tétée (lait
plus riche en lipides en fin de tétée) sont utiles à l'enfant
dont les systèmes enzymatiques ne sont pas encore à maturité à la
naissance.
De nombreuses études ont été faites,
principalement aux Etats-Unis, pour évaluer les bénéfices
de l'allaitement maternel. Les avantages principaux avancés dans
ces études seraient les suivants :
- avantages psychoaffectifs. L'allaitement au sein
favorise une intimité corporelle plus étroite entre la
mère et l'enfant et des stimulations sensorielles intenses qui
renforcent les échanges nécessaires au développement
affectif et psychologique de l'enfant ;
- avantages immunologiques. L'importance des anticorps
spécifiques du lait de femme protège l'enfant des agents
pathogènes de son environnement. Il est évoqué notamment
une moindre fréquence des infections respiratoires, digestives,
des otites et des allergies. Par ailleurs, les protéines du lait
humain sont très peu on non allergéniques pour le nouveau
né et le nourrisson ;
- avantages nutritifs, digestifs et métaboliques.
Le lait de femme contient beaucoup moins de protéines (8 à 10g/L)
que le lait de vache (40 g/L). Des études américaines évoquentmontreraient
( ??? elles montrent ou pas ?) l'intérêt de l'allaitement
maternel dans la prévention de l'obésité et de l'hypertension
artérielle. Il semblerait qu'un excès de protéine
dans la petite enfance augmenterait le risque d'obésité à l'âge
adulte. De plus, le lait maternel apporte au nouveau né des nutriments
directement assimilables qu'il n'est pas encore capable de métaboliser
en raison de l'immaturité de son système enzymatique. La
faible teneur en sels minéraux contribue à réduire
les risques de déshydratation en cas de diarrhée ou de
fièvre.
Le plus important dans les études de ces
dernières décennies concerne l'intérêt des
acides gras poly-insaturés à chaîne longue (C22)
pour la croissance neuronale et rétinienne des bébés.
Aucun lait de mammifères terrestre autre que le lait de femme
n'en contient et les effets de la supplémentation des laits artificiels
pour nourrissons en ces éléments n'ont pas donné de
résultats probants.
Situation de Gilly sur Isère dans ce contexte
Après la constatation d'une pollution auxà la
dioxines aux abords de l'usine d'incinération des ordures ménagères à Gilly
sur Isère (activité suspendue depuis le 24 octobre 2001),
les teneurs en dioxines mesurées dans le lait de vache, les végétaux,
les sols et l'air atmosphérique indiquent la présence d'une
contamination environnementale importante au regard des teneurs maximales
fixées au niveau européen.
Des dosages de dioxines ont été réalisés
dans le lait de 11 femmes volontaires vivant au voisinage de l'incinérateur à Gilly
et depuis des périodes variables. Les résultats obtenus
ne peuvent pas être utilisés à des fins d'évaluation
d'exposition de la population résidant dans cette zone Een raison
du faible nombre d'échantillons et de l'absence d'un protocole
expérimental défini, indispensable à la réalisation
de telles études, les résultats obtenus ne peuvent pas être
utilisés à des fins d'évaluation d'exposition de
la population résidant dans cette zone.
Cependant, il peut être noté que les quelques
résultats disponibles se situent dans la fourchette des données
européennes (Tâche Scoop) et nationales (étude InVS/Careps).
L'Agence française de sécurité sanitaire
des aliments et l'Institut de veille sanitaire (6) estiment
que l'examen de l'ensemble des données actuellement disponibles
ne permet pas, sur le fondement d'une argumentation scientifique étayée,
de définir une valeur limite de précaution pour les dioxines
dans le lait maternel.
Il est en effet observé que :
- les études conduites dans différents
pays plaident en faveur de bénéfices de l'allaitement pour
le développement de l'enfant (nutritionnels, et digestifs, immunologiques
et psycho-affectifs) ;
- dans l'étude de Rotterdam-Groningen, il
n’est pas mis en évidence d’effets négatifs remettant en
cause ces bénéfices et attribuables à l’exposition
aux dioxines et aux PCB via le lait maternel, dans les différentes
populations suivies par rapport aux enfants nourris par le lait maternisé.
Il convient de noter que l'OMS, en 1998, soulignait que les légers
effets observés dans les études étaient associés à une
exposition trans-placentaire plutôt qu'à une exposition
par la lactation ; en dépit de la contamination du lait maternel,
elle renouvelait ses recommandations vis-à-vis des effets bénéfiques
de l'allaitement maternel ;
- dans les études rapportées ci-dessus,
les populations étudiées étaient le plus souvent
exposées à des mélanges hétérogènes
de dioxines et PCB, sur les plans qualitatif et quantitatif ;, il
est en conséquence difficile d'attribuer les effets observés
spécifiquement à l'une ou l'autre de ces familles de substances.
Les quelques données disponibles relatives aux
teneurs en dioxines dans le lait de femmes vivant au voisinage de l'incinérateur
de Gilly sur Isère, même si elles ne peuvent être
considérées comme représentatives d'une exposition
de la population locale, restent dans les fourchettes des résultats
des études nationale et européennes. (7)
ADe manière générale, afin d’apporter
des éléments de réponse à ces situations
de contamination environnementale, il serait souhaitable de mettre en
place une enquête épidémiologique nationale d'imprégnation
aux dioxines (voire également auxet PCB( ?) dans le lait
maternel et éventuellement dans les lipides sanguins (la charge
sanguine est représentative de la charge en certains PCB mais
pas de l’exposition aux dioxines !!) chez l’homme. Cela permettrait
de mieux connaître les Les facteurs contributifs de l’exposition
des populations aux dioxines (consommation d’aliments auto-produits,
résidence à proximité d’un incinérateur...)
pourraient ainsi être mieux connus. Restreinte à une échelle
locale, la réalisation d’une telle enquête se heurterait à des
limites méthodologiques, en particulier de puissance statistique,
pour en tirer des conclusions en termes épidémiologiques,
mais pourrait cependant permettre de disposer de données utiles
aux évaluations qui pourraient devoir être conduites à l’avenir
dans des situations d’exposition particulière aux dioxines.
|
Le Directeur général de l’Agence
française de sécurité sanitaire des aliments
Martin HIRSCH
|
Le Directeur général de l'Institut
de veille sanitaire
Jacques Drucker |
Bibliographie
Abraham K., Päpke O., Wahn U. and Helge H., No
measurable changes of biological parameters in breast-fed infants due
to POP background exposure. Organohalogen Compounds, 2000, 48 : 143-144.
AFSSA, Dioxines : données de contamination et
d'exposition de la population française. Rapport AFSSA, juin 2000.
(Disponible sur www.afssa.fr).
Auestad N et al., Growth and development in term
infants fed long-chain polyunsatureds fatty acids: a double-masked, randomised,
parallel, prospective, multivariate study, Peédiatrics, 2001,
108(2) : 372-381.
Boersma ER and Lanting CI. Environmental exposure to
polychlorinated biphenyls (PCBs) and dioxins. Consequences for long-term
neurological and cognitive development of the child lactation. Adv. Exp.
Med. Biol., 2000; 478 : 271-287.
Chen YC, Guo YL, Hsu CC, Rogan WJ, Cognitive development
of Yucheng (oil disease) children prenatally exposed to heat degraded
PCBs, J Am Med Assoc., 1992, 268 : 3213-3218.
Chen YC and Hsu CC, Effects of prenatal exposure to
PCBs on the neurological function of children, a neuropsychological and
neurophysiological study, Develop. Med. Child Neurol., 1994, 36 : 312-320.
Cuijpers CEJ, Zeilmaker MJ, Van der Mole GW, Slob W
and Lebret E, Development in infant exposure to dioxins, furans and PCBs
in breast milk and potential health consequences, in the Netherlands,
RIVM. Report n° 529102007, November 1997.
European Commission, Report on tasks for scientific
cooperation – Assessment of dietary intake of dioxins and related PCBs
by the population of EU Member States. June 2000.
Feeley M. and Brouwer A. Health risks to infants from
exposure to PCBs, PCDDs and PCDFs. Food Additives and Contaminants. 2000
; 17 (4) : 325-333.
Hanson, L A., Human milk and host defence: immediate
and long-term effects, Acta Paediatr, 1999, 88 : 42-6.
InVS, CAREPS, ADEME, Etude sur les dioxines et les furanes
dans le lait maternel en France. . Mai 2000. ISBN 2-11-091490-4. http://www.invs.sante.fr.
JECFA, Summary of the fifty-seventh meeting of the Joint
FAO/WHO Expert committee on Food additives. Rome, 5-14 June 2001.
Kurlak, LO. Stephenson, TJ., Plausible explanations
for effects of long-chain polyinsatured fatty acids on neonates, Arch.
Dis. childhood, 1999, 80 : 148-154.
Lucas, A et al:, Efficacity and safety of long
chain polyunsaturated fatty acid supplementation of infant-formula milk:
a randomised trial, The lancet, 1999, 354 : 1948-1954.
Le TN, Johannsson A, Impact of chemical warfare with
agent orange on women’s reproductive lives in Vietnam : a pilot study,
Reprod. Health Matters, 2001, 9(18) : 156-164.
Matsuura N, Tada H., Kondo N., Nakamura Y. and Masatoshi
M, Effects of dioxins and Polychlorinated Biphenyls (PCBs° on thyroid
function in infants born in Japan-Report from research on environmental
health.. Organohalogen Compounds, 2000, 48 : 145-148.
Patandin S., Dagnelie P.C., Mulder P.G.H. et al. Dietary
exposure to polychlorinated biphenyls and dioxins from infancy until
adulthood : a comparison between breast-feeding, toddler, and long-term
exposure. Environ. Health Persp. 1999 ; 107 (1) : 45-51.
Rogan WJ, Gladen BC, Hung KL et al., Congenital poisoning
by polychlorinated biphenyls and their contaminants, Taiwan Science,
1988, 241 : 334-336.
WHO, Executive summary - Assessment of the health risk
of dioxins : re-evaluation of the tolerable daily intake. WHO consultation
May 25-29 1998, Geneva, Switzerland.
Notes
1. Saisine n° 2002-SA-0006.
2. L'Afssa a publié un rapport en juin 2000 "Dioxines
: données de contamination et d'exposition de la population française" disponible
sur son site internet.
3. Les PCB (polychlorobiphényls) sont des substances
industrielles présentes en tant que contaminants de l’environnement,
indépendamment de tout processus d’incinération.
4. Etudes publiées en 1995 et 1996 et reprises
dans le rapport n° 529102007 du RIVM de novembre 1997.
5. Etude sur les dioxines et les furanes dans le lait
maternel en France. Mai 2000. InVS, Careps, Ademe.
6. Après consultation du Comité d'expert
spécialisé "Résidus et contaminants chimiques et
physiques, présidé par François André, réuni
le 20 février 2002, de Marie Thirion (médecin pédiatre)
et de Denis Bard (laboratoire d’études et de recherche en environnement
et santé - ENSP).
7. Il convient de plus de noter certaines difficultés
de comparaison des données chiffrées en raison de la diversité et
de l'évolution des méthodologies dans l'expression des
résultats.
|