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BEH - Bulletin épidémiologique hebdomadaire

Publié le 20/03/2012

BEH n°12-13/2012

20/03/2012
Numéro thématique - Identifier et surveiller les impacts sanitaires du changement climatique pour s’y adapter

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Le numéro (pdf- 360,09 Ko)

 
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    Alexandre Magnan, Institut du développement durable et des relations internationales (Iddri), Sciences Po, Paris

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    Mathilde Pascal (m.pascal@invs.sante.fr) et al,
    Institut de veille sanitaire, Saint-Maurice, France

    Les observations et les modélisations climatiques permettent de mieux comprendre les changements climatiques présents et à venir. Ces changements pourraient modifier l’environnement, les déterminants de l’exposition aux risques environnementaux et infectieux, et éventuellement l’état de santé de la population. Dans ce contexte, la surveillance sanitaire a trois rôles principaux : 1) contribuer au suivi et à la compréhension des impacts sanitaires du changement climatique à travers la constitution de séries de données exploitables sur de longues périodes de temps ; 2) apporter des éléments pour hiérarchiser les actions d’adaptation, les mettre en oeuvre, et évaluer leur efficacité ; et 3) anticiper les menaces émergentes. S’il n’est pas nécessaire de créer de nouveaux systèmes de surveillance sanitaires pour cela, une meilleure connexion entre surveillance environnementale et sanitaire et une plus grande interdisciplinarité sont nécessaires pour répondre à ces nouveaux objectifs.

    Mots-clés : Changement climatique, impact sanitaire, santé, surveillance
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    Patrick Kinney (plk3@columbia.edu) et al,
    Columbia University, Mailman School of Public Health, New York, USA

    Il est établi que les taux de mortalité sont plus élevés pendant l’hiver dans les régions tempérées de l’hémisphère Nord, et que des températures extrêmes durant l’été peuvent se traduire par des pics de mortalité. Ces deux phénomènes conjoints se traduisent par une relation en U entre mortalité journalière et températures. La forme et la position du U varient selon les régions et les températures moyennes, indiquant que les populations s’adaptent à leur climat local. Dans les villes les plus froides, l’augmentation de la mortalité aux températures basses est relativement modérée et l’augmentation de la mortalité aux températures élevées est relativement accentuée. À l’inverse, dans les villes les plus chaudes, la relation froid-mortalité est plus importante que la relation chaleur-mortalité.
    Alors qu’un réchauffement global dû aux émissions de gaz à effet de serre d’origine anthropique est pratiquement acquis pour les prochaines décennies, il convient de se pencher sur ses impacts sanitaires possibles. Il est également important de comprendre si la mortalité hivernale est susceptible de diminuer du fait du réchauffement climatique. Ceci aura des conséquences importantes sur l’adaptation de la réponse en matière de santé publique.
    De manière surprenante, à partir d’une analyse de la littérature, nous concluons qu’il semble peu probable que la mortalité hivernale diminue avec l’augmentation des températures.

    Mots-clés : Hiver, température, vague de froid, mortalité, changement climatique, projections
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    Philippe Pirard (p.pirard@invs.sante.fr) et al,
    Institut de veille sanitaire, Saint-Maurice, France

    Le changement climatique se traduira probablement dans l’avenir par une recrudescence des événements climatologiques extrêmes. Leur anticipation nécessite la préparation d’une organisation de gestion de la crise et de ses conséquences. L’épidémiologie oriente les actions de prévention et de prise en charge sanitaire en identifiant les populations exposées, en détectant les événements de santé et en quantifiant l’impact sanitaire.
    La surveillance épidémiologique des vagues de chaleur s’inscrit dans le cadre formel du Plan national canicule, en étroite interaction avec les prévisions météorologiques. Ses objectifs sont d’évaluer la situation sanitaire, d’alerter et d’aider à adapter les mesures de gestion si besoin. Elle se concentre sur un nombre d’indicateurs réduits qui peuvent être suivis en temps quasi-réel à partir des données provenant des réseaux Oscour® (Organisation de la surveillance coordonnée des urgences) et SOS Médecins (permanence des soins de ville), ainsi que des décès enregistrés. Des études complémentaires épidémiologiques et sociologiques sont nécessaires pour aider à identifier les nouvelles formes de vulnérabilité et les adaptations nécessaires qui permettront de garantir l’efficacité des mesures de prévention et de gestion dans le futur.
    La variété des scénarios des conséquences des événements météorologiques extrêmes (tempêtes, inondations…) oriente vers une surveillance réactive, s’adaptant aux spécificités et pouvant être renforcée rapidement sur un effet ou une population particulière. Une évaluation représentative et globale de l’impact sanitaire nécessite de préparer la combinaison de l’utilisation des données de consommation de soins (Oscour®, données de l’Assurance maladie…) et d’enquêtes transversales ou de cohorte qui permettent un recueil précis d’informations et de suivre l’évolution des événements de santé au niveau individuel. Pour cela, les épidémiologistes doivent être intégrés aux organisations de gestion de la crise et de ses conséquences sanitaires dès la phase de planification.
    Dans tous les cas, la rigueur et l’optimisation nécessaires ne doivent pas être un obstacle à la souplesse et à la réflexivité des systèmes de surveillance, afin que ceux-ci puissent s’adapter à tout moment aux modifications de la situation, et s’enrichir des retours d’expériences successifs.

    Mots-clés : Changement climatique, catastrophes météorologiques, épidémiologie, gestion
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    Serge Morand (serge.morand@univ-montp2.fr) et al,
    Institut des sciences de l’évolution, CNRS, IRD, Université Montpellier 2, CC065; Cirad UR AGIRs, TA C-22/E, Montpellier, France

    L’incidence des maladies infectieuses est en nette augmentation ces dernières décennies. Les facteurs évoqués sont généralement ceux associés aux changements globaux en cours dont le changement climatique, l’érosion de la biodiversité et l’augmentation des échanges internationaux. Dans cette étude, nous analysons les facteurs potentiellement explicatifs des épidémies (au sens de l’OMS) de maladies infectieuses humaines à l’échelle européenne. Pour cela, une base de données incluant des variables socioéconomiques, environnementales et de biodiversité pour chacun des pays, ainsi que les principales maladies infectieuses humaines qui y sont rapportées, est constituée.
    Sur la période 1950 à 2010, on compte 114 maladies infectieuses épidémiques réparties dans 36 pays. Ces données confirment l’augmentation quasi-exponentielle du nombre de maladies infectieuses épidémiques au cours des dernières décennies. Le nombre total de maladies répertoriées dans les pays européens apparait corrélé à la surface géographique du pays et à sa biodiversité (richesse en espèces d’oiseaux et mammifères). Cela reste vrai pour le nombre total de maladies épidémiques, qui se trouve en outre dépendre de la taille de la population, de la variabilité de la température et de la richesse économique (PIB) du pays considéré. L’effet de l’Oscillation Nord-Atlantique (NOA, North Atlantic Oscillation) comme indice de la variabilité climatique en Europe est testé pour 13 maladies infectieuses analysables sur les soixante dernières années. Onze maladies infectieuses présentent des occurrences associées aux variations mensuelles de l’indice NOA comme les fièvres hémorragiques à hantavirus, la tularémie, les fièvres Q, la trichinose ou les maladies infectieuses gastro-intestinales à bactéries ou à virus.
    Cette étude souligne l’intérêt potentiel du suivi des changements de biodiversité ou de la variabilité climatique pour les systèmes d’alerte précoce en épidémio-surveillance.

    Mots-clés : Europe, maladies infectieuses, épidémie, biodiversité, variabilité climatique, index NAO
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    Dounia Bitar (d.bitar@invs.sante.fr) et al,
    Institut de veille sanitaire, Saint-Maurice, France

 
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    Alexandre Magnan, Institut du développement durable et des relations internationales (Iddri), Sciences Po, Paris

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    Mathilde Pascal (m.pascal@invs.sante.fr) et al,
    Institut de veille sanitaire, Saint-Maurice, France

    Observations and climate models enable us to better understand present and future climate changes. Climate change may be considered as a factor of change in the environment, in the determinants of exposure to environmental risks and pathogens, and possibly in the state of health among populations. In this context, health surveillance systems have three main objectives: 1) creating databases to increase scientific evidence and understanding the health impacts of climate change in the long term; 2) identifying, prioritizing, implementing and evaluating intervention and adaptation measures; and 3) providing early warning measures. Although it is not necessary to create new health surveillance systems to fulfil these objectives, there is a need both for better integration with existing environmental and health surveillance, and for greater interdisciplinarity.

    Key words : Climate change, health impact, health, surveillance
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    Patrick Kinney (plk3@columbia.edu) et al,
    Columbia University, Mailman School of Public Health, New York, USA

    It is well known that death rates in temperate regions of the northern hemisphere are higher in winter than during other parts of the year, and further, that extreme heat during summer can lead to spikes in mortality. Together, these seasonal phenomena result in a U shaped relationship between daily mortality and temperatures. The shape and position of the U varies by location, and especially by average temperatures, showing that cities adapt to their local climate. In cooler cities, the increase in deaths at low temperatures is relatively shallow, and the increase in deaths with high temperatures relatively steep. By contrast, in warmer cities, the cold function is relatively steep and the hot function relatively shallow. With continued global warming due to anthropogenic greenhouse gas emissions virtually certain over coming decades, it is important to consider how the health response might change. In particular, we consider the question of whether winter mortality might diminish as temperatures rise in the future. Answering this question will have very important implications for public health adaptation planning. Somewhat surprisingly, based on the available literature, we conclude that it is unlikely that winter mortality would substantially diminish as temperatures rise.

    Key words : Winter, temperature, cold spell, mortality, climate change, projections
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    Philippe Pirard (p.pirard@invs.sante.fr) et al,
    Institut de veille sanitaire, Saint-Maurice, France

    In the near future, it is likely that the frequency of extreme meteorological events will increase. Anticipating them requires the organization of crisis and consequence management. Epidemiology can help guide preventive and health actions, through identification of exposed populations, detection of health events, and quantification of the health impact.
    The epidemiological surveillance of heat waves is a component of the national heat wave plan, and is closely associated with the surveillance of meteorological forecasts. Its objectives are to evaluate the health situation, to alert, and to recommend preventive measures if needed. It focuses on a small number of health indicators that can be followed in near-real time, based on the data from networks of emergency hospital services (OSCOUR®) and emergency medical visits at home (SOS Médecins), as well as on registered fatalities. Additional epidemiological and sociological studies are needed to identify new kinds of vulnerabilities, and the adaptation measures needed to ensure the continued efficiency of preventive actions in the future.
    The variety of possible scenarios and consequences of extreme weather events (storms, floods…) calls for reactive, specific surveillance, which can be rapidly reinforced for a given health effect or a given population. A global and representative assessment of the health impact necessitates both the use of data on health consumption (OSCOUR®, health insurance…) and data from cross-sectional or cohort studies to collect precise information, and to monitor the trends of health events at the individual level. To do so, epidemiologists must be involved in the organization of crisis and consequence management right from the planning stage.
    In all cases, the necessary rigor and optimization needed should not be an obstacle to flexibility and reflexivity in surveillance systems, so that these latter can adapt rapidly to an evolving situation, and be improved through subsequent feedback.

    Key words : Climate change, meteorological extreme events, epidemiology, management
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    Serge Morand (serge.morand@univ-montp2.fr) et al,
    Institut des sciences de l’évolution, CNRS, IRD, Université Montpellier 2, CC065; Cirad UR AGIRs, TA C-22/E, Montpellier, France

    Infectious diseases’ incidence has clearly increased during the last decades. The explanatory factors reported are generally those associated with ongoing global changes, including climate change, loss of biodiversity, and increased international trade. In this study, we analyze the potential explanatory factors of human infectious disease outbreaks across European countries (as defined by the WHO). For this purpose, a database including data about socio-economical, environmental and biodiversity related factors, as well as the main human infectious diseases reported was designed.
    Over the period 1950 to 2010, 114 epidemic infectious diseases were identified in 36 countries. These data confirm the almost exponential increase in the number of infectious disease outbreaks in recent decades. The total number of diseases listed in any given European country seems to be correlated to its area size and biodiversity (species richness in birds and mammals). The total number of epidemic diseases is found to also depend on the population size and economic wealth (GDP) of the country, as well as on the prevailing temperature variability. The effect of the North Atlantic Oscillation (NAO) considered as an index of climate variability in Europe is tested for thirteen infectious diseases which can be analyzed over the last 60 years. The occurrence of 11 of these, including hantavirus hemorrhagic fevers, tularaemia, Q fever, trichinosis and bacterial or viral gastrointestinal diseases, is found to be associated with monthly variations of NAO.
    This study highlights that both biodiversity change and climate variability should be taken into account when building epidemio-surveillance early warning systems.

    Key words : Europe, infectious diseases, epidemic, biodiversity, climate variability, NAO index
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    Dounia Bitar (d.bitar@invs.sante.fr) et al,
    Institut de veille sanitaire, Saint-Maurice, France

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