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Veille et alerte

Publié le 08/06/2011

Veille sanitaire internationale

Dans un environnement mondialisé où la circulation des biens et des personnes s’accélère constamment, le risque épidémique se globalise lui aussi. Pour remplir sa mission de santé publique, l’InVS doit exercer une surveillance sanitaire continue sur le territoire national mais  également identifier et caractériser le plus précocement possible les risques sanitaires émergeant dans l’espace international et susceptibles d’affecter la population française. L’épidémie de Sras en 2003 a illustré à la fois la nature et la dimension possibles de ces nouvelles menaces.

Ces dernières années ont vu le développement de nombreux réseaux supranationaux et mondiaux qui collectent, analysent et diffusent des informations relatives à la veille et l’alerte sanitaires. Les informations collectées et diffusées par ces institutions supranationales (OMS, ECDC…) bien que très utiles ne couvrent que partiellement les besoins de la France, notamment en raison de l’existence des départements et territoires d’outremer répartis sur trois continents.

Depuis décembre 2002, l'InVS a développé un dispositif de veille internationale.

Objectifs et principes

L’objectif de la veille internationale est de détecter toute menace survenant à l’étranger susceptible d’avoir un impact sanitaire sur la population présente en France ou sur la population française à l’étranger, d’alerter et de diffuser les informations jugées pertinentes.

Elle est fondée sur la détection ad hoc et l’interprétation d’évènements inhabituels pouvant diffuser et présenter un caractère de gravité. La nature des évènements n’est pas prédéterminée ; les informations, non-structurées, sont de natures très diverses et proviennent de sources multiples et non préétablies. Il peut s’agir de rumeurs non-vérifiées provenant des media, d’informations fiables provenant de sources autorisées compétentes ou de données issues des systèmes de surveillance et d’alerte classiques.

La veille internationale ne se limite pas à la détection d’évènements inhabituels et graves. Elle est aussi utilisée pour décrire, sur la base des informations disponibles (dans les sources informelles et formelles accessibles), les caractéristiques épidémiologiques (taux d’attaque par âge et sexe, facteurs de risque, diffusion spatiotemporelle…). Ces caractéristiques sont particulièrement importantes pour les évènements sanitaires inconnus ou méconnus (agent infectieux émergent ou exposition à un agent dont l’impact potentiel est mal connu par exemple). 

La veille sanitaire internationale vient compléter la surveillance épidémiologique de la population française et l’ensemble des mécanismes d’alerte.

La veille internationale n’est pas de la "surveillance internationale", elle n’a donc pas pour but d’être exhaustive et s’effectue sur les données existantes disponibles.

Processus de veille internationale à l'InVS

Les informations recueillies sont très nombreuses et leur fiabilité souvent questionnable. Une méthodologie stricte est primordiale pour pouvoir obtenir les renseignements les plus fiables et les plus pertinents possibles. La méthodologie utilisée consiste à détecter des signaux qui pourraient révéler une menace sanitaire, à les trier, les vérifier, les valider puis analyser et interpréter les données disponibles et communiquer ces informations et ces analyses quand nécessaire.

Détection des signaux

Les signaux peuvent être de deux natures :

  • les signaux primaires : c'est-à-dire les signaux non traités émanant de sources très diverses et le plus souvent limités à la description d’événements (pas ou peu d’information de nature scientifique) ;
  • les signaux secondaires (signaux déjà traités, alertes caractérisées) émanant d’autres pays ou institutions.

Les signaux primaires proviennent de deux grands types de sources :

  • les sources informelles constituent la majorité des signaux primaires d’alertes. Elles sont essentiellement représentées par les media et les réseaux d'information et d’échanges accessibles par Internet (forums, etc.). Elles fournissent une source alternative d’information vis-à-vis des sources officielles. Ces informations sont en général d'un accès facile mais présentent deux limites majeures : elles sont souvent peu fiables et leur volume est considérable ;
  • les sources officielles permettant la détection de menaces sanitaires internationales sont relativement peu nombreuses. Il s’agit principalement des Etats (ministères de la santé, ministères de l’agriculture, instituts de santé publique, laboratoires, etc.), de l’OMS pour la santé humaine, de l’OIE pour la santé animale et les zoonoses, d’institutions régionales comme l‘ECDC, de réseaux régionaux (comme le réseau EpiSouth pour la Méditerranée), de réseaux de surveillances spécifiques à des maladies, d’ONG, etc.

Ces signaux sont détectés au travers d’outils spécialisés qui collectent automatiquement, à partir d’Internet, en utilisant des mots clefs ou des séquences de mots clefs, des informations pouvant être en relation avec une alerte sanitaire.

Tri des signaux

Les signaux bruts ou déjà traités étant très nombreux, il importe de définir des critères permettant de sélectionner les événements devant être analysés et suivis. Ces critères permettent de répondre à deux questions :

  • la menace est-elle sérieuse ?
  • la menace sanitaire peut-elle toucher le territoire national ou la population ou les populations françaises à l’étranger (expatriés, touristes…) ?

Trois types de critères sont utilisés de façon conjointe : géographiques et populationnels, liés à la gravité de la menace et enfin, aux caractéristiques de l’agent en cause.

Tableau

Critères de sélection des signaux

Géographique /populationnel

Sévérité /dynamique

Agent

- Risque d’atteinte du territoire national (outremer inclus)
- Risque d’importation de cas sur le territoire national (outremer inclus)
- Atteinte d’une région proche de la France (outremer inclus)
- Atteinte d’un des principaux pays d’origine des migrants en France
- Atteinte d’un pays à forte communauté française expatriée
- Atteinte d’une destination des touristes et voyageurs  français
- Grands rassemblements, pèlerinages, etc.

- Létalité
- Nombre de décès
- Mortalité
- Morbidité
- Incidence
- Gravité, fréquence des hospitalisations
- Séquelles
- Temps (durée, dynamique de l’épidémie)
- Lieux : rural-urbain ; isolement de la zone touchée ; densité de la population …
- Groupes à risque
- Population particulière (personnel soignant, hôpital…)

- Virulence
- Pathogénicité 
- Transmissibilité
- Mode de transmission
- Capacité de diffusion
- Existence de moyens de prévention et de contrôle, facilité et disponibilité de leurs mises en œuvre
- Changements épidémiologiques et biologiques (résistances, distribution géographique,…)
- Degré de connaissance sur l’agent

Toute émergence d’un nouvel agent est analysée comme potentiellement dangereuse

   

Evènements médiatiques qui requièrent d’être remis dans leur contexte épidémiologique

   

Validation et vérification

Les informations provenant de sources informelles ne peuvent être considérées comme fiables, leur vérification est indispensable. Seuls les signaux répondant aux critères de sélection font l’objet d’une validation, seuls les signaux validés feront l’objet d’une éventuelle communication publique.Cette étape, la plus compliquée du processus, est essentielle. Elle consiste à vérifier et à compléter les informations disponibles auprès de sources fiables telles que les Instituts, Ministères de la santé, laboratoires des pays concernés, l’OMS, les réseaux régionaux, les ONG, les ambassades, etc. La presse n’est pas considérée comme une source d’information validée.

Analyse

Elle doit permettre de caractériser le signal, de décrire l’alerte et d’en estimer le niveau. Elle repose sur la description de l’évènement, la connaissance du danger et des mesures de contrôle et la quantification du risque. Elle constitue l’une des principales valeurs ajoutées de la veille internationale.

Communication

En fonction du public ciblé et de la nature des signaux sanitaires, la veille internationale dispose de différents supports :

  • cibles institutionnelles (ministères de la Santé, Affaires étrangères, etc.) : il existe des mécanismes spécifiques, au sein de l’Institut de veille sanitaire, pour informer ou alerter dans les plus brefs délais les partenaires institutionnels concernés et en particulier le ministère de la santé. L’information doit être délivrée pour aider à la prise de décision ;
  • partenaires et réseau de santé publique : le bulletin hebdomadaire international et ses éditions spéciales ou thématiques s’adressent aux partenaires de l’InVS dans le cadre du réseau de santé publique au niveau national et international, ainsi qu’aux professionnels de santé (praticiens hospitaliers et santé aux voyageurs) et sont accessibles sur le site internet de l’InVS.

Le bulletin hebdomadaire international (BHI) présente un bilan hebdomadaire des crises sanitaires concernant les nouveaux évènements sanitaires survenant à l’étranger et susceptible de représenter une menace sanitaire sur le territoire national et pour la population française à l'étranger. Le BHI ne fournit ni un relevé exhaustif de l’ensemble des alertes sanitaires internationales ni un suivi hebdomadaire des crises sanitaires (sauf pour des situations exceptionnelles comme par exemple la grippe aviaire). En fonction de la nature de l’événement, des mises à jour pourront être intégrées au bulletin si elles illustrent un changement dans l’épidémiologie de la crise sanitaire (augmentation significative du nombre de cas, extension géographique, nature des groupes à risques, etc.).

Les éditions spéciales et thématiques : elles permettent respectivement de communiquer des informations urgentes en dehors des périodes de publication du BHI et d’approfondir une thématique plus complexe et d’actualiser les connaissances sur le sujet retenu.

  • grand public : certains dossiers thématiques disponibles sur le site internet de l’InVS, sont destinés au grand public.

Applications

La veille répond à la mission internationale de l’InVS. Depuis sa mise en place, elle a permis d’informer les autorités sanitaires sur le risque lié à des pathologies alors inconnues sur le territoire national (ex : Sras 2003, la grippe aviaire A/H5N1 en 2004, le chikungunya 2005, la grippe A/H1N1 en 2009) et ce, avant l’importation ou la détection des premiers cas. La grande majorité des alertes est de nature infectieuse mais les événements de nature non infectieuse notamment les produits contaminés sont également couverts.Au-delà de l’alerte, la veille internationale permet de caractériser une crise sanitaire (nombre de cas, de décès et hospitalisations pour forme grave, âge des cas, distribution géographique, etc.) mais également les évolutions notamment en termes de diffusion. Dans le cas de pathologies inconnues c’est souvent l’analyse des caractéristiques des cas décrits à l’international qui permet l’élaboration des définitions de cas utilisée en France pour la surveillance de ces maladies émergentes.Les supports de communication développés dans le cadre de la veille internationale permettent la mise à disposition, dans un format synthétique, d’informations vérifiées, analysées, et replacées dans leur contexte épidémiologique. Ils permettent notamment d’informer les praticiens hospitaliers de l’importation possible de cas rarement diagnostiqués en France et les cliniciens amenés à donner des conseils aux voyageurs.

Les limites

Les systèmes sont tributaires de l’accès à l’information qui est très variable en fonction des pays. L’augmentation constante du nombre de signaux circulant sur Internet complique considérablement l’identification d’informations pertinentes et est à l’origine de nombreuses « alertes médiatiques » qui surchargent les structures réalisant la veille internationale, les moyens humains et techniques restant eux constants.

Perspectives de la veille internationale

L’InVS poursuit les collaborations existantes (ECDC, OMS…) en matière de veille internationale  et en développe de nouvelles notamment dans le bassin méditerranéen avec le réseau EpiSouth créé en 2006.

Les outils de la veille sont régulièrement remaniés pour s’adapter à un contexte en perpétuelle évolution. Si la veille sanitaire a pour objectif le suivi des crises sanitaires, les outils de communication disponibles ne sont pas toujours adaptés à cet usage. A moyen terme, des outils en cours de développement devraient permettre de faciliter la recherche d’information dans les documents disponibles. L’InVS participe a un projet international baptisé EAR (Early Alerting and Reporting), dont l’un des objectifs est de développer un outil commun de veille internationale. (Lien sur partie EAR-GHSAG).

La veille internationale participe également à la thématique "santé des voyageurs" (qui s’inscrit également dans la surveillance des maladies d’importation).

Carte

Zones géographiques prioritaires dans le cadre de la veille internationale

Zones géographiques prioritaires dans le cadre de la veille internationale

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