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Impact sanitaire de l'exposition à l'amiante

Publié le 21/02/2013

Points sur les connaissances

Quelles sont les utilisations de l'amiante ?

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Amas de chrysotile ou amiante blanc

Source : DSE/InVS.

L’amiante, du grec amiantos, signifiant incorruptible, est un matériau fibreux naturel composé de silicates magnésiens ou calciques et reconnu pour ses propriétés réfractaires.

La production et l’utilisation de l’amiante (dont on distingue deux variétés principales, le chrysotile et les amphiboles) ont augmenté dès le début du XXe siècle, jusqu’à leur interdiction le 1er janvier 1997.

On estime que durant la période de son plein essor industriel (de 1937 à 1995), environ 80 kg d’amiante par habitant ont été importés en France. Pour les seules cinq années, de 1971 à 1975, la consommation d’amiante en France a été d’environ 145 000 tonnes.

C’est dans le secteur de la construction que l’amiante a été le plus largement utilisé à diverses fins et sous des formes variées. On citera, en premier lieu, l’amiante-ciment. Mais on trouve, dans le bâtiment, de nombreux autres produits contenant de l’amiante : dalles de revêtement de sol, sous-couches en carton, matériaux isolants, ignifuges ou d’étanchéité, les joints et garnitures de friction, carreaux de feutre, feutres bituminés… Il faut également signaler un large usage de l’amiante sous forme de flocage, pour accroître la résistance au feu des structures ou améliorer l’isolation phonique et acoustique des bâtiments, ainsi que pour le calorifugeage de diverses sources de chaleur.

Hormis le bâtiment, un large éventail de secteurs d’activité a recouru à l’amiante sous diverses formes, parmi lesquelles : les cartons et papiers, les textiles, les filtres (à air, à usage médical…), etc.

L’amiante était également présent dans certains articles à usage domestique comme les tables et housses à repasser, les grille-pain, les panneaux isolants pour le bricolage et les appareils de chauffage mobiles.

Les principales circonstances d'exposition à l'amiante

Du fait de la multiplicité de ses usages, l’amiante présente un caractère quasiment ubiquitaire dans les pays industrialisés, et les circonstances dans lesquelles les populations peuvent y être exposées sont très diverses. Il existe trois grandes sources d’exposition : professionnelles, paraprofessionnelles ou domestiques et environnementales.

L'exposition professionnelle

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Nettoyage de fibre d’amiante, King shed, Québec, Canada

Source : Centre d'archives de la région de Thetford – Collection Musée minéralogique et minier de Thetford Mines (donateur : Alfred Lloyd Penhale). Date : octobre 1935.

Dans les pays industrialisés, les activités professionnelles sont de très loin la source d’exposition la plus importante. Elle concerne des personnes qui, dans le cadre de leur travail : produisent l’amiante, l’utilisent directement pour diverses opérations de transformation, d’isolation thermique ou phonique, ou encore interviennent sur des matériaux en contenant.

Du fait de la très large dissémination de l’amiante au fil du temps, les professions concernées par l’exposition à ce matériau ont évolué au long des décennies. Dans les années 60, les principales professions touchées étaient celles de la production et de l’utilisation de l’amiante qui entraînaient une exposition massive. En revanche, depuis les années 80 et 90, les métiers les plus souvent exposés à l’amiante sont ceux qui impliquent des tâches d’intervention sur des matériaux en contenant, entraînant une exposition discontinue.

La multiplicité des usages de l’amiante explique le nombre très important de personnes exposées lors de leurs activités professionnelles. Il est estimé qu’environ un quart des salariés hommes actuellement retraités en France ont été exposés au moins une fois à l’amiante au cours de leur vie professionnelle 1,2.

L'exposition paraprofessionnelle ou domestique

L’exposition paraprofessionnelle concerne des personnes qui sont en contact avec des travailleurs du premier groupe, notamment en milieu domestique, et qui peuvent être exposées aux poussières d’amiante transportées notamment par les vêtements de travail.

On utilise le terme d’exposition « domestique » pour désigner d’autres sources de pollution occasionnées par des objets ménagers contenant de l’amiante (planche à repasser, panneaux isolants, grille-pain, appareils de chauffage mobiles, etc.). S’y ajoute l’exposition liée aux activités de bricolage : changement de garnitures de freins, construction d’un abri de jardin en fibrociment, remplacement de joints contenant de l’amiante (fours de cuisine, gazinières, cheminées, etc.).

L'exposition environnementale

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Affleurement de roche amiantifère. Site de Termignon, France

Source : DSE/InVS.

L’exposition environnementale peut être divisée en trois catégories :

  • pollution émise par une source naturelle (site géologique) ;
  • pollution émise par une source industrielle ponctuelle (mine d’amiante, usine de transformation d’amiante) ;
  • pollution émise par l’amiante mis en place dans les bâtiments et installations diverses, et dont des fibres peuvent être « relarguées » dans l’atmosphère, soit du fait de la dégradation des installations, soit du fait d’interventions sur celles-ci.

Impact sanitaire

L’amiante provoque des pathologies malignes (mésothéliome et cancers du poumon, du larynx et de l’ovaire) et des pathologies bénignes de l’appareil respiratoire (asbestose et plaques pleurales.

La principale localisation du mésothéliome concerne la plèvre, suivie par le péritoine. Les autres localisations (péricarde et vaginale testiculaire) sont exceptionnelles.

Le seul facteur de risque connu associé au mésothéliome étant l’exposition à l’amiante, cette pathologie est considérée comme un marqueur de l’exposition et elle est retenue pour évaluer l’impact sanitaire de l’exposition à l’amiante.

Le temps de latence entre l’exposition et la survenue de la maladie se situe en moyenne entre 30 et 40 ans.

Cependant, l’impact de l’exposition à l‘amiante ne se limite pas au mésothéliome : aujourd’hui, on estime en effet que 8,2 à 13% des cancers du poumon chez l’homme en France seraient attribuables à une exposition professionnelle à l’amiante. Ce taux est bien moindre chez les femmes (0,4 à 1%).

L’évolution de la mortalité montre, comme celle de l’incidence, une augmentation globalement importante sur la période 1975-2006 pour les deux sexes mais qui semble se stabiliser sur la période la plus récente. Si le nombre absolu de décès continue d’augmenter, du fait de l’accroissement de la population et de son vieillissement, une stabilisation du taux de mortalité pour les cas les plus jeunes (moins de 65 ans) est observée.

Par ailleurs, aucune tendance évolutive particulière du nombre annuel de cas incidents de mésothéliome n’est observée ces dix dernières années. Ce nombre peut être estimé entre 710 et 870, soit 0,3% de l’ensemble des cancers. Ces cancers prédominent chez les hommes (~3 cas/4). Entre 520 et 630 sont dus à une exposition professionnelle à l’amiante, tous sexes et classes d’âge confondus.

Ces phénomènes pourraient être le reflet de la réduction des expositions professionnelles à l’amiante à partir de la fin des années 1970, date à laquelle ont été mises en place les premières réglementations visant la protection des travailleurs vis-à-vis de l’amiante.

Prise en charge des victimes

Les maladies générées par l’exposition professionnelle à l’amiante sont inscrites au tableau des maladies professionnelles (TMP) du régime d’assurance maladie des salariés et des exploitants agricoles ("affections professionnelles consécutives à l’inhalation de poussières d’amiante" et "cancer broncho-pulmonaire provoqué par l’inhalation des poussières d’amiante"). Par ailleurs, depuis 2002, toute personne victime des effets de l’amiante, quelle que soit la source d’exposition et quelle que soit son affiliation à un régime de Sécurité sociale, peut obtenir une indemnisation auprès du Fonds d’indemnisation des victimes de l’amiante (Fiva), mis en place par décret du 23 octobre 2001.

1 Imbernon E, Bonenfant S, Goldberg M, Spyckerelle Y, Steinmetz J, Coste D, Lepinay P, Meyer JF, Pagnon X, Varsat P, Fournier B, Pilorget C, Schmaus A, Guéguen A. Estimation de la prévalence de l’exposition professionnelle à l’amiante des retraités récents (1994-1996) du régime général de sécurité sociale. Bull Epidemiol Hebd 1999;50.
2 Goldberg M, Banaei A, Goldberg S, Auvert B, Luce D, Guéguen A. Past occupational exposure to asbestos among men in France. Scand J Work Environ Health 2000 Feb;26(1):52-61.

Dossier Impact sanitaire de l'exposition à l'amiante

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