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Infection à VIH et sida

Publié le 10/06/2013

Incidence de l'infection par le VIH

a. Qu’apportent les estimations d’incidence du VIH ?

L’incidence de l’infection par le VIH mesure le risque qu’une personne non infectée contracte le virus. Elle peut être exprimée par le nombre ou la proportion de personnes nouvellement infectées dans la population par unité de temps. Tout en étant un indicateur crucial sur l’état de l’épidémie, l’incidence du VIH est particulièrement difficile à estimer.
Depuis quelques années, l’InVS utilise une nouvelle méthode d’estimation de l’incidence qui repose sur un test biologique d’infection récente. Les estimations obtenues représentent un nombre personnes qui se sont contaminées une année donnée, qu'elles aient été diagnostiquées ou non. Cet indicateur apporte une meilleure appréciation de la transmission actuelle du VIH, par rapport au nombre de nouveaux diagnostics d’infection à VIH, qui est dépendant des comportements de dépistage. Sa déclinaison pour les sous populations les plus exposées est d’autant plus importante que le comportement de dépistage et le délai de diagnostic peuvent être très différents dans chacune de ces sous populations. Par leur suivi au cours du temps, les données d’évolution de l’incidence contribueront à mieux cibler les efforts de prévention et à évaluer l'impact des mesures mises en œuvre pour réduire la transmission.

b. Sur quoi repose la méthode d’estimation ?

De nouvelles méthodes d’estimation de l’incidence reposent sur l’utilisation de marqueurs biologiques d’une infection par le VIH récente. Ces méthodes sont exposées dans une revue publiée dans la revue Eurosurveillance [1]. Leur avantage est de pouvoir fournir une estimation d’incidence à partir d’une seule mesure transversale (à un instant donné) dans la population. Tout en utilisant les mêmes tests d’infection récente, selon le cadre d’utilisation, on distingue les méthodes consacrées aux études épidémiologiques transversales et celles dédiées à la surveillance des diagnostics d’infection par le VIH.

c. Que nous apprennent les estimations d’incidence du VIH en France ?

Les premières estimations au niveau national ont été disponibles en 2010 et concernaient la période 2003-2008 [2]. L'incidence a été estimée à environ 7 000 personnes contaminées par le VIH en 2008, ce qui représente 17 contaminations annuelles pour 100 000 personnes. L'incidence a diminué entre 2003 et 2008, passant d'environ 9 000 contaminations à 7 000 en 2008. Les deux populations les plus touchées sont les hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes et les personnes d'Afrique subsaharienne. Une mise à jour pour l’année 2009 de ces estimations retrouve sensiblement les mêmes taux d’incidence qu’en 2008.

Incidence par groupes de transmission

La quasi-totalité des contaminations par le VIH en 2003-2008 est due à un contact sexuel. Les hommes ayant des relations sexuelles avec les hommes (HSH) représentent la population la plus touchée correspondant à 48 % des nouvelles contaminations. Sur la période d’étude 2003-2008, l’incidence globale de l’infection par le VIH baisse, notamment les contaminations par rapports hétérosexuels. En revanche, l’incidence ne diminue pas parmi les HSH et les usagers de drogues par voie intraveineuse.
Les nombres de contaminations par rapports hétérosexuels et homosexuels sont du même ordre de grandeur, respectivement 3 550 (51 %) et 3 320 (48 %). Parmi les contaminations hétérosexuelles, 1 800 (51 %) concernent des hommes et 1 750 (49 %) des femmes. Avec 70 cas estimés, les personnes infectées par usage de drogues par voie intraveineuse représentent 1 % des nouvelles contaminations. Parmi l’ensemble des contaminations, les personnes de nationalité étrangère représentent 23 % des nouvelles contaminations et 45 % des contaminations hétérosexuelles (figure 1).

Figure 1 - Evolution du nombre de nouvelles infections en France, par groupe de transmission entre 2003 et 2008

Taux d'incidence

Rapporté à l’effectif de la population de 18 à 69 ans, sexuellement active ou ayant consommé de la drogue par voie intraveineuse, le taux d’incidence global est estimé à 17 cas annuels pour 100 000 personnes (tableau 1). Les HSH représentent la population la plus touchée avec un taux d’incidence estimé à 1 006 contaminations par an pour 100 000 HSH (soit un taux d’incidence de 1 % par an). Par rapport à la population hétérosexuelle française, le taux d'incidence est 200 fois supérieur dans la population des HSH, 18 fois supérieur parmi les usagers de drogues par voie intraveineuse, et 9 fois supérieur chez les personnes hétérosexuelles de nationalité étrangère. Parmi ces dernières, les taux d'incidence chez les hommes et les femmes de nationalités d’un pays d'Afrique subsaharienne sont respectivement 29 fois et 69 fois supérieur à celui de la population hétérosexuelle française.

Tableau 1 - Nombre de nouvelles infections par le VIH-1 et taux d'incidence par groupe de transmission en France en 2008

Estimations par grandes régions

Suite aux premières estimations d’incidence publiées au niveau national et par groupe de transmission, l’incidence a pu être mesurée en 2011 par grande région (Île-de-France, métropole hors Île-de-France et départements d'outre-mer-DOM). Ces estimations concernent les années 2003-2009.

Le taux d’incidence pour la France entière est de 18 nouvelles contaminations par le VIH pour 100 000 personnes-années en 2009. Le taux d’incidence régional le plus élevé est observé dans les DOM (44 contaminations/100 000), puis en Île-de-France (39), et enfin dans le reste de la métropole (11).

incidence_fig2

Le plus fort taux d’incidence du VIH est retrouvé parmi les HSH en Île-de-France (1 600/100 000).Chez les personnes hétérosexuelles, les taux d’incidence sont plus élevés dans les DOM (41) qu’en Île-de-France (20) ou dans le reste de la métropole (5).

Estimations pour les départements français d’Amérique

Etant donnée la situation particulière des départements français d’Amérique (DFA) vis-à-vis de l’infection par le VIH, la méthode a été revue en 2012 pour fournir des estimations  pour les 3 départements français d’Amérique, en individualisant chacun d’entre eux. Les dernières estimations concernent la période couvrant les deux années 2009 et 2010.

Sur la période 2009-2010, le taux d’incidence du VIH a été estimée à 147 nouvelles contaminations par le VIH pour 100 000 personnes années en Guyane, 56 contaminations pour 100 000 en Guadeloupe et 17 en Martinique. Globalement, dans les DFA, le taux d’incidence est de 59 pour 100 000, plus élevé qu’en Ile-de-France (39/100 000) ou que dans le reste de la métropole (11/100 000).

incidence_fig3

Dans les DFA, le plus fort taux d’incidence du VIH est retrouvé parmi les HSH (environ 1000 pour 100 000), mais ceux-ci ne représentent que 18 % des nouvelles contaminations contre 48 % au niveau national. Chez les femmes et hommes hétérosexuelles (tableau), les taux d’incidence sont respectivement de 55 et 41, taux plus élevés qu’en Île-de-France (20 et 19 pour 100 000) ou dans le reste de la métropole (4 et 6 pour 100 000).

Estimation parmi les hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes fréquentant des lieux de convivialités à Paris

En 2009, l’étude Prévagay a constitué un échantillon transversal de HSH fréquentant des lieux commerciaux de convivialité gay à Paris [3]. Les prélèvements de sang recueillis dans cette étude ont permis d’identifier les personnes infectées par le VIH et, parmi elles, celles caractérisées par une infection récente d’après la mesure de biomarqueurs. Dans cette étude, nous avons estimé l’incidence de l’infection par le VIH au sein d’un échantillon de HSH à l’aide d’un test biologique d’infection récente. Nos résultats indiquent que le niveau de transmission dans ce contexte est très élevé (3,8 pour 100 PA) comparé aux estimations au niveau national (1 pour 100 personne-années pour les HSH).

Références

1Le Vu S, Pillonel J, Semaille C, Bernillon P, Le Strat Y et al. (2008) Principles and uses of HIV incidence estimation from recent infection testing--a review. Euro Surveill 13:13-18.
2Le Vu S, Le Strat Y, Barin F, Pillonel J, Cazein F et al. (2010) Population-based HIV-1 incidence in France, 2003-08: a modelling analysis. Lancet Infect Dis 10: 682-687. doi:10.1016/S1473-3099(10)70167-5.
3Velter A, Barin F, Bouyssou A, Guinard J, Léon L et al. (2012) HIV Prevalence and Sexual Risk Behaviors Associated with Awareness of HIV Status Among Men Who Have Sex with Men in Paris, France. AIDS Behav. Available: http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/22968398. Accessed 28 Sep 2012.
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