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Données

Publié le 30/11/2012

Données épidémiologiques sur l’infection à VIH et les IST

1er décembre 2012

L’Institut de Veille Sanitaire (InVS) produit chaque année, à l’occasion de la Journée mondiale du sida, des données actualisées sur l’infection à VIH et les infections sexuellement transmissibles (IST) en France. Ces données reposent sur différents systèmes de surveillance auxquels participent biologistes et/ou cliniciens, de façon obligatoire ou volontaire, et sur des enquêtes menées auprès de populations spécifiques.

Les données disponibles pour l’année 2011 ne montrent pas de rupture par rapport aux années précédentes. Les hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes (HSH) et les personnes contaminées par rapports hétérosexuels nées à l’étranger (dont les ¾ dans un pays d’Afrique subsaharienne) restent les deux groupes les plus concernés et représentent chacun 40% des découvertes de séropositivité en 2011. La transmission du VIH est toujours importante parmi les HSH, qui constituent le seul groupe où le nombre de découvertes de séropositivité a augmenté entre 2003 et 2011. L’augmentation du nombre d’infections sexuellement transmissibles (IST) et des comportements à risque (cf. enquête Enquête Presse Gays et Lesbiennes -EPGL-) dans cette population sont préoccupants et peuvent laisser craindre une recrudescence des contaminations par le VIH. Chez les hétérosexuels nés à l’étranger, la transmission du VIH parait moins importante qu’auparavant et le nombre de découvertes de séropositivité diminue depuis 2003. Chez les hétérosexuels nés en France, le nombre de découvertes de séropositivité est stable depuis plusieurs années. Cependant, l’augmentation de certaines IST  dans cette population incite à rester vigilant pour les années futures. Enfin, les usagers de drogues (UD), largement touchés par le VIH au milieu des années quatre-vingt, représentent désormais un faible nombre de découvertes d’infection par le VIH. Au niveau régional, la Guyane et la Guadeloupe connaissent les plus forts niveaux de transmission de l’infection, supérieurs à celui observé en Île-de-France.

Le dépistage de l’infection à VIH

Près de 5,2 millions de sérologies VIH ont été réalisées en 2011, soit 79 sérologies pour 1 000 habitants.

Cette activité de dépistage est le fait soit de dépistages systématiques (hors dons de sang), soit de dépistages orientés par des prises de risque ou par des signes cliniques. La majorité des sérologies, près de huit sur 10, sont réalisés dans des laboratoires de ville. Seules 7% sont prescrites dans le cadre d’une consultation de dépistage anonyme et gratuit (CDAG). Les Département d’Outre-mer (DOM), l’Île-de-France et la région Provence-Alpes-Côte d’Azur sont les régions où l’activité de dépistage est la plus importante.

Pour la première fois depuis cinq ans, le nombre de sérologies réalisées a augmenté, de +4% entre 2010 et 2011 (fig. 1). Il semble que les recommandations d’élargissement du dépistage préconisées fin 2010 aient été suivies par un certain nombre de professionnels de santé pour proposer plus largement un dépistage, notamment en métropole hors Île-de-France et dans les DOM, alors que le nombre de sérologies réalisées en Île-de-France est stable.

Figure 1

Nombre de sérologies VIH réalisées chaque année en France, 2003-2011 

Fig. 1 : Nombre de sérologies VIH réalisées chaque année en France, 2003-2011

Source : LaboVIH, données corrigées au 31/12/2011, InVS

En revanche, il est encore sans doute trop tôt pour observer l’impact de ce renforcement du dépistage sur l’augmentation du nombre de diagnostics d’infection à VIH, notamment chez des personnes n’ayant aucun symptôme et testées en routine (cf. paragraphe Impact du dépistage).

Les diagnostics d’infection à VIH et des autres IST

Environ 6 100 personnes  ont découvert leur séropositivité en 2011, nombre qui est stable depuis 2007 (fig 2).

Figure 2

Nombre de découvertes de séropositivité VIH en France, 2003-2011

Fig. 2 : Nombre de découvertes de séropositivité VIH en France, 2003-2011

Source : Déclaration obligatoire du VIH, données corrigées au 31/12/2011, InVS

Cette relative stabilité cache des disparités selon le mode de contamination et l’origine géographique.

Les HSH constituent le seul groupe de population qui voit le nombre de découvertes de séropositivité augmenter entre 2003 et 2011 (+30%), même si en 2011, leur nombre est équivalent à celui de 2010. Concernant les découvertes de séropositivité chez les hétérosexuels nés à l’étranger1, leur nombre diminue depuis 2003, de façon plus marquée chez les femmes (-42% entre 2003 et 2011) que chez les hommes (-31%). Une stabilité des découvertes de séropositivité est observée dans les autres groupes, qu’il s’agisse depuis 2003 des hétérosexuels nés en France ou depuis 2008 des usagers de drogues (fig. 3).

1 Principalement nés en Afrique subsaharienne

Figure 3

Nombre de découvertes de séropositivité VIH par mode de contamination et par pays de naissance, 2003-2011

Fig. 3 : Nombre de découvertes de séropositivité VIH par mode de contamination et par pays de naissance, 2003-2011

Source : Déclaration obligatoire du VIH, données corrigées au 31/12/2011, InVS
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    En 2011, environ 2 400 HSH ont découvert leur séropositivité, représentant 40% de l’ensemble des découvertes (35% en Île-de-France, 47% en métropole hors Ile-de-France et 16% dans les DOM).
    La transmission des IST est également importante chez les HSH, le nombre de syphilis récentes est en augmentation ces trois dernières années dans cette population. Au total, plus des trois-quarts des diagnostics de syphilis (83%)2, près de la moitié des diagnostics d’infections à gonocoque prises en charge dans les structures spécialisées2 et la quasi-totalité des cas de lymphogranulomatose vénérienne rectale -LGV-3 (infection à Chlamydiae d’un génotype particulier) concernent cette population.

    Ces constats peuvent être mis en parallèle avec l’augmentation des comportements sexuels à risque observée dans l’enquête EPGL 2011 par rapport à la même enquête réalisée en 2004 (cf. paragraphe III).

    2Source : Réseau RésIST de Ciddist, de CDAG, de consultations hospitalières et de médecins de ville, coordonné par l’InVS.
    3Source : Réseau de la lymphogranulomatose vénérienne rectale coordonné par le Centre National de Référence (CNR) des infections à Chlamydia
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    En 2011, environ 3 500 personnes contaminées par rapports hétérosexuels ont découvert leur séropositivité, représentant 58% de l’ensemble des découvertes.
    Les 2 400 personnes hétérosexuelles nées à l’étranger représentent la majorité des découvertes chez les hétérosexuels (69%). Il s’agit essentiellement de personnes nées en Afrique subsaharienne (77%) et de femmes (58%).
    Près de 1 100 personnes nées en France ont également été contaminées par rapports hétérosexuels, dont 55% sont des hommes.

    Même si le nombre de découvertes de séropositivité VIH chez les hétérosexuels n’augmente pas sur les années récentes, il est nécessaire de rester très prudent, car la transmission des autres IST persiste dans cette population.

    En 2011, le nombre d’infections urogénitales à Chlamydia, la plus fréquente des IST, continue d’augmenter, chez l’homme comme chez la femme4. Cette augmentation reflète à la fois un accroissement des pratiques de dépistage et, dans une moindre mesure, une hausse des contaminations. Le nombre d’infections à gonocoque continue également d’augmenter depuis 10 ans, chez l’homme comme chez la femme, quelle que soit la région5. Une partie de cette augmentation est liée, notamment chez la femme, à la montée en charge, depuis 2009, des techniques moléculaires (PCR) qui combinent le diagnostic des infections à chlamydia et à gonocoque

    4Source : Réseau Renachla de laboratoires, coordonné par l’InVS
    5Source : Réseau Renago de laboratoires, coordonné par l’InVS
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    Le nombre d’UD découvrant leur séropositivité est toujours très faible (85 cas, soit 1% de l’ensemble des diagnostics en 2011). La majorité d’entre eux sont des hommes (83%), et sont nés à l’étranger (57%), notamment en Europe (Portugal et pays d’Europe centrale et de l’Est) et en Afrique du Nord.

    La réalisation de l’enquête Coquelicot en 2011 auprès des UD a également montré la part de plus en plus importante des UD injecteurs nés à l’étranger dans les files actives des dispositifs de réduction des risques6. Les UD d’Europe de l’Est sont particulièrement représentés dans ces dispositifs. L’enquête Coquelicot permettra très prochainement de disposer d’une estimation actualisée de la prévalence du VIH et des hépatites B et C. Une autre enquête, réalisée en Île-de-France à deux reprises (en 2009-2010 puis en 2011-2012), permettra aussi de mieux comprendre les facteurs de risque d’acquisition de l’hépatite C chez les consommateurs de crack7. Les premières données de l’enquête Crack 2009-2010 ont mis en évidence des pratiques à risque élevées (72% de partages de la pipe à crack dans les 6 derniers mois) et 11% des consommateurs déclarent être séropositifs pour le VIH. Les résultats de ces deux enquêtes (Crack et Coquelicot) sont attendus pour début 2013.

    6Etude Coquelicot 2011, étude sur la santé des usagers de drogues et leurs besoins en matière de réduction des risques, coordonnée par l’InVS et co-financée par l’ANRS.
    7Etude Crack 2009-2011, étude sur les risques de transmission du VIH et du VHC liés à la consommation de crack et évaluation d’outils de réduction des risques spécifiques, coordonnée par l’InVS et co-financée par l’ANRS.
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    Dans un contexte d’une hausse modérée du dépistage en 2011, l’impact des nouvelles recommandations ne se traduit pas encore par une augmentation des découvertes de séropositivité à l’occasion d’un bilan systématique : depuis plusieurs années, une infection sur 5 est découverte en dehors de toute prise de risque et de tout signe clinique.
    Pour l’instant, cette augmentation du dépistage n’a pas permis de diagnostiquer plus précocement les personnes infectées par le VIH. En effet, le pourcentage de découvertes précoces8 est stable depuis 2008, il est de 36% en 2011. De même, la proportion de découvertes tardives9 est stable (29% en 2011). Elle est plus élevée chez les personnes de 50 ans et plus,  chez les hommes hétérosexuels, et dans les départements d’Outre-mer (fig. 4)

    8à un stade de primo-infection et/ou avec un taux de lymphocytes CD4 > 500/mm3
    9au stade sida et/ou avec un taux de lymphocytes CD4 < 200/mm3

    Figure 4

    Caractère précoce ou tardif des découvertes de séropositivité VIH en 2011, selon différentes caractéristiques

    Fig. 4 : Caractère précoce ou tardif des découvertes de séropositivité VIH en 2011, selon différentes caractéristiques

    Source : Déclaration obligatoire du VIH, données corrigées au 31/12/2011,InVS

Enquête Presse Gays et Lesbiennes 2011 (EPGL)

Un dispositif d’enquêtes auprès des HSH existant depuis 1985

Des enquêtes, nommées Presse Gays, sont réalisées régulièrement depuis 1985 auprès HSH, avec le soutien de l’Agence nationale de recherches sur le sida et les hépatites virales (ANRS). Ce dispositif d’enquête s’intéresse aux modes de vie, à la santé et aux comportements sexuels de cette population à travers des questionnaires encartés dans la presse identitaire gay et, depuis 2004, disponibles sur des sites internet communautaires10. L’enquête EPGL 2011 constitue la 14ème édition de ce dispositif unique, auquel les HSH participent de façon volontaire et anonyme.
L’édition 2011 de l’enquête marque un tournant dans le dispositif, en raison d’un mode de passation du questionnaire principalement par internet, de l’utilisation des réseaux sociaux pour le recrutement  et parce qu’elle s’est intéressée pour la première fois aux femmes ayant des rapports sexuels avec des femmes (FSF), en leur consacrant un questionnaire spécifique. Plus de 60 sites internet communautaires ont donc participé à l’édition 2011 et un site internet spécifiquement dédié à l’enquête a été créé (http://www.enquetegayslesbiennes.fr).

Premiers résultats

Au total, plus de 11 000 HSH et près de 4 000 FSF ont participé.

Par rapport aux précédentes éditions, cette enquête de 2011 a permis de recruter des profils plus diversifiés d’HSH (plus jeunes – un répondant sur cinq ayant moins de 25 ans- ou ruraux – un sur six habite en zone rurale) et de doubler le nombre de répondants.

Les répondants HSH de l’EPGL sont des hommes âgés en moyenne de 36 ans, diplômés (69% déclarent des études supérieures) et appartenant à des catégories socio professionnels élevées (46% sont cadres supérieurs). Près d’un répondant sur trois réside en Ile-de-France.
Bien que la moitié des répondants rapportent un test de dépistage du VIH dans les 12 derniers mois, 14% déclarent encore « ne jamais avoir réalisés de test de dépistage au cours de leur vie ». En 2011, 17% des répondants HSH de l’enquête déclarent être séropositifs pour le VIH, soit une prévalence déclarée plus élevée que lors de la précédente édition EPG (13% en 200411).

Les comportements sexuels à risque ont également augmenté en 2011, 38% des HSH déclarant au moins une prise de risque dans les 12 derniers mois avec un partenaire masculin occasionnel de statut VIH inconnu ou différent, alors qu’ils étaient 33% à le déclarer en 2004. Ces prises de risque sont déclarées plus fréquemment par les répondants qui se déclarent séropositifs que par les répondants qui se déclarent séronégatifs.

Les résultats de l’enquête EPGL 2011 sont donc très préoccupants en raison de l’augmentation, par rapport à l’édition de 2004, de la prévalence déclarée du VIH par les répondants HSH et des comportements sexuels à risque.

Les résultats du volet consacré aux FSF seront disponibles courant 2013.

10Des sites internet Lesbiens, Gays, Bisexuels et Transsexuels
11Une standardisation été effectuée afin de prendre en compte l’évolution du mode de recrutement et de l’âge des répondants et permettre ainsi une comparaison entre 2004 et  2011

Les données de la DO du VIH, associées aux résultats du test d’infection récente développé par le Centre National de Référence du VIH, permettent d’estimer l’incidence de l’infection. Il s’agit là d’un indicateur majeur pour suivre la dynamique de l’épidémie, car il mesure le nombre de nouvelles contaminations par le VIH. Suite aux premières estimations d’incidence déjà publiées au niveau national, par groupe de transmission12 et par grande région (Île-de-France, métropole hors Île-de-France et départements d'Outre-Mer-DOM),  l’InVS est désormais en mesure d’estimer l’incidence de l’infection pour les 3 départements français d’Amérique (DFA), en individualisant chacun d’entre eux. Ces estimations concernent les années 2009/2010.
Sur l’année 2009-2010, l’incidence du VIH a été estimée à 147 nouvelles contaminations par le VIH pour 100 000 personnes années en Guyane, 56 contaminations pour 100 000 en Guadeloupe et 17 en Martinique (fig. 5).
Globalement dans les DFA, le taux d’incidence est de 59 pour 100 000, plus élevé qu’en Ile-de-France (39/100 000) ou dans le reste de la métropole (11/100 000).

12Numéro thématique - L’infection à VIH-sida en France en 2009 : dépistage, nouveaux diagnostics et incidence. Bulletin épidémiologique hebdomadaire 2010;45-46:449-76.
Population-based HIV-1 incidence in France, 2003-2008: a modelling analysis. Lancet Infect Dis. 2010 Oct;10(10):682-7. Epub 2010 Sep 9.

Figure 5

Taux d’incidence du VIH en 2009-2010 par grande région

Fig 5 : Taux d’incidence du VIH en 2009-2010 par grande région

Source : InVS

Dans les DFA, le plus fort taux d’incidence du VIH est retrouvé parmi les HSH (environ 1000 pour 100 000), mais ceux-ci ne représentent que 18 % des nouvelles contaminations contre 48% au niveau national. Chez les femmes et hommes hétérosexuelles, les taux d’incidence sont respectivement de 55 et 41, taux plus élevés qu’en Île-de-France (20 et 19 pour 100 000) ou dans le reste de la métropole (4 et 6 pour 100 000).

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