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Indicateurs d'évaluation

Publié le 25/02/2014

Taux de participation au programme de dépistage organisé du cancer colorectal 2012-2013

Après une phase pilote sur 23 départements métropolitains, le dépistage organisé du cancer colorectal a été généralisé à l’ensemble du territoire à partir de 2008. Depuis 2010, ce programme couvre tous les départements français, à l’exception de Mayotte (devenu département français le 31 mars 2011). Le dépistage est coordonné au niveau local par des structures de gestion départementales ou interdépartementales (au total 89 structures de gestion). Les taux de participation, calculés pour les années 2012 et 2013 pour l’ensemble des départements français, sont présentés dans ce document, ainsi que les taux d’exclusions et les pourcentages de tests positifs.

Matériel et méthodes

Le cahier des charges des programmes de dépistage des cancers paru au Journal Officiel le 21 décembre 2006 (Annexe au n°295) stipule que les personnes de 50 à 74 ans doivent être invitées à se faire dépister pour le cancer colorectal tous les deux ans. Les indicateurs sont ainsi calculés sur deux ans, période au cours de laquelle l’ensemble de la population d’un département est invitée à participer au dépistage.

Calcul du taux de participation

Le taux de participation est le rapport entre le nombre de personnes dépistées et la population Insee cible du dépistage (hommes et femmes de 50 à 74 ans), auquel on soustrait les personnes exclues du dépistage pour raisons médicales. Il est défini par :

Calcul du taux de participation

Le nombre de personnes dépistées, c'est-à-dire d’hommes et de femmes de 50 à 74 ans ayant effectué un test de dépistage au cours de la période évaluée (ici, du 1er janvier 2012 au 31 décembre 2013), et le nombre de personnes exclues du dépistage sont fournis par les structures de gestion selon un questionnaire annuel standardisé.

Au niveau national et à des fins de comparaison entre départements, les dénominateurs utilisés pour le calcul des taux de participation sont les données de population fournies par l’Insee (projections 2007-2042, scénario central) calculées de manière identique sur tout le territoire. De cette population, sont soustraites les personnes exclues temporairement du dépistage suite à des résultats de coloscopie normaux depuis moins de 5 ans ou définitivement pour raisons médicales. La définition des exclusions médicales est précisée par le cahier des charges (voir ci-dessus).

Calcul du taux d’exclusions

Le taux d’exclusions est le rapport entre le nombre de personnes exclues temporairement ou définitivement du programme de dépistage organisé du cancer colorectal (voir ci-dessus) et la population Insee cible du dépistage (hommes et femmes de 50 à 74 ans).

Calcul du taux d'exclusions

Le nombre de personnes exclues est fourni par les structures de gestion selon un questionnaire annuel standardisé.

Calcul du pourcentage de tests positifs

Il s’agit du rapport entre le nombre de personnes ayant un test positif et le nombre personnes ayant un test analysable par les centres de lecture des tests de dépistage.

Calcul du pourcentage de tests positifs

Ces informations sont fournies par les structures de gestion selon un questionnaire annuel standardisé.

Les classes d’âge

Une décomposition en classes d’âge de 5 ans a été retenue.

La classe 50-54 ans inclut les individus qui ont eu 50 ans dans le courant de l’année évaluée, même s’ils n’avaient pas atteint cet âge au moment du dépistage ; la classe 70-74 ans inclut les individus qui avaient 75 ans révolus au moment du dépistage, généralement suite à un retard de réalisation du test après réception de l’invitation envoyée jusqu’à 74 ans.

Standardisation des indicateurs

Les taux de participation, d’exclusions et le pourcentage de tests positifs sont calculés par département, par région et pour la France. Ils sont standardisés sur l’âge et le sexe par rapport à la population française 2009 (projection Insee 2007-2042, scénario central). Cette standardisation permet, en appliquant une même structure d’âge et de sexe (celle de la population française 2009) aux entités géographiques, de comparer les résultats entre ces entités (départements ou régions) et d’étudier les évolutions dans le temps des différents indicateurs étudiés.

Référentiels

Le référentiel européen préconise un taux de participation de la population cible supérieur ou égal à 45 % pour que le programme de dépistage soit coût-efficace. Ce référentiel est celui de l’ensemble des pays européens ayant mis en place un programme de dépistage organisé.

Résultats

Participation

Au cours de la période 2012-2013, 18 millions de personnes âgées de 50 à 74 ans ont été invitées à participer au programme organisé de dépistage du cancer colorectal, et près de 5 millions ont réalisé un test, ce qui représente un taux de  participation de 31 % (voir tableau). On note cependant une légère baisse (-2,2 %) par rapport à la période 2011-2012. Elle est inférieure à l’objectif européen minimal acceptable de 45 % de participation, loin derrière le taux souhaitable de 65 %.

La participation au programme de dépistage organisé augmente avec l’âge et le sexe (voir tableau). Les femmes adhèrent davantage au programme que les hommes (32,8 % contre 29,1 %, respectivement). Le taux de participation augmente chez les femmes, passant de 30 % pour la tranche d’âges de 50-54 ans pour atteindre près de 37 % aux âges de 60-69 et 70-74 ans, alors que chez les hommes, il passe de 25-26 % pour la tranche d’âges de 50-54 ans et 55-59 ans, pour presque finalement rejoindre le taux de participation des femmes du même âge à 70-74 ans. La participation baisse sensiblement à partir de 2009-2010 chez les femmes de moins de 70 ans, alors qu’elle reste globalement stable au-delà de 70 ans. Cette tendance est aussi observée chez les hommes, avec toutefois une baisse sensible dès 2008-2010 pour les 65-69 ans (voir graphes). L’augmentation de la participation selon l’âge et le sexe observée à l’échelle nationale, est aussi constatée dans la plupart des régions, à l’exception de la Martinique, la Réunion et du Languedoc-Roussillon, où elle semble baisser avec l’âge aussi bien chez les hommes que chez les femmes (voir graphes).

La participation au programme de dépistage organisé varie considérablement selon les régions et les départements : voir cartes et tableaux (format pdf et format excel), de 7,3 % en Corse à 43,7 % en Alsace. Les taux sont particulièrement bas en Ile-de-France (23,9 %), en Guyane (17,3 %) et à La Réunion (22,7 %). Par rapport à la période précédente, la participation a nettement progressé dans la région de Guadeloupe passant de 27,5 à 33,1 % (+20,4 %) alors qu’une faible augmentation est constatée, de 0,3 à 3 % en Basse et Haute-Normandie, Bretagne, Corse, Limousin, Martinique, Nord-Pas-de Calais et  Picardie. Par contre, les régions telles que la Franche-Comté, Ile-de-France, Midi-Pyrénées et Provence-Alpes-Côte d'Azur enregistrent les plus fortes baisses (environ 5-6 %). Les départements du Haut-Rhin et de la Saône-et-Loire ont des taux de participation supérieurs au seuil minimal recommandé (47,0  et 50,1 %, respectivement), alors que 10 départements  (Bas-Rhin, Côte-d'Or, Yonne, Ille-et-Vilaine, Cher, Indre-et-Loire, Loir-et-Cher, Ardennes, Maine-et-Loire et  Isère) présentent des taux qui en sont proches (40 à 45 %). Il faut cependant noter que ce taux reste inférieur à 30 % pour 32 départements. Toutefois, par rapport à 2011-2012, on observe une progression assez variable du taux de participation dans 22 départements, allant de +0,3 % pour l’Ardèche et le Loiret, à +11,2 % pour la Haute-Vienne. Ces disparités géographiques s’expliquent en partie par l’antériorité des départements dans le programme, En effet, la participation reste plus élevée dans les départements pilotes où les premières campagnes ont débuté entre 2002-2006, que dans les départements qui ont intégré plus tardivement le programme (34 % vs 30 %, respectivement). Cependant, les évolutions des taux de participation entre les deux campagnes, à la baisse dans certains départements et régions et à la hausse dans d’autres, suggèrent que d’autres facteurs à investiguer expliquent  ces différences géographiques notables.

Exclusions

Le taux d’exclusion temporaire du dépistage suite à des résultats de coloscopie normaux depuis moins de 5 ans ou définitives pour raisons médicales est de 12,3 % (+ 4,2 % par rapport à la période 2011-2012), soit un peu plus de 2 millions personnes exclues. Il est plus élevé chez la femme (12,5 %) que chez l’homme (12,1 %). Ce taux d’exclusions augmente sensiblement avec l’âge des personnes, de 6,8 % chez les hommes de 50-54 ans à 19,2 % chez ceux de 70-74 ans, alors que chez les femmes, il augmente de 7,7 à 17,6 % respectivement pour les mêmes tranches d’âge considérées (voir tableau). On observe de grandes disparités départementales des taux d’exclusions qui varient de 4,3 % pour la Corse et la Guyane (respectivement +13,2 % et +30,3 % par rapport à 2011-2012) à près de 19 % pour les Deux-Sèvres et le Loir-et-Cher (+3,3 % et +7,6 % respectivement) : (voir cartes et tableau). Les exclusions (temporaires ou définitives) du programme organisé de dépistage du cancer colorectal sont d’autant plus fréquentes que le département participe depuis longtemps au programme. Elles dépendent également de l’efficience du recueil des informations sur les exclusions médicales par les structures de gestion qui organisent le dépistage au niveau départemental.

Tests positifs

Durant la période concernée, près de 5 millions de tests ont été réalisés dont un peu plus 105 000 se sont révélés positifs, soit 2,2 %. Le pourcentage de test positif est plus élevé chez les hommes (2,5 %) que chez les femmes (1,9 %), et il augmente avec l’âge (voir tableau). On note une variabilité importante du taux de tests positifs entre les départements, avec des valeurs comprises entre 1 % pour la Martinique et 5,3 % pour la Guyane et l’Hérault : voir cartes et tableau. Globalement, le taux de tests positifs passe de 2,4 % à 2,2 % soit une diminution de 8,3 % par rapport à la période précédente (2011-2012). Cette diminution est observée dans trois départements sur quatre, et est particulièrement marquée dans les départements de la Côte-d’Or (-44,2 %) et la Nièvre (-27,2 %). La diminution du taux de tests positifs est cohérente avec la répétition des campagnes de dépistage qui permettent d’identifier et d’exclure de la population cible du dépistage les personnes présentant des lésions colorectales précancéreuses ou cancéreuses, et de les orienter vers un suivi plus spécifique par leur médecin.

Conclusion

Cinq ans après la généralisation du programme de dépistage organisé du cancer colorectal à l’ensemble du territoire, la participation peine à atteindre le seuil minimal acceptable de 45 % recommandé par la Commission Européenne. Or, il est unanimement admis que l’efficacité d’un programme de dépistage est fonction de l’adhésion de la population. L’âge, le sexe, le statut marital et la fragilité financière sont des facteurs précédemment identifiés comme indépendamment associés à la non-adhésion des personnes au programme de dépistage organisé du cancer colorectal1. Le rôle de certains facteurs psychologiques tels que la gêne et l’embarras ressentis dans le cadre d’une consultation médicale, la peur et l’anxiété vis-à-vis du dépistage du cancer colorectal pourraient également entraver la participation au programme2. Davantage d'efforts sont à déployer pour identifier le profil des personnes non adhérentes au programme, ce qui permettrait d’adopter une stratégie de communication efficace et ciblée auprès de ces personnes. La contribution des médecins soignants est indiscutablement un facteur essentiel de réussite à ce programme. Les modalités du programme devraient prochainement évoluer puisque la Direction Générale de la Santé a acté la substitution des tests au gaïac (Hémoccult®) par de nouveaux tests immunologiques utilisant des anticorps dirigés contre des protéines du sang humain. Ces tests immunologiques présentent une sensibilité plus élevée que le test au gaïac pour la détection des adénomes avancés et des cancers. Les meilleures performances du test immunologique sont susceptibles d’augmenter la confiance des médecins généralistes, dont on sait qu’elle est un facteur important pour susciter l’adhésion des patients au programme. D’autre part, ce changement de test pourrait avoir un impact favorable sur la participation au dépistage grâce à une meilleure acceptabilité par la population de ce test dont la technique de prélèvement limite le contact avec la selle par rapport au test au gaïac. Le passage au test immunologique est prévu pour fin 2014.

1 Goulard H, Boussac-Zarebska M, Duport N, Bloch N. Facteurs d’adhésion au dépistage organisé du cancer colorectal : étude Fado-colorectal, France, décembre 2006-avril 2007. Bulletin Epidémiologique Hebdomadaire 2009;2-3:25-29.
2 Bridou M, Aguerre C, Reveillere C et al. Facteurs psychologiques d’adhésion au dépistage du cancer colorectal par le test Hemoccult®. Psycho-Oncol 2011;5:25-33.
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