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Histoire, état des lieux, surveillance épidémiologique

Publié le 30/12/2008

Les maladies liées à l’eau

La lutte contre les maladies liées à l’eau d’alimentation reste un enjeu majeur dans les pays en voie de développement, où les diarrhées sont la 2e cause de mortalité infantile. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) affirme régulièrement que la qualité microbiologique de l’eau reste la première préoccupation de santé publique à l’échelle mondiale. La contamination de l’eau de boisson joue un rôle très important dans ces pays du fait de l’absence d’assainissement et des difficultés d’approvisionnement en eau. Ces difficultés empêchent une bonne hygiène alimentaire ou personnelle, ce qui augmente le risque d’infection. La typhoïde reste répandue et des épidémies de choléra surviennent et se propagent à l’échelle des continents (1).
En France, comme dans les pays développés, l’eau du robinet bénéficie d’un contrôle de qualité permettant de surveiller sa conformité alimentaire. Certaines petites installations rurales et surtout montagnardes présentent des pollutions microbiennes, souvent liées à la présence d’animaux sur le bassin versant, beaucoup plus fréquentes que les réseaux des grandes villes. Quelques populations sensibles font l’objet de préconisations restrictives. Il est déconseillé aux sujets immunodéprimés sévères, comme les porteurs du VIH, de consommer l’eau du robinet afin d’éviter tout risque infectieux. L’eau dont la teneur en nitrates est supérieure à 25 mg/L est déconseillée aux nourrissons et aux femmes enceintes.

Les pathologies infectieuses

affiche déposée dans les parcs nationaux

Affiche déposée dans les parcs nationaux américains

Les dangers (2) liés à la contamination microbienne de l’eau ne se limitent pas aux gastro-entérites aiguës. Les gastro-entérites d’origine bactérienne peuvent entraîner des complications. La dyspepsie qui se manifeste par des douleurs abdominales chroniques due à la perte de l’élasticité de la paroi intestinale peut être consécutive à une gastro-entérite. C’est aussi le cas de complications graves telles que l’arthrite réactive, le syndrome de Guillain-Barré et le syndrome hémolytique urémique (3). Enfin, d’autres agents pathogènes d’origine entérique transmis par l’eau ne provoquent pas de gastro-entérites : virus de l’hépatites A ou E, Helicobacter pylori, responsable de l’ulcère et du cancer de l’estomac (4).

Certaines bactéries pathogènes transmises par l’eau ne sont pas d’origine entérique. Ce sont des bactéries qui vivent dans l’environnement et peuvent engendrer des infections, le plus souvent chez des personnes immunologiquement fragiles. La plus connue est la légionelle.

Légende : dans les parcs nationaux des Etats-Unis, les autorités sanitaires mettent en garde les randonneurs contre les risques de maladie liées à la consommation des eaux de sources naturelles non traitées.

Les pathologies liées à la pollution chimique

Les pathologies associées à la pollution chimique de l’eau dépendent de nombreux facteurs : type de polluant, dose d’exposition, durée d’exposition… Dans les pays développés, comme la France, qui bénéficient d’une surveillance régulière de la qualité de l’eau de distribution, la maîtrise du risque toxique est conditionnée par le respect des limites de qualité pour les composés toxiques. Néanmoins, le respect des limites de potabilité pour certains polluants, comme l’arsenic, qui nécessitent des traitements coûteux, est parfois difficile à atteindre pour des petites communes dans les délais exigés par la réglementation. L’Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (Anses) a été chargée par la Direction générale de la santé d’évaluer les risques sanitaires liés à des dépassements sur les limites et références de qualité de l’eau destinée à la consommation humaine pour chacun des paramètres inscrits au code de la santé publique.

Hormis les cas d’intoxications ponctuels, le plus souvent liés à une détérioration de la qualité de l’eau à l’intérieur des bâtiments (relargage de plomb ou de cuivre), la plupart des pathologies associées aux polluants chimiques de l’eau de distribution observables aujourd’hui sont essentiellement des cancers dus à des expositions chroniques (plus de 10 ans et jusqu’à 40 ans). Différentes localisations cancéreuses ont été associées à l’arsenic hydrique (cancers de la peau, la vessie, le rein, le poumon) et aux sous-produits de chloration (vessie, colorectal). La difficulté à reconstituer des expositions anciennes et à prendre en compte les nombreux autres facteurs de risques (tabac, alimentation…) pour ces types de cancers expliquent souvent les divergences observées dans les études épidémiologiques.

Plus récemment, l’effet adverse de certains polluants hydriques sur la reproduction et le développement des fœtus a été évoqué sans pour autant apporter d’éléments probants en faveur de l’existence d’un risque. Pour exemple, les nombreuses études épidémiologiques sur les sous-produits de chloration n’ont à ce jour pas mis en évidence de lien entre ces composés et les effets sur la reproduction et le développement.

Le risque lié à la présence de résidus de médicaments dans les eaux naturelles, à travers la consommation de l’eau du robinet produite à partir de ces eaux naturelles, est à l’état d’hypothèse. Cette hypothèse s’appuie plus sur le grand nombre de molécules impliquées que sur les concentrations atteintes par une molécule donnée dans l’eau du robinet. Quelle que soit la molécule considérée, la dose absorbée par consommation d’eau durant toute une vie reste en effet inférieure à une dose thérapeutique quotidienne. Actuellement, aucune donnée épidémiologique n’indique d’effet sur la santé humaine.

Risques sanitaires liés à l'eau potable en France

Produit / Agent pathogène

Maladie

Risque en France

Rôle de l’eau distribuée dans l’exposition

Population à risque 

Risque infectieux

Microbes entériques

Gastro-entérites, hépatite A,
ulcère et cancer de l’estomac

Localement préoccupant

Faible à moyen selon le lieu

Populations alimentées par des très petites unités de distribution (campagne, montagne).
Personnes immunodéprimées.

Legionelles et plus particulièrement
L. pneumophila

Légionellose

1 500 cas annuels

10-30 % (douche)

Personnes âgées ou immunodéprimées, fumeurs…

Risque toxique

Sous-produits de désinfection

Cancers colorectal, de la vessie

Localement préoccupant ;
en régression

~100 %

Populations alimentées par des eaux de surface (retenue, lacs, rivière) ; fœtus

Arsenic

Cancers de la vessie, du rein, de la peau, du poumon

Localement préoccupant ;
en régression

~100 %

Certaines populations d’Auvergne, de Savoie…

Plomb

Saturnisme (retard mental…)

Faible

Faible actuellement

Enfants
Populations précaires (exposition par les peintures anciennes…), foyers alimentés par des canalisations en plomb et une eau peu minéralisée (Vosges…)

Nitrates (NO3-)

Méthémoglobinémie

Absence de cas rapportés

Faible à moyen

Nourrissons, femmes enceintes

Pesticides

Cancers, effets reprotoxiques, effets neurotoxiques

Risque non établi (exposition environnementale)

Très faible, exposition essentiellement par les aliments

Agriculteurs, particuliers utilisateurs (plantes…), résidents proche de zones d’épandage

Résidus de médicaments

Aucun effet spécifique connu à ce jour

Risque non établi

Très faible

 

Source : ce tableau a été établi par l’InVS sur la base de la littérature internationale et de ses propres travaux.

  • En savoir plus :

(1) U.S. Environmental Protection Agency (EPA). Dossier « Drinking water ». [en anglais]. Disponible sur : www.epa.gov rubrique Browse EPA Topics > Water

(2) Dossier thématique Eau et santé > Histoire, état des lieux, surveillance épidémiologique > Risque versus danger : l’exemple des nitrates

(3) Dossier thématique. Syndrome hémolytique et urémique (SHU). Institut de veille sanitaire.

(4) Institut Pasteur. Fiche sur l'infection à Helicobacter pylori. Disponible sur : www.pasteur.fr rubrique > Info presse > Fiches sur les maladies infectieuses > Cancers gastriques (Helicobacter pylori)

Bilan des connaissances relatives aux virus transmissibles à l’homme par voie orale. Agence française de sécurité sanitaire des aliments. Février 2007. 448 p. Disponible sur : www.afssa.fr/Documents/MIC-Ra-VirusOral.pdf

Agence française de sécurité sanitaire des aliments (Afssa). Évaluation des risques sanitaires liés aux situations de dépassement des limites et références de qualité des eaux destinées à la consommation humaine (rapport). Disponible sur : www.afssa.fr/Documents/EAUX-Ra-LimitesRef.pdf

Avis de l’Agence française de sécurité sanitaire des aliments relatif à l’évaluation des risques sanitaires liés aux situations de dépassement de la limite de qualité des nitrates et des nitrites dans les eaux destinées à la consommation humaine. 11 juillet 2008. Disponible sur : www.afssa.fr/Documents/EAUX2004sa0067.pdf

Avis de l’Agence française de sécurité sanitaire des aliments relatif à la détermination des valeurs sanitaires maximales (VMAX) de pesticides et métabolites dans les eaux destinées à la consommation humaine. 7 février 2008. Disponible sur : www.afssa.fr/Documents/EAUX2007sa0191.pdf

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