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Chaleur et santé

Publié le 01/06/2005 - Dernière mise à jour le 10/12/2012

Actualités

Analyse technique de l'impact de la vague de chaleur d'août 2012 sur la morbidité et la mortalité

Contexte

Le plan national canicule et le système d'alerte canicule et santé

La vague de chaleur exceptionnelle de l’été 2003 a entraîné une surmortalité estimée à près de 15 000 décès entre le 1er et le 20 août. Suite à cet évènement, de nombreuses études ont été menées, et les impacts des vagues de chaleur sur la mortalité et sur la morbidité (recours au soin : passages aux urgences, hospitalisations…) sont aujourd’hui mieux documentés en France [1-6]. Dès 2004, la France a mis en place un dispositif national destiné à prévenir et à lutter contre les conséquences sanitaires d’une canicule, le Plan national canicule (PNC), qui a pour objectif de définir les actions de court et de moyen termes dans les domaines de la prévention et de la gestion de crise afin de réduire les effets sanitaires d’une vague de chaleur.

Le PNC comprend trois niveaux progressifs :

  • un niveau de veille saisonnière, déclenché automatiquement du 1er juin au 31 août de chaque année ;
  • un niveau de mise en garde et actions (Miga) déclenché, maintenu ou levé par les préfets de département, sur la base de l’évaluation concertée des risques météorologiques, réalisée par Météo-France, et des risques sanitaires, réalisée par l’Institut de veille sanitaire (InVS) ;
  • un niveau de mobilisation maximale, déclenché au niveau national par le Premier ministre sur avis du ministre chargé de l‘intérieur et du ministre chargé de la Santé, en cas de vague de chaleur intense et étendue associée à des phénomènes dépassant le champ sanitaire (sécheresse, délestages électriques, saturation des chambres funéraires, etc.).

Le niveau de veille saisonnière est consacré au suivi des indicateurs météorologiques et sanitaires. Les niveaux Miga et de mobilisation maximale permettent d’activer tout ou partie des mesures nécessaires à la gestion et à la prévention des impacts sanitaires d’une vague de chaleur. Ces mesures peuvent être mises en œuvre de façon indépendante et graduée, selon les indications du préfet du département.
Le niveau Miga du PNC est déclenché en s’appuyant sur le système d’alerte canicule et santé (Sacs). Le Sacs a été élaboré par Météo-France et par l’InVS en 2004, dans le but d’anticiper une vague de chaleur pouvant avoir des conséquences de grande ampleur sur la mortalité. Il repose sur deux indicateurs biométéorologiques : les moyennes sur trois jours des températures nocturnes, et les moyennes sur trois jours des températures diurnes. Des seuils d’alerte départementaux, qui diffèrent en fonction des conditions climatiques locales, ont été établis pour ces indicateurs et correspondent à un risque de surmortalité majeur. L’alerte est proposée lorsque ces deux indicateurs ont une probabilité élevée de dépasser simultanément des seuils d’alerte [7].

La surveillance des indicateurs sanitaires dans le cadre du Sacs

Dans ce dispositif, l’InVS est chargé de proposer des alertes en lien avec Météo-France, et de surveiller l’impact sanitaire des vagues de chaleur. Cette surveillance s’appuie sur des données de mortalité et de morbidité recueillies pour une ville par département dans l’ensemble des départements métropolitains. Elle répond à trois objectifs :

  1. identifier un impact sanitaire pendant une alerte, afin d'adapter si besoin les mesures de gestion ;
  2. identifier un risque de manière précoce, avant l’identification d'une canicule par les seuils d’alerte météorologiques. Cette situation n’a jamais été observée mais pourrait survenir en cas de chaleur prolongée bien que restant sous les seuils d’alerte ;
  3. faire le bilan de l’impact des vagues de chaleur en fin de saison.

La liste des indicateurs à suivre pendant les vagues de chaleur a été définie en s’appuyant sur l’expérience gagnée depuis 2004 et sur la littérature. Il s’agit de la mortalité, des passages aux urgences tout âge et chez les plus de 75 ans, des passages aux urgences pour pathologie en lien direct avec la chaleur (hyperthermie, hyponatrémie et déshydratation) et des recours à SOS Médecins [8].

Au-delà du suivi de l’impact en temps réel, il est important de quantifier l’impact de la vague de chaleur une fois l’alerte terminée. Une méthode simple a ainsi été définie pour calculer rapidement l’impact d’une vague de chaleur sur la mortalité [8].

Cette synthèse présente le bilan des premières analyses sur les passages aux urgences et la mortalité pendant la vague de chaleur d’août 2012.

La vague de chaleur d'août 2012

Caractéristiques météorologiques

Une vague de chaleur a touché une moitié de la France dans une zone allant du Sud-Ouest au Nord-Est du territoire entre le 18 et le 22 août 2012. Le niveau MIGA du PNC a été déclenché dès le 16 août 16 heures sur la base des prévisions de Météo-France, et la dernière alerte a été levée le 22 août. Au total, 33 départements ont été concernés par les propositions d’alerte sur cette période.

L’analyse des températures observées montrent que 13 départements ont atteint ou dépassé les seuils d’alerte pendant la vague de chaleur, et 13 départements en étaient proches (à moins de 0,5°C). Selon les critères du Sacs, la vague de chaleur a donc concerné 26 départements. Seuls deux départements, les Alpes-Maritimes et le Cantal, n’ont jamais été ni proposés ni placés en alerte bien qu’ils aient dépassé les seuils d’alerte calculés sur les températures observées (figure).

Les différences entre les déclenchements de MIGA et les dépassements réels des seuils d’alerte s’expliquent par les erreurs inhérentes aux prévisions météorologiques et par la possibilité pour les préfectures de décider d’un passage en MIGA en-dessous des seuils à titre préventif ou du fait de la survenue concomitante de facteurs de risque associés à la chaleur (pollution de l’air, période de grand départ en vacances, etc.).

Sur le reste de la France, si les températures maximales ont pu atteindre ponctuellement des valeurs très élevées, les températures minimales étaient bien en-dessous des seuils d’alerte. Ainsi, cette vague de chaleur a été de courte durée et d’une intensité moyenne, proche des épisodes survenus en 2010 et 2011 et, malgré quelques records ponctuels de températures, sans commune mesure avec les vagues de chaleur majeures de 2003 et 2006.

L’évaluation d’impact a été réalisée à partir des données du système de surveillance sanitaire des urgences et des décès SurSaUD® (réseau OSCOUR® pour la morbidité et données Insee pour la mortalité). La période d’étude couvre la vague de chaleur (dépassement observé des indicateurs d’alerte), plus 3 jours pour prendre en compte d’éventuels effets décalés, soit du 18 au 25 août 2012.

Les données SOS Médecins, n’étaient pas disponibles au moment de l’analyse et feront l’objet d’une étude ultérieure.

Impacts sur les passages aux urgences

L’analyse a porté sur les passages aux urgences et les hospitalisations enregistrés par les services d’urgences participant au réseau OSCOUR®, couvrant environ 65 % de l’activité des urgences françaises.

Le nombre de passages aux urgences toutes causes confondues enregistré en France métropolitaine entre les samedi 18 et 25  août 2012 était stable par rapport aux effectifs enregistrés les semaines précédentes, de l’ordre de 29 200 passages par jour dans les services d’urgences du réseau OSCOUR®. De la même façon, le nombre d’hospitalisations après passage aux urgences était stable sur cette période, de l’ordre de 5 400 hospitalisations. Cette stabilité a été notée aussi bien tous âges confondus que pour les personnes fragiles (jeunes enfants et personnes âgées de 75 ans et plus).

Sur la période concernée, une progression du nombre de passages pour pathologies en lien avec la chaleur a été observée dans les services d’urgences du réseau OSCOUR® (tableau). Toutefois, le nombre de passages aux urgences pour ces pathologies représentait moins de 0,5 % de l’activité totale des services sur cette période.

Au niveau national, cette augmentation des passages aux urgences liés à la chaleur est notée dans toutes les classes d’âges et a atteint son maximum le lundi 20 août, avec un nombre de 184 passages dans les établissements du réseau OSCOUR®, parmi lesquels 56 % étaient des personnes âgées de plus de 75 ans. Cette augmentation ne s’est pas traduite par une augmentation des hospitalisations, que ce soit tous âges confondus ou chez les personnes âgées.  Chez les personnes âgées de 75 ans ou plus, la proportion de passages aux urgences pour des pathologies liées à la chaleur a été multipliée par 3, passant de moins de 1 % à plus de 2.5 % de l’activité totale pour cette classe d’âge.
Tous âges, les passages aux urgences liés à la chaleur étaient essentiellement des déshydratations (52 %) et des hyperthermies/coup de chaleur (24 %). Chez les personnes âgées de 75 ans ou plus, il s’agissait principalement de diagnostics de déshydratation (60 %) et d’hyponatrémie (30 %).

Cette augmentation est attendue dans un contexte de fortes chaleurs. Les autres pathologies pouvant être liées à la chaleur, notamment rénales, ne montrent pas d’augmentation nette pour la période concernée par la vague de chaleur.

Les régions principalement concernées par une augmentation des passages aux urgences liés à la chaleur étaient Ile-de-France, Paca, Rhône-Alpes, Pays de la Loire, Poitou-Charentes, Limousin, Nord-Pas-de-Calais, Lorraine, Franche-Comté et Champagne-Ardenne. Cependant, si l’on prend en compte la proportion des passages aux urgences liés à la chaleur rapportée à l’activité globale des urgences par région, on note que la répartition géographique obtenue apparait proche de celle des régions les plus impactées par la chaleur.

Impacts sur la mortalité

L’estimation de la surmortalité pendant la vague de chaleur est effectuée a posteriori en utilisant les données de mortalité consolidées transmises à l’InVS par l’Insee à partir des communes disposant d’un bureau d’état-civil informatisé. Ces données couvrent environ 70% de la mortalité en France. Elles sont disponibles avec un taux de complétion supérieure à 95% au bout de 3 semaines.

La surmortalité a été estimée par une comparaison de la mortalité observée à une mortalité de référence. La mortalité de référence a été calculée à partir des moyennes des décès observés sur la période équivalente les années précédentes (2007-2011).
Entre le 18 et le 25 août, sur l’ensemble de la France métropolitaine, 7 300 décès ont été observés, dont entre 10 et 180 décès en excès selon la référence utilisée (minimum et maximum du nombre de décès en excès selon la période de référence). Ces valeurs se situent dans les variations habituelles de la mortalité, et marquent l’absence d’un pic de mortalité au niveau national pendant la vague de chaleur.

Sur les 13 départements ayant dépassé les seuils d’alerte, 950 décès ont été observés, soit un déficit compris entre -50 et -20 décès. Sur les 13 départements tangents aux seuils mais ne les ayant pas dépassés, 1 000 décès ont été observés, soit un écart à la moyenne de référence compris entre -50 et +20 décès. Ainsi, ces résultats confirment l’absence d’un pic de mortalité pendant la vague de chaleur sur les 26 départements ayant connu les plus fortes chaleurs.

Un modèle statistique France entière, établi sur la période 1975-1999, et testé avec de bonnes performances sur les années 2000 à 2003, a été utilisé pour fournir une estimation du nombre de décès que l’on aurait pu attendre compte-tenu des températures observées et en faisant l’hypothèse que l’impact de la température sur la mortalité n’a pas évolué depuis 2003. Selon ce modèle, 1 100 décès en excès étaient attendus sur la période s’étendant du 18 au 25 août 2012 au niveau national et 260 décès en excès dans les 26 départements ayant connu de fortes chaleurs. Il a donc été observé un excès de décès inférieur à celui attendu sur la base d’un modèle statistique tenant compte des températures observées.

Conclusions

Cette vague de chaleur d’une ampleur modérée en France s’est traduit par un impact sanitaire faible, tant sur la morbidité que sur la mortalité, inférieur à 200 décès en excès sur toute la France. Les variations observées de la mortalité étaient de l’ordre de grandeur des variations habituelles en période estivale.

Un impact faible sur la mortalité avait déjà été observé pendant les vagues de chaleur de 2010 et 2011, qui étaient également de courtes durées et d’intensité moyenne. A l’inverse, la vague de chaleur de 2006 qui était plus longue et plus intense avait causé 2000 décès en excès [9].

L’écart entre la mortalité attendue et la mortalité observée pendant la vague de chaleur 2012 pourrait s’expliquer en partie par une bonne efficacité du PNC et des mesures de prévention mises en œuvre lors du passage en MIGA, ainsi que par une adaptation progressive des comportements de la population au risque lié aux fortes chaleurs.

Cependant, cela ne préjuge pas de la capacité de résilience de la population et de l’efficacité du PNC face à une vague de chaleur plus longue ou  plus intense. Une telle vague de chaleur pourrait avoir un impact important sur la mortalité, surtout si elle survenait sur une zone densément peuplée, et/ou peu habituée aux fortes chaleurs estivales.

Dans un contexte de changement climatique où les vagues de chaleur devraient se multiplier, et la vulnérabilité de la population augmenter, notamment du fait du vieillissement, il est essentiel de poursuivre la recherche et la prévention pour limiter les impacts sanitaires des très fortes chaleurs [10].

Bibliographie

[1] Fouillet A, Rey G, Wagner V, Laaidi K, Empereur-Bissonnet P, Le TA et al. Has the impact of heat waves on mortality changed in France since the European heat wave of summer 2003? A study of the 2006 heat wave. Int J Epidemiol 2008;37(2):309-17.
[2] Le Tertre A, Lefranc A, Eilstein D, Declercq C, Medina S, Blanchard M et al. Impact of the 2003 heatwave on all-cause mortality in 9 French cities. Epidemiology 2006;17(1):75-9.
[3] Ledrans M. Impact sanitaire de la vague de chaleur de l'été 2003 : synthèse des études disponibles en août 2005. Bull Epidemiol Hebd 2006;19-20:130-7.
[4] LeTertre A., Laaidi K, Josseran L, Wagner V, Jougla E, Empereur-Bissonnet P et al. Première estimation de l'impact de la vague de chaleur sur la mortalité durant l'été 2006, France. Bull Epidémiol Hebd 2007;22-23:190-2.
[5] Rey G, Fouillet A, Bessemoulin P, Frayssinet P, Dufour A, Jougla E et al. Heat exposure and socio-economic vulnerability as synergistic factors in heat-wave-related mortality. Eur J Epidemiol 2009;24(9):495-502.
[6] Vandentorren S, Bretin P, Zeghnoun A, Mandereau-Bruno L, Croisier A, Cochet C et al. August 2003 heat wave in France: risk factors for death of elderly people living at home. Eur J Public Health 2006;16(6):583-91.
[7] Laaidi K, Ung A, Wagner V, Beaudeau P, Pascal M. Système d’alerte canicule et santé : principes, fondements et évaluation. Saint-Maurice : Institut de veille sanitaire ; 2012. 19 p.
[8] Pascal M, Laaidi K, Ung A, Beaudeau P. Méthodes d'analyse de l'impact sanitaire des vagues de chaleur : suivi en temps réel, estimation a posteriori. Saint Maurice : Institut de veille sanitaire ; 2011. 48 p.
[9] Fouillet A, Rey G, Bessemoulin P, Frayssinnet P, Jougla E, Hémon D. Comparaison de la surmortalité observée en juillet 2006 à celle estimée à partir des étés 1975-2003, France. Bull Epidémiol Hebd 2007;22-23:192-4.
[10] Pascal M. Impacts sanitaires du changement climatique en France. Quels enjeux pour l'InVS ? Saint Maurice : Institut de veille sanitaire ; 2010. 54 p.



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